Aéroport international de N’djili, porte d’entrée en République démocratique du Congo. Ce vendredi matin de fin octobre, un groupe de jeunes vêtus de Tee-shirts bleu aux couleurs de Tigo, un opérateur de téléphonie mobile installé depuis peu dans le pays, s’affaire. "Sim à 2 $ avec crédits gratuits. Pour votre séjour à Kinshasa, profitez de nombreux avantages que vous offre notre réseau", lancent-ils à tue-tête aux voyageurs qui convergent vers le parking. Cette scène là n’est qu’un avant goût de ce que vous réserve Kinshasa, ville où la réclame rythme la vie. Dès l’aéroport, on y entre de pleins pieds. Aux couleurs jaune or et rouge de Celtel, un autre opérateur téléphonique, qui barre une aile de l’aéroport, rétorque le bleu azur de Vodacom, qui en barre l’autre. "Toute la ville est à l’image de l’aéroport. Panneaux, enseignes, édifices publics comme privés, murs de maisons... Presque tout se prête à ce jeu", fait observer Jean Katete, un sociologue. Et Kinshasa en prend des couleurs. En arpentant le boulevard Lumumba, qui relie l’aéroport au centre ville, la lutte d’influence que se livrent Skol et Primus, deux bières kinoises, n’échappe pas à la curiosité. Entre ‘Matisa pression’ (Faites monter la pression) et ‘Pelisa Nguasuma’ (Mettez l’ambiance), leurs cris de guerre, c’est un véritable chassé-croisé. Le jaune de Skol le dispute au bleu de Primus sur les murs de maisons, des bars et terrasses. "La guéguerre des promos que se livrent les deux bières a transformé la ville. De nombreuses maisons sont peintes gratuitement aux couleurs de deux concurrents’’, observe Jean-Pierre Kasanda, un universitaire, converti en gérant de terrasse. Surenchère de promotions Ces couleurs qui animent la capitale congolaise, tout comme les grandes villes du pays, traduisent le boom que connaissent les télécoms et l’industrie brassicole dans un environnement économique plutôt morose. A Kinshasa, avec une population estimée à 8 millions d’habitants, selon le gouvernorat, les télécoms font leur trou. Et la concurrence est très féroce, chacune des sociétés revendiquant des parts de marché difficiles à vérifier. "Nous comptons plus de 2 millions d’abonnés. Et notre objectif est de doubler ce chiffre d’ici le premier trimestre de 2008", soutient le chargé de communication de l’une de ces sociétés. "Nous sommes le leader des télécoms. Il vous suffit de faire un petit tour dans la ville pour voir combien nous sommes mieux implantés que les autres″, rétorque l’un de ses concurrents. Boulimiques, les compagnies de télécoms font tout pour s’imposer. "Chaque jour elles cassent les prix. Il y a des moments où on téléphone gratuitement", se réjouit Hervé, un abonné. Appâtés par toutes sortes de concours promotionnels qui leur promettent de devenir millionnaire, propriétaire d’une luxueuse villa, de gagner Mercedes dernier cri ou des temps d’appel gratuit, les Kinois se laissent prendre au jeu, dépensant parfois jusqu’à leurs dernières petites économies. Des pourvoyeurs d’emplois Le succès de l’industrie brassicole, lui, n’est pas à chercher loin. Les bars tournent 24 heures sur 24 et les Kinois, disciples de Bacchus, ne boudent pas le plaisir d’un verre en bonne compagnie. "En faisant la ronde de la ville, vous constaterez que les bars ne désemplissent jamais de jour comme de nuit", observe un cadre d’une boîte de communication. Mais, avec les nombreuses terrasses qui ont dernièrement vu le jour, souvent sponsorisés par les brasseurs, la mousse déborde. "Vous ne pouvez faire deux mètres sans voir une terrasse aux enseignes de l’un ou l’autre. Les bières se consomment plus qu’avant, pense Djo Mass, un dépositaire basé à N’djili. Moyennant une clause d’exclusivité, les brasseurs mettent à la disposition de ceux qui le souhaitent boissons, tables, chaises, parasols et congélateurs gratuits pour établir une terrasse… Aujourd’hui, ces deux secteurs de télécoms et de l’industrie brassicole sont parmi les rares qui émergent, assurent quelques emplois et rythment la vie de la capitale, sinon de l’ensemble du pays. Quelques milliers d’agents travaillent dans les brasseries, auxquels se greffent des centaines de journaliers et des sous-traitants. Les télécoms offrent aussi du travail à des milliers de personnes, "surtout des jeunes qui ont entre 18 et 25 ans", comme l’affirme l’un des opérateurs du secteur. Le boom du téléphone cellulaire, qui a totalement supplanté le fixe, a incité de petits privés, sponsorisés ou pas, à monter des cabines téléphoniques ou à devenir revendeurs ambulants. Les effets de la mode aidant, ils sont assurés de bien gagner leur vie Copyright Droits de reproduction et de diffusion réservés © Syfia international 2006