Avec l’expiration et puis la prolongation de l’ultimatum lancé aux soldats dissidents fidèles au général déchu Laurent Nkunda à rejoindre le processus de brassage, la situation est devenue encore plus volatile dans la province du Nord-Kivu. Les combats ont provoqué des déplacements massifs des populations. Et malgré l’accalmie de ces derniers jours, la psychose de l’imminence de nouveaux affrontements continuent à déplacer plusieurs milliers de personnes dans les territoires de Masisi et de Rutshuru. Car, le gouvernement congolais continue à brandir la menace de l’usage de la force en cas du refus des militaires à rejoindre les rangs des Forces Armées de la RDC. Depuis la crise du mois de septembre, plus de 35.000 personnes sont contraintes au déplacement chaque semaine. Ainsi, au cours de quatre dernières semaines, 143.000 personnes ont dû fuir leur village. 70.000 familles – soit quelque 350.000 personnes – se sont déplacées depuis le mois de décembre de l’année dernière dans la province du Nord-Kivu. Divers rapports font état de la présence des déplacés dans plusieurs localités mais par manque d’évaluation, il est difficile d’en définir le nombre. En effet, par manque d’accès, plusieurs missions d’évaluation envisagées ont été tout simplement reportées. Quelques missions effectuées (plus d’une dizaine au cours de 4 dernières semaines) n’ont pu être possible que grâce à l’appui des escortes de la MONUC. Historique Les conséquences de la guerre lancée par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) contre le régime du maréchal en octobre 1996 se font encore sentir aujourd’hui. Le Kivu est depuis lors plongée dans une longue période d’instabilité. Plusieurs groupes armés sont nés de l’ex-AFDL. A ceux-là, il faut ajouter des soldats de l’ancienne armée rwandaise qui avaient fui leur pays après le génocide de 1994 et des groupes Mayi-Mayi créés pour lutter "contre l’occupation du pays" par les forces étrangères. En juin 2004, Laurent Nkunda, ancien général du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) prend la tête d’une rébellion pour défendre les intérêts des tutsis congolais. Et depuis lors, il fait de l’opposition armée au pouvoir de Kinshasa. Les combats en cours entre les Forces Armées de la République démocratique du Congo et les soldats dissidents fidèles à Laurent Nkunda ont dangereusement réduit l’espace humanitaire, laissant plusieurs milliers de personnes vulnérables sans aucune assistance. La persistance du conflit ne permet pas toujours aux acteurs humanitaires de faire même une évaluation de la situation. Derrière tous ces mouvements militaires et déplacements des populations se profilent des enjeux économiques et ethniques. Ethniques d’abord. Laurent Nkunda, d’ethnie tutsie, qui contrôle principalement le territoire de Rutshuru, est perçu par la majorité des populations locales comme faisant la guerre essentiellement pour les tutsis. L’autre enjeu est économique. Confortablement installé dans le Rutshuru, Laurent Nkunda a mis en place toute une administration qui prélève des taxes pour lui. Par ailleurs ses troupes contrôlent presque toute la ligne le long de la frontière rwandaise. Ce qui pose un problème pour le commerce transfrontalier.