Ce n’est pas demain ni le surlendemain que va s’arrêter l’onde de choc provoquée par la signature d’un contrat de coopération de plus de dix milliards de dollars entre la Chine et la République démocratique du Congo. Pas de doute possible, la puissance de la Chine va continuer à faire jaser et pour longtemps encore. Surtout dans certains milieux occidentaux où, vraisemblablement, l’on est encore loin de digérer le coup qui vient de leur être « assené » par l’arrivée en RDC de la grande Chine. MISES EN GARDE INSISTANTES Levée de boucliers…de la part de nos partenaires « traditionnels ». Voilà ce que la RDC a eu comme réponse. Avec des mises en garde insistantes, tantôt sur des « craintes » d’accroissement de la dette publique, tantôt sur des « risques » de déstabilisation du cadre macro-économique…de la RDC. « Beaucoup d’Africains se réjouissent de cette arrivée en force de l’argent chinois qui profitera peut-être à la Guinée (bauxite) ou au Tchad (pétrole). Ils tiennent les mises en garde du FMI et de la Banque mondiale pour une manifestation de mauvaise humeur des Occidentaux dont les monopoles sont enfin battus en brèche », écrivait, le 16 octobre 2007, un influent quotidien européen. Avant de poursuivre : « Les dangers de cette manne (chinoise) sont pourtant bien réels. On n’injecte pas sans conditions de telles sommes dans des pays très pauvres comme la RDC où les trois quarts des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour, sans déséquilibrer la balance commerciale, le budget et la structure même d’un Etat encore embryonnaire ». Et le journal d’expliciter : « Ce n’est pas tant que la Chine prête à l’Angola ou au Soudan qui choque, mais qu’elle prête à des pays surendettés. Comment la RDC obtiendra-t-elle l’effacement des 14 milliards de son fardeau après avoir accepté un crédit chinois de 5 milliards ? ». Cette analyse, aussi orientée et partiale soit-elle, ne reflète pas l’absolue vérité des chiffres. Dès lors qu’il s’agit d’un pays dont les potentialités ne sont comparables à aucun autre Etat., la dette de la RDC, toute proportion gardée, est insignifiante. Les experts congolais seraient prêts à en débattre. En tous les cas, au fil des jours, les frémissements du début ont cédé la place à une attitude de « compréhension » en vue d’accompagner le gouvernement congolais. Nonobstant quelques discours agressifs à l’endroit des autorités congolaises, comme si le pays n’était pas maître de ses choix politiques et économiques à l’instar du partenariat qui vient de voir le jour entre Pékin et Kinshasa. Quoi qu’il en soit, les Congolais viennent d’avoir la démonstration de leurs illusions sur les intentions réelles des soi-disant amis. UNE VIEILLE POLITIQUE On est bien devant des signes qui ne trompent pas. « Décidément, nos amis occidentaux ne nous veulent pas du bien.», affirme sans ambages un professeur qui enseigne dans une université congolaise. Spécialiste en relations internationales, il met cette attitude sur le compte d’une vieille conception de certains milieux politiques européens qui trouvent en une Afrique faible leur propre essence d’exister. Ceux-ci ambitionnent de placer ainsi les pays africains, plus particulièrement au sud du Sahara, dans la position d’Etats encore sous dépendance et dépourvus de toute souveraineté. Ils vivent donc avec un siècle de retard. En marge de la conférence organisée le 14 novembre au Grand Hôtel Kinshasa dans le cadre des journées belges en RDC sur le thème « Quel développement économique pour la RDC ? Quel rôle pour les partenaires internationaux ? », il nous a été amené de constater, non sans ironie, que « les masques sont finalement tombés ». Les réactions épidermiques, au point, pour certains, de se comporter en gouverneur d’un protectorat, ont finalement permis de mettre en lumière ce que les Congolais avaient déjà compris. N’en déplaise à ceux qui croyaient qu’ils étaient dupes. Les contrats avec la Chine n’alourdissent pas la dette congolaise. Bien au contraire, ils n’y ajoutent pas un dollar de plus, pour paraphraser l’ambassadeur de Chine en RDC qui était plus qu’à la hauteur mercredi 14 novembre. De quoi s’agit-il ? Tout bonnement d’un troc pour lequel la RDC n’avait aucune autorisation préalable à recevoir de qui que ce soit pour éviter à sa population de continuer à chasser des rats afin de survivre sur un sol sur lequel dorment des richesses incommensurables. Il fallait y penser. « La situation d’aujourd’hui qui permet à certains représentants des pays « amis » de manquer un minimum de courtoisie imposée par leur statut envers les autorités congolaises, relève précisément de cet état dans lequel ces mêmes « messieurs » se sont donnés pour mission de nous maintenir », déplore un diplomate d’un pays africain présent à la cérémonie du Grand Hôtel Kinshasa. « Je le subodorai déjà », a-t-il ajouté, non sans amertume. DIGNITE A SAUVEGARDER Et pourtant, les humiliations diverses subies par le peuple congolais devraient mettre celui-ci plus dans un état défensif qui, paradoxalement, devient celui de ceux qui voient dans le choix des autorités congolaises une atteinte, et les Congolais le savent, à leurs propres profits. Lesquels sont loin d’être ceux des pays qu’ils représentent ou de celui qui les agrée. La conférence-débat pilotée par la Fédération des entreprises du Congo, FEC, et la Chambre de commerce belgo-congolaise à laquelle ont pris part les autorités congolaises, les ambassadeurs de Belgique, de Chine et de la République d’Angola en RDC ainsi que, l’ambassadeur de l’UE, a été révélatrice de véritables intentions des uns et des autres. « L’amitié, affirmait le président Nicolas Sarkozy, n’est pas synonyme de soumission ». « La RDC, ses autorités et son peuple ne doivent pas céder à cette provocation », a conseillé un homme d’affaires. Bien au contraire, ils doivent rester solidaires et vigilants car, les intérêts de la RDC ne sont pas à brader, a-t-il rappelé. Autant la dignité des autorités congolaises doit être sauvegardée, a-t-il fait savoir. Car, a-t-il noté, « il n’est pas explicable d’assister sans étonnement à une invective injustifiée d’un représentant d’un pays soit disant ami vis-à-vis des représentants des institutions légitimement élues du pays qui l’accueille et auquel il doit, conformément aux usages courants, un minimum de courtoisie à défaut d’un maximum de correction ». Voilà qui est bien dit…même si, par les temps qui courent, nos « amis » utilisent bassement « l’arme » de visas pour soumettre les idées. L’on ne peut conclure non sans avoir rappelé la nécessaire intervention de l’ambassadeur d’Angola dont les effets n’avaient d’égal que les applaudissements nourris de la salle. Laquelle intervention a fait dire à un politique congolais chevronné : « A bon entendeur, salut ».