Le chef de la milice Mai Mai FAPL (Forces armees pour la liberation du Nord Kivu), Kibamba Kasereka s’est rendu aux Casques bleus de la MONUC, ce samedi 27 octobre 2007, dans la matinée, suite a une forte pression exercée conjointement sur lui et sur ses troupes depuis plusieurs jours dans son fief de Karambi, dans le territoire de Rutshuru, par les FARDC appuyés par les forces de la MONUC. Après avoir été encerclé dans son fief par les forces gouvernementales depuis 4 heures du matin, Kibamba Kasereka s’est rendu aux Casques bleus de la MONUC, à Kisharo, à environ 80 kms au Nord de Goma, dans la matinée, avec 25 de ses éléments, qu’il a présentés comme son «Etat Major», dont une femme, et plusieurs jeunes combattants qui semblent être des mineurs, et dont l'age reste à être vérifier par les acteurs de la protection de l'enfance. Kasereka a été acheminé par hélicoptère avec ses troupes vers Goma par la MONUC samedi après midi, accompagné par le Commandant de la 8 ème Région militaire, le Général Vainqueur Mayala, qui a supervisé les opérations sur le terrain, en étroite collaboration avec les Casques bleus de la Brigade du Nord Kivu, basés à Rutshuru ainsi qu’avec son Etat major et celui des Casques bleus à Goma. A leur arrivée à Goma, le General Mayala et le Commandant ad interim de la Brigade du Nord Kivu, le Colonel Jha ont présenté Kibamba Kasereka et ses combattants à une forte délégation de la presse. Kibamba Kasereka a expliqué les raisons de sa reddition : "Je suis Congolais et je ne pouvais pas continuer à rester dans la forêt comme une bête sauvage. Si j'étais en brousse c'était pour combattre Laurent Nkunda, pour le contraindre à sortir de la forêt et à se rendre au brassage. Comme je viens de décider de quitter la brousse, mes troupes n'ont plus raison d'y rester. Je leur lance donc un appel pour qu’elles suivent mon exemple et me rejoignent pour que nous allions tous ensemble au brassage, afin de nous joindre à nos autres frères congolais dans l’armée unifiée». Kasereka a affirmé être à la tête de quelques 1500 hommes, qui sont restés derrière lui, et, qui selon lui, ne devraient pas tarder à se rendre à la MONUC avec leurs armes. Répondant à la question : vous êtes vous rendu volontairement ou en raison de la pression exercée par les FARDC et la MONUC contre vos troupes?, Kasereka a soutenu qu’il avait pris la décision de se rendre car il ne souhaitait pas se battre contre les forces gouvernementales, mais seulement contre les ennemis de ces dernières. Le chef Mai Mai a nié avoir reçu tout soutien des FARDC, et toute collaboration avec les FDLR dans ses opérations, affirmant qu’aucune force ne lui avait prêté main forte, et qu’il se ravitaillait auprès de l’ «ennemi» au cours des offensives qu’il menait contre lui. Longuement interrogé sur les nombreuses violations de droits de l’homme qui lui sont imputées ainsi qu'à ses troupes, et sur les souffrances infligées aux populations civiles de Rutshuru, les flux de déplacements de populations que ses offensives contre les dissidents de Nkunda avaient causées le week end dernier, ainsi que sur les attaques perpétrées par ses troupes contre des acteurs humanitaires la semaine dernière, Kasereka a demandé "qu’une délégation descende sur le terrain dans le territoire de Rutshuru pour interroger les populations sur ces accusations et qu’elle constaterait que ces dernières sont fausses". "Si les populations vous disent que je leur ai fait du mal", a t’il dit, "alors, faites de moi ce que vous voulez". S'agissant de l'attaque perpétrée contre des véhicules de l'ONG internationale Solidarités la semaine dernière dans le Rutshuru, il a soutenu qu'il n'était pas personnellement impliqué dans cette attaque et que ceux qui avait commis cette "bêtise" avaient été punis et étaient dans les cachots de son Etat Major. Répondant à la question : "Pensez vous que le Gouvernement va vous intégrer dans l’armée, ou que vous aller vous faire arrêter"? , Kasereka a dit: «Cela dépend du Président et des autorités congolaises, à eux de décider ce qu’ils veulent faire de moi ». Interrogé à ce sujet, le Général Mayala a dit que cette question ne relevait pas de sa compétence. «Je suis ici parce que j’ai décidé de répondre à l’appel lancé pour le brassage" a encore dit le rebelle Mai Mai. "Je suis Congolais et j'ai remis mon sort est entre les mains du Gouvernement". "Je ne pense pas qu’on devrait arrêter un Congolais qui n’a pas fait de mal à ses frères Congolais… mais si on considère que j’ai fait du mal, alors, qu’on me punisse. " Laurent Nkunda, par contre, montre à la face du monde qu’il ne respecte pas le mot d’ordre du Gouvernement. Le dissident Mai Mai a par ailleurs lancé un appel à Laurent Nkunda pour qu'il cesse d'attaquer les populations congolaises et, s’il est vraiment Congolais, qu’il rejoigne le brassage". Au cours de cette rencontre avec la presse, le Commandant de la 8 e Région militaire, Vainqueur Mayala, s’est par ailleurs félicité de cette "mission réussie" et de la collaboration étroite avec la MONUC dans cette opération. «Cette opération a été planifiée et exécutée conjointement avec la MONUC, du plus au niveau au niveau de la base», a-t-il expliqué. Le Commandant ad intérim de la Brigade du Nord Kivu , le Colonel Jha, a quant à lui félicité les FARDC pour cette mission réussie, et a salué la collaboration exemplaire qui a eu lieu entre les FARDC et la MONUC de la planification de cette dernière à son exécution, aussi bien au plus haut niveau de la hiérarchie, qu’au niveau du terrain, entre la 8 e Région militaire et la Brigade du Nord Kivu. "Le succès majeur de cette opération", a t’il dit, "est qu’aucun coup de feu n’a été tiré, qu’elle n’a entraîné aucune perte en vie humaine ni aucun déplacement de population". "Je suis convaincu que cette opération va avoir des effets positifs sur le processus en cours, et que d'autres combattants vont se rendre bientôt", a encore dit le Colonel Jha, avant de réitérer le plein soutien de la MONUC aux autorités congolaises et aux FARDC. Pour rappel, Kibamba Kasereka, ancien major de l'armée congolaise commandant d'un bataillon de la 5 eme Brigade intégrée déployée au Nord Kivu entre août 2005 et janvier/février 20057, avait déserté les rangs des FARDC peu après le départ de la 5 eme Brigade intégrée du Nord Kivu, après la crise de Rutshuru, au début de l'année 2007. Il avait réapparu dans la province en mars 2007, sur l'axe Rutshuru-Ishasa, dans les environs de Nyamilima, à quelque 100 kms au Nord est de Goma, se disant à la tête d'une milice du nom de "Forces armées de libération du Nord Kivu" (FAPL). De nombreuses violations des droits de l'homme lui sont imputées ainsi qu'à ses troupes - soupçonnées de compter des combattants hutus rwandais - y compris des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, tels que recrutement d'enfants soldats, et attaque contre des acteurs humanitaires. Kasereka est aussi accusé d'être à l'origine d'une embuscade perpétrée contre une patrouille FARDC début octobre, au cours de la quelle 6 soldats de l'armée congolaise ont perdu la vie.