Le gouvernement a été amené à revoir à la hausse, par deux fois, les prix du carburant à la pompe. De 535 Fc, le prix du carburant est passé à 580, ensuite à 610 Fc le litre, sans que l’on crie garde. Par la loi de l’élasticité, les prix de principaux produits de première nécessité ont suivi le même rythme. C’est la furie quand on sait que la marge bénéficiaire n’est jamais respectée. Les tensions sont déjà perceptibles au sein de la population. Les pays africains peuvent-ils survivre à la flambée du prix du pétrole? Des analystes se sont adonnés à cet exercice pour répondre à cette interrogation depuis la saga qui secoue le marché mondial du brut où l’on ne s’étonne pas de voir du jour au lendemain le prix du baril atteindre le plafond de 100 Usd. A ce prix, le pétrole fait déjà la fête des pays exportateurs, alors qu’il est porteur de malheurs dans les pays importateurs comme la RDC. Faute d’une politique de substitution dans le cas d’espèce. En effet, en l’espace d’un mois, sans crier garde, le gouvernement a dû revoir par deux fois les prix du carburant à la pompe. D’abord de 535 Fc à 580Fc, ensuite à 610 Fc pour un litre d’essence. Alors que l’augmentation du prix du pétrole représente une chance de réajuster ou d’améliorer la balance de paiement des pays producteurs de l’or noir, cette hausse vertigineuse constitue par contre un véritable cauchemar pour les importateurs du pétrole du fait que leurs progrès économiques et programmes de développement peuvent être ralentis ou simplement anéantis. Cela est d’autant plus vrai qu’il en résulte souvent de sérieuses contraintes financières pour plusieurs pays pauvres très endettés, et en plus importateurs du pétrole. La hausse du prix du pétrole se ressent également sur les entreprises. Elle provoque d’abord l’augmentation du prix des produits pétroliers au plan national avec des charges élevées, ensuite celui de plusieurs intrants intermédiaires, et entraîne finalement l’envolée des coûts de production. Par voie de conséquence, elle peut amener les entreprises à réduire leur demande de main-d’œuvre, à revoir leurs investissements et leur production. Deuxièmement, la demande du pétrole à court terme étant hautement inélastique, les consommateurs sont amenés à réduire leur consommation des biens et services pour honorer des factures d’énergie très salées. Troisièmement, les pays importateurs de pétrole connaissent des problèmes de balance des paiements puisqu’ils doivent disposer de plus de ressources pour régler des factures plus élevées au titre du pétrole qu’ils importent. Les gouvernements se voient ainsi contraints à faire face à des engagements budgétaires plus importants, susceptibles de compromettre leur capacité à financer des programmes sociaux. OBLIGATION DE SURVIE Dans une économie aussi désarticulée, le marché intérieur n’a pas tardé à réagir à cette inflation « importée ». Les prix des denrées de première nécessité ont pris l’ascenseur, motivés dans leur euphorie par un baril en perpétuelle ascendance. A Kinshasa où la marge bénéficiaire n’est pas du tout respectée, les prix sont en train de s’emballer. Tenez. Le transport est devenu difficile depuis une dizaine jours. Hier lundi, la situation s’est aggravée pour autant que les automobilistes s’attendent à une augmentation des prix que l’Hôtel de ville leur refuse encore. Ils ont préféré garder leurs véhicules à domicile, à défaut de s’adonner à des « demi-terrains », pratique courante à Kinshasa. Au Marché central, les prix se sont affolés : un rouleau de papier hygiénique qui se vendait à 100 FC la pièce, était vendu hier lundi à 120 Fc au Marché central et à 150 Fc dans des boutiques. L’on indique que la bière locale qui devrait suivre le même élan à la hausse dans la mesure où les sociétés brassicoles accusent maintenant les frais de charge plus élevés avec cette augmentation du prix du carburant. L’on avance qu’une bouteille de Primus ou Skol serait vendue à 650 ou 700 Fc. Il en sera ainsi de la botte de feuilles de manioc, de légumes, d’un sakombi de fufu, du maïs et du riz. Bien sûr que la chickwangue emboîtera ensuite le pas. Et c’est l’explosion sociale avant que les bailleurs n’entrent dans la danse avec le coût du loyer. Et dire que l’OPEP a décidé de bousculer les économies faibles et extraverties à la veille des fêtes de Noël et de Nouvel an. C’est pour vous dire que les tensions sont déjà perceptibles sur les visages des pauvres consommateurs congolais, obligés désormais à faire des coupes sombres sur un illusoire budget familial pour survivre. UN FEU ROUGE Le gouvernement a du pain sur la planche devant cette euphorie pétrolière. D’abord, pour éviter toute rupture de stock de carburant, le gouvernement est contraint à revoir les prix à la pompe. Mais, le scénario le plus redoutable est la réaction de la classe moyenne de la population congolaise, notamment les fonctionnaires et autres ménages à revenus modestes. Car, comment concilier le refus du FMI de voir le gouvernement augmenter les salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat et la nécessité pour l’Etat d’améliorer tant soit peu le pouvoir d’achat de cette même population afin de l’aider à contenir les pressions internes de la hausse du prix du pétrole sur le marché international ? C’est tout le dilemme qu’aura à négocier péniblement le Premier ministre Antoine Gizenga dans son projet de budget 2008. Au niveau des finances publiques, les cours élevés du pétrole risquent de peser lourd sur le budget tant au niveau des recettes qu’à celui des dépenses. Du point de vue des recettes, l’assiette fiscale s’en ressentira si la rentabilité des entreprises consommatrices de pétrole est mise à rude épreuve et si le chômage grimpe. Naturellement, les gouvernements font l’objet d’une forte pression en ces circonstances précises pour amortir les effets de la hausse du prix du pétrole. Si les cours du pétrole ne reviennent pas à la moyenne, les contrôles des prix conduiront à d’interminables hausses qui seront en dernier ressort supportées par les contribuables. Pour dire tout simplement par la population. Décidément, l’on craint que l’on tende vers une vive agitation sociale. Pour autant que, pris dans les mailles des exigences du FMI, le gouvernement se retrouvera presque dos au mur : coincé dans la logique du FMI, mais contraint par la pression interne à agir pour préserver – s’il en existe encore – le pouvoir d’achat de la population. C’est dire que si la hausse du prix du baril du pétrole fait le bonheur des pays membres de l’OPEP qui menacent déjà d’en faire une arme de chantage, un outil politique et sûrement de conflit, elle donne par contre des insomnies aux gouvernements des pays consommateurs du pétrole, et à celui de Kinshasa, pour le cas d’espèce. Faute d’une politique de substitution devant des impondérables des cours sur le marché international. Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Potentiel 2005 Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.