Carlo de Filippi : « La situation à l’Est doit être assainie » Par Le Potentiel L’on est à un tournant déterminant de la stabilité de la République démocratique du Congo, au-delà de toute la région des Grands Lacs. Des voix s’élèvent maintenant pour écarter définitivement la menace sur la paix, la stabilité tant en RDC que dans la région. Voilà pourquoi, Carlo de Filippi, ambassadeur, chef de Délégation de la Commission européenne en République démocratique du Congo, plaide pour une vision globale de la résolution de la situation de conflit et de guerre à l’Est de la République démocratique du Congo. Il insiste sur le fait que l’Est de la RDC doit être stabilisé. « Il faut absolument que la situation à l’Est soit assainie ; que la question soit résolue ; que la paix revienne », a-t-il indiqué au moment où il s’apprête à quitter le Congo. L’on assiste ces derniers temps à une sorte de levée de boucliers pour ramener la paix totale en République démocratique du Congo, en particulier, et sur toute la région des Grands Lacs, en général. L’on se souviendra que lors de la rencontre du Comité ministériel régional de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, M. Roland van de Geer, représentant spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, avait déclaré qu’il était temps que l’on en finisse avec la présence des forces négatives dans la région des Grands Lacs. Non pas seulement qu’elles faisaient du tort énorme aux populations, mais retardaient également le développement des pays des Grands Lacs. Aussi, l’Accord de Nairobi entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a permis de tirer les choses au clair pour que chaque partie assume ses responsabilités. Accord intervenu grâce à l’action diplomatique des Etats-Unis d’Amérique, de l’Onu et bien sûr de l’Union européenne. Quand on sait que l’évolution du processus politique en République démocratique du Congo est liée à l’implication de l’Union européenne, M. Carlo de Filippi, ambassadeur, chef de la Délégation de la Commission européenne en RDC est un acteur de premier rang. Il a pris une part active à l’organisation des élections en RDC, car l’Union européenne, on le sait, a été le grand bailleur de fonds du processus électoral au Congo. Aussi, la situation préoccupante à l’Est du pays ne peut que le préoccuper. Au moment où il s’apprête à quitter définitivement le Congo, Carlo De Filippi insiste sur la nécessité de stabiliser l’Est. « Il faut absolument que la situation à l’Est soit assainie, que la question soit résolue, que la paix revienne. La population est fatiguée. Elle a payé un lourd tribut de cette guerre et de ces violences qui continuent à se perpétrer », a-t-il déclaré. UN CADRE DE SECURITE Il est vrai que le chef de la Délégation de l’Union européenne est inquiet devant la dégradation de la situation et cette catastrophe humanitaire qui s’annonce à l’horizon. Il tient cependant à préciser qu’il faut « une vision globale pour la résolution de ce problème de l’Est ». Il relève que si l’Est est une petite partie du pays, « cette partie a toujours été très sensible et qu’il a un contact important avec l’ Afrique de l’Est qui est une entité économique très importante pour la RDC. Il existe des échanges et contacts entre les populations depuis des siècles ». Carlo De Filippi fait en outre remarquer que le développement de la République démocratique du Congo passe par la communication entre l’Est et l’Ouest. Aussi, propose-t-il la mise en place d’un cadre de sécurité dans cette région pour contribuer de manière déterminante au développement de ce pays. Il fait certainement allusion à la relance de la CEPGL ainsi qu’à la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs qui disposent justement de ce cadre de sécurité et ces organisations sont soutenues, entre autres, par l’Union européenne. Mais le travail doit être fait à plusieurs niveaux, reconnaît-il : interne et international. Au niveau interne, pour les observateurs avertis, il s’agit là de la convivialité politique au niveau de chaque Etat de la région. Autant cette observation concerne la RDC, autant elle s’adresse également au Rwanda. Quant au niveau international, il interpelle sûrement la Communauté internationale pour qu’elle s’implique totalement. « La Communauté internationale a un rôle important à jouer. Le moment est venu de s’attaquer à tous ces problèmes », a souligné Carlo de Filippi en réponse à une question du Journal Le Potentiel, dans une interview que l’on reproduit en page 3. Si l’on peut se permettre d’interpréter les propos du diplomate européen, il revient également à la Communauté internationale de jouer franc jeu dans la résolution de ce problème. L’on sait que, pour parler de la Monuc, son mandat reste ambigu. Pas plus tard que mardi de cette semaine, les éléments de la Monuc ne sont pas intervenus pour protéger les déplacés de Mugunga alors qu’ils étaient la cible des insurgés. Certes, cette mission de protection des populations civiles revient en premier lieu aux FARDC. Mais l’Accord de Nairobi insiste sur le fait que les casques bleus, de concert avec le FARDC, assument cette fonction. Dans le même ordre d’idées, et l’on pense que Carlo De Filipi le soulignera dans son rapport de fin de mandat, l’Union européenne devra apporter le même appui aux FARDC en vue de renforcer leurs capacités dissuasives. L’on se souviendra qu’il a été question du déploiement d’une force africaine en RDC pour « traquer ou neutraliser les forces négatives ». Et qu’à ce sujet précisément, l’Union européenne devrait apporter son appui logistique à cette force africaine. Comme Jean-Marie Guéhéno, secrétaire général adjoint de l’Onu en charge des missions de paix, se plaint en ces moments pour la force africaine qui doit se déployer au Darfour et qui a besoin de 26 hélicoptères, l’appui logistique promis par l’Union européenne n’est jamais venu. Il n’y a pas eu de déploiement de la force africaine en RDC. L’on ne peut que paraphraser Carlo De Filippi pour dire qu’effectivement « le moment est venu de s’attaquer à tous ces problèmes. Il faut pacifier pour espérer de bonnes perspectives d’avenir. La paix est à la base de tout développement ». Si telle a été l’intime conviction politique de l’Union européenne en finançant le processus électoral en République démocratique du Congo, elle ne peut que s’impliquer davantage pour que l’Accord de Nairobi, entre la RDC et le Rwanda, ne soit pas une illusion de plus. Moralité politique oblige. 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