La paix totale en République démocratique du Congo est inéluctable. Goma se présente comme la dernière chance pour atteindre cet objectif. Mais également une occasion exceptionnelle à même de mettre un terme à cette spirale de « guerres secrètes » qui ne visent qu'à accélérer la non existence de la République démocratique du Congo en tant qu'Etat et Nation. Les choses doivent être vue sous cet angle à Goma. Absolument.

Conformément à l'esprit de l'ordonnance n° 07/075 du 20 décembre 2007 portant convocation de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, il s'ouvre demain jeudi 27 décembre à Goma, capitale du Nord-Kivu, cette dite conférence. Selon le contenu de cette ordonnance signée par le Président de la République, Joseph Kabila, principalement en article 2, « La conférence a pour objet de réfléchir et de faire des propositions au gouvernement de la République sur les voies et moyens de jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ».

Si cet énoncé pourrait paraître cérébral pour le commun des Congolais, la rencontre de Goma a pour objectif de donner des réponses à ces guerres à répétition qui partent toujours de l'Est avant d'embraser tout le Congo. Particulièrement celles de 1996, 1998 et actuellement celle qui se déroule au Nord-Kivu à l'initiative de Nkunda. Ces guerres, on le sait, ont porté un coup dur à la structure politique, déstabilisé les infrastructures économiques, déraciné des millions de Congolais avant de provoquer la mort de plus de trois millions d'entre eux. D'ailleurs, la liste n'est pas du tout exhaustive pour autant que la comptabilité macabre n'a pas encore pris en compte les morts de la guerre du Nord-Kivu. Comme pour dire que le compte n'est pas encore bon et qu'il importe de le revoir en hausse au moment opportun.

Ce syndrome de guerres qui n'en finissent pas est à la base de cette Table ronde ou conférence, c'est selon, sur « la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu ». Conférence qui ira du 27 décembre 2007 au 5 janvier 2008. Ainsi, lundi 24 décembre, dans un point de presse donné à Goma, Dénis Kalume, ministre d'Etat en charge de l' Intérieur, Défense et sécurité, lequel a reçu pleins pouvoirs d'organiser ces assises, a appelé toutes les parties à donner le meilleur d'elles-mêmes pour la réussite de ces assises. Des assises à placer sous le signe de la vérité et de la transparence

Le Premier ministre, Antoine Gizenga Fundji, a abondé dans le même sens en insistant sur le « retour rapide de la paix et de la sécurité », avant de relever que ce problème concerne « le pays tout entier ». Mais il reconnaît que la « RDC est menacée dans son unité, son intégrité et son progrès ».

Le Premier ministre a pris là, par ces déclarations, toute la mesure de cette conférence qui, en aucun cas, ne doit être prise pour un « fait divers » afin de satisfaire certains opportunistes, au risque de tourner en dérision tous les Congolais. Le fait qu'il y ait cette « présence – participative » remarquable des représentants de la Communauté internationale, la conférence de Goma s'inscrit dans la droite ligne des travaux de Sun City qui, comme on le sait, ont été la suite logique de ces « guerres secrètes » qui ne visent qu'à fragiliser la République démocratique du Congo.

Questions de fond, vérité et transparence

Il est un fait que l'on attend de cette conférence qu'elle aborde sans détours des questions de fond. A ce sujet, l'on aurait souhaité qu'au niveau préparatoire, l'on dégage réellement ces questions de fond pour savoir ce qui divise effectivement les ressortissants du Kivu et freine le développement des deux provinces ci-mentionnées. Pourquoi, par trois fois, a-t-on pris les armes pour combattre le pouvoir central, aujourd'hui, un pouvoir issu des élections ? qui sont ces pays qui fournissent des armes à ces mouvements insurrectionnels ?

Existe-t-il réellement un problème des minorités qui ne seraient pas protégées ? Lesquelles ?

Qu'en est-il des Interahamwe ? Où sont-ils ? Pourquoi ne rentrent-ls pas dans leur pays ? Comment expliquer que l'on combatte des interahamwe et au même moment se rebeller contre le pouvoir central ? Qu'a fait réellement la Communauté internationale pour que ces forces négatives demeurent jusqu'à ce jour en République démocratique du Congo ? Quelles sont les dispositions prises par le Rwanda pour accueillir tous ses ressortissants ? Pour quel but le Rwanda soutient-il les mouvements insurrectionnels en RDC ?

Répondre à ces interrogations, de façon sincère, jetterait les bases d'une paix durable et d'un développement intégral dans les provinces du Nord et Sud –Kivu. Partant, sur toute l'étendue de la République démocratique du Congo. Le nouvel archevêque de Kinshasa, Mgr Monsengwo a eu les mots justes lorsqu' il recommande que l'on « mette de côté les disputes interminables sur des questions qui auraient pu se résoudre facilement. Toutes choses étant égales par ailleurs, les raisons partisanes de conquête de pouvoir ».

Si les causes de l'insécurité ne tenaient qu'à cela, elles ne peuvent nécessiter une forte représentation nationale. Et surtout une forte représentation internationale. Ce qui justifie, une fois de plus, que ces guerres du Kivu sont effectivement des « guerres secrètes », avec beaucoup de zones d'ombre. Or, si les Congolais n'ont pas la capacité d'une analyse profonde, la persévérance de creuser davantage, il y a risque qu'ils soient tournés en dérision. Qu'ils demeurent des dindons de la farce pour conclure un autre « marché de dupes ».

Devant cette hypothèse, Goma ne sera qu'un « rendez-vous manqué de l'histoire ». Une fois de plus. Dommage.