Depuis une semaine, l’ancien vice-président de la République et sénateur élu Jean-Pierre Bemba Gombo séjourne dans la capitale belge. Selon des sources, il a eu des entretiens avec plusieurs personnalités politiques du royaume de Belgique. D’autres entrevues seraient prévues la semaine prochaine.

Depuis une semaine, la nouvelle circulait de bouche à oreille dans certains milieux congolais de Bruxelles. Selon des sources proches du MLC (Mouvement de libération du Congo), il se confirme que Jean-Pierre Bemba (JPB) se trouve bel et bien «en séjour privé» dans la capitale belge. Quel est le but de sa visite ? «Prendre langue avec certaines personnalités politiques belges», indiquent les mêmes sources. Sans plus. Il va sans dire que «le Chairman» poursuit des démarches en vue de mettre fin à son exil involontaire au Portugal depuis bientôt 190 jours. A Kinshasa, les kabilistes paraissent décidés à le déférer devant la « justice ». « Bemba est un bandit. Il doit rentrer pour répondre de ses méfaits », déclarait récemment à l’AFP, sous l’anonymat, un des « faucons » de la Présidence de la République. «Bemba a tué. Il a beaucoup tué à Kinshasa. Il doit se défendre devant la justice», enchaînait pour sa part, le porte-parole à la Présidence, Kudura Kasongo, sur le site Internet officiel de cette institution. Une chose paraît sûre : le camp kabiliste a mis en place un «comité d’accueil» pour recevoir Bemba. Il semble que le président du MLC pourrait quitter la Belgique à la fin de la semaine prochaine. Il faut espérer qu’il aura été écouté et surtout entendu par des interlocuteurs plus préoccupés par des questions politiques belgo-belges que les querelles politiciennes congolaises. Notons que dimanche 4 novembre, l’Etat belge se trouvait à son 146ème jour « sans gouvernement légitime », issu des élections législatives du 10 juin dernier. Le formateur Yves Leterme a fait savoir que les négociateurs vont enfin aborder les questions communautaires. Ce sera au cours de la semaine qui commence. Des analystes redoutent ce que d’aucuns nomment déjà une « crise de régime ».

Un roman politique

Dès lundi 5 novembre, JPB va poursuivre ses contacts à Bruxelles après des passages à Paris, New York et Dakar. Il semble que le landerneau politique bruxellois entend entourer ces entrevues d’un maximum de discrétion. Est-ce de peur d’effaroucher le «raïs» ? La situation que traverse Bemba Gombo est digne d’un roman politique. Agé de 45 ans, titulaire d’une licence en sciences commerciales et consulaires du très célèbre ICHEC (Institut catholique de hautes études commerciales), « Jean-Pierre » prend en main la gestion des affaires familiales dont la compagnie aérienne « Scibe Airlift ». Selon des sources, c’est grâce au transport aérien qu’il a pu, en 1994, nouer, in tempore non suspecto, des relations avec Yoweri Museveni. Il se lance par la suite dans la téléphonie cellulaire. En mai 1997, le président Mobutu Sese Seko est renversé par l’AFDL dont les troupes sont essentiellement issues des armées régulières de l’Ouganda et du Rwanda. Laurent-Désiré Kabila (LDK) s’empare du fauteuil présidentiel laissé vacant. Les nouveaux maîtres du pays multiplient des actes d’intimidations et d’humiliations à l’encontre des personnalités en vue sous l’ancien pouvoir. Le parquet général de la République distribue des convocations. Les personnes qui répondent à ces « invitations » se retrouvent comme par hasard dans les cellules miteuses de la prison centrale de Makala. La nouvelle se répand dans la ville. «JPB» reçoit à son tour la même convocation. Au lieu d’y répondre, il quitte le pays par le dernier vol Scibe. Selon certains témoignages, l’homme s’était déguisé en membre d’équipage de sa compagnie.

Rançon

Pendant ce temps, Jeannot Bemba Saolona, le père, resté à Kinshasa, est littéralement rançonner par les « libérateurs » avant d’être nommé ministre de l’Economie. C’est le début de l’exil à Bruxelles pour Gombo. Le 27 juillet 1998, on assiste à la rupture de la « coopération militaire » entre la RD Congo de LD Kabila et le Rwanda et l’Ouganda de ses ex-mentors Paul Kagame et Yoweri Gakuta Museveni. En août, un nouveau mouvement « rebelle » voit le jour à Kigali : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Au mois de novembre, JPB se rend à Kampala. Il fait part aux dirigeants ougandais de son intention de lancer la lutte armée contre le régime de Kinshasa. Dans son ouvrage «Le choix de liberté», publié aux éditions Venus à Gbadolite, il énonce la motivation de son combat : « Au sommet de l‘Etat, le vol et la corruption laissent la place à l’incompétence, du racket et à la maffia ». « Lors des arrestations, des demandes de rançons déguisées sous le vocable policé de cautions deviennent monnaie courante. Personne n’échappe à la règle ». Dans la capitale ougandaise, il lui est conseillé d’aller à Goma, via Kigali, où se trouve le siège du RCD. Bemba ne tarde pas, selon ses propres dires, à réaliser qu’il n’a pas la même vision que les autres acteurs politiques. « (…), le discours du RCD, écrit-il, me déçoit. Je n’y décèle aucune originalité ou ligne de force autour desquelles nous pourrions fonder un large mouvement de rassemblement de tous les compatriotes épris de changement et de liberté.»

MLC

Au mois de novembre, JPB revient à Kampala et demande au numéro un ougandais de l’aider à créer une « véritable force alternative » au «régime dictatorial» de Kinshasa. La suite est connue. Chef de guerre, Bemba et ses camarades sont perçus comme des réformateurs. Ils sont adulés par tous les déçus du kabilisme. En juillet 1999, c’est la signature de l’Accord de cessez-le-feu de Lusaka. En janvier 2001, LD Kabila meurt, assassiné ( ?) dans son palais. Décembre 2002, les ex-belligérants et les représentants des forces politiques et sociales signent l’Accord de paix de Sun City donnant naissance au régime de transition. Après cinq années passées dans le maquis à l’Equateur, le « Chairman » regagne la capitale en juillet 2003. Il est accueilli en véritable héros. A la fin de la transition, il n’était plus rare d’entendre des réflexions du genre : « Bemba, l’homme d’Etat, n’a pas tenu les promesses faites par Jean-Pierre, le chef de guerre ». En juillet 2006, le premier tour de l’élection a lieu. Kabila obtient 44%, Bemba n’a « que » 20%. Selon certains milieux diplomatiques, le président sortant était décidé à proclamer sa « victoire » en dépit de ces résultats n’eut été une intervention vigoureuse de la « communauté internationale». Entre les deux tours, les deux challengers se sont affrontés au mois d’août, à l’arme lourde, par partisans interposés. Un second tour est organisé le 29 octobre. Dans une déclaration politique daté du 14 novembre 2006, l’Union pour la Nation, le cartel politique ayant soutenu JPB au second tour, tire la sonnette d’alarme : « Préoccupés par le gonflement du taux de participation de la population au second tour de l’élection présidentielle notamment dans les provinces de l’Est du pays, alors que les éléments d’information en notre possession recoupés avec d’autres sources crédibles, y compris celles de plusieurs observateurs nationaux et internationaux du second tour de l’élection établissent que ce taux moyen de participation n’a pas dépassé 50% dans la partie orientale du pays ».

L’inacceptable

N’empêche. Mi-novembre, Kabila est proclamé vainqueur. Le président élu attendra en vain les félicitations de son infortuné adversaire. Le 6 décembre, Joseph est investi en qualité de président de la RD Congo. «Matanga!» (traduction : le deuil), c’est ainsi que les Kinois décrivaient l’ambiance qui régnait dans la capitale. « Bemba a déçu beaucoup de monde qui croyait en lui. Il a fait preuve de couardise. Il aurait dû prendre l’exemple de Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire en proclamant sa victoire avant la CEI et en demandant à la population de descendre dans la rue», dit-on dans certains milieux. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique n°2396 daté du 10-16 décembre 2006, le « candidat malheureux » a ces mots : « Je ne suis pas d’accord avec les résultats. Ni avec la manière cavalière dont la Cour suprême de justice a rendu son jugement qui n’a pas été motivé. Nous sommes frustrés. Mais j’ai privilégié l’intérêt supérieur de la Nation en cherchant à éviter la violence et le chaos dans le pays.» Question : la « communauté internationale» aurait-t-elle forcé Bemba, «l’impulsif », à accepter la «défaite» alors même que cette même communauté internationale sait pertinemment bien que Kabila n’a pas gagné le second tour organisé le 29 octobre? C’est en tous cas le message subliminal que JPB tente de faire passer avec sa fameuse phrase : « J’ai tout accepté au nom de la concorde nationale y compris l’inacceptable ». En mars 2007, les deux camps antagonistes se sont à nouveau affrontés au mortier. Bilan : 600 morts. Motif invoqué : le refus de l’ancien vice-président d’envoyer ses troupes au brassage. Les soldats de Bemba sont défaits grâce à une intervention de l’armée angolaise. JPB, lui , n’a eu la vie sauve qu’en se réfugiant à l’ambassade sud africaine. Depuis le 11 avril, le sénateur Bemba vit en exil dans sa villa de Quinta do Lago à 300 kms de Lisbonne. A Kinshasa, sa formation politique fait l’objet d’une Opa (Offre publique d’achat) pour le moins «inamicale» de la part du clan kabiliste. Les cadres du MLC se trouvent dans la situation des rats pris au piège d’un navire en plain naufrage. Sombrer ou quitter le bateau ? Que va faire un Jean-Pierre Bemba Gombo en passe de se retrouver dans la situation peu enviable d’un général sans troupes ?

Source : congoindépendant