L’Ouganda est en train de franchir le rubicon. Il vient de décider de la production, dès l’année prochaine, du pétrole grâce à une raffinerie d’où sortiront du kérosène, du diesel et du fuel. Où en sont alors les négociations avec la République démocratique du Congo pour l’exploitation commune justement du pétrole du Lac Albert ? Une réunion avait été prévue fin janvier à Kampala et l‘on ignore les résultats. Tout laisse croire que l’Ouganda a décidé, unilatéralement, d’aller de l’avant devant les tergiversations ou les turpitudes congolaises de consacrer la « Zone d’intérêts communs ». A en croire des nouvelles concordantes qui nous parviennent de Kampala, le gouvernement ougandais a décidé de la levée de l’interdiction de délivrer des licences pour l’exploration du pétrole et de gaz. Cette décision, relayée par l’agence Xinhua, fait suite à l’adoption d’une « politique sur le pétrole et le gaz national » par le gouvernement ougandais. L’information a été confirmée par le secrétaire permanent ougandais au ministère de l’Energie et des Mines, Kalisa Kabagambe. Il a souligné que cette mesure entre en vigueur dès ce mois de février. Elle vise à mettre en concurrence les entreprises intéressées par ce secteur pour l’octroi des licences. Jusqu’ à ce jour, cinq licences ont été accordées à trois compagnies ; Tullow Oil, Heritage Oil et Dominion Petroleum. Dans les milieux proches du gouvernement ougandais, l’on précise que l’Ouganda « prévoit de se lancer l’année prochaine dans la production de pétrole grâce à une petite raffinerie d’où sortiront du kérosène, du diesel et du fuel ». Cette information serait sans intérêt s’il n’existait pas un contentieux entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, contentieux marqué par des pourparlers sur l’institutionnalisation d’une « Zone d’intérêts communs » pour l’exploitation commune du pétrole du Lac Albert. Un vieux dossier datant de 1997 et réactualisé en 2007 dans le cadre de la grande commission mixte entre les deux pays. Sujet principal qui a dominé les travaux du mois de décembre 2006 à Munyonyo Centre de Kampala. Et devant certains points de divergence, il avait été convenu que le ministre congolais des Hydrocarbures s’y rende vers la fin de la deuxième quinzaine du mois de janvier pour parfaire les discussions afin de parvenir à un accord. En plus, les entreprises Tullow Oil et Heritage Oil sont celles qui ont déjà investi dans ce domaine. Voire même qu’elles ont été à la base des incidents meurtriers survenus sur le Lac Albert entre les militaires congolais et ougandais. En plus des discussions sur l’île de Rukwanzi s’expliquent justement à cause de ce pétrole. Aussi, ces entreprises n’attendaient que la conclusion de cet accord pour accélérer les travaux de forage du côté congolais, huit puits existant déjà dans la partie ougandaise. De manière à permettre l’exploitation commune de ce pétrole du Lac Albert dont la grande partie se trouve dans les eaux congolaises. Mais la partie congolaise se montre, jusque-là, réticente pour des raisons connues des seules autorités de la RDC. Entre-temps, des rumeurs faisaient état de ce que la RDC préférait Dominion Petroleum (qui vient d’avoir sa licence auprès du gouvernement ougandais) à Tullow Oil et Heritage Oil. Face à cette décision du gouvernement ougandais, que va-t-il advenir ? Kampala est-il en train de passer outre le « OK » de Kinshasa pour se lancer dans l’exploitation du pétrole du Lac Albert ? UNE CRISE EN PERSPECTIVE Ces interrogations sont pertinentes et intéressantes. Qu’il soit retenu que l’Ouganda fait du pétrole du Lac Albert « une question de vie ou de mort ». Pour rien au monde, Kampala ne traînera les pieds pour exploiter ce pétrole, disons en commun. Ceci pour deux raisons. La première, c’est que Museveni s’est engagé dans un vaste programme social. En prévision de prochaines élections, le chef de l’Etat ougandais est en train de poser des actes sociaux à impact visible. Pour ne parler que de Kampala, cette ville est en train de se métamorphoser. Elle est aujourd’hui un grand chantier tant dans le domaine de la construction des bâtiments que de l’infrastructure routière. Deuxièmement, Kampala est en avance par rapport à Kinshasa. Heritage Oil et Tullow Oil ont déjà investi dans ce domaine, procéder à des forages qui ont donné des résultats positifs en plus de la rampe en construction pour disposer d’une raffinerie et des plates-formes en vue de l’extraction du pétrole. Bien plus, des pourparlers sont engagés avec le Kenya dans la perspective de la construction d’une pipe-line jusqu’au port de Mombasa en vue de l’exportation de ce pétrole qui serait de la même qualité que celui de l’Arabie Saoudite. Ainsi, à partir des eaux ougandaises, grâce à ses installations, Kampala peut exploiter le pétrole du Lac Albert. Et comme du côté congolais, il n’existe aucune structure, et que sous eaux il n’y a aucune « frontière », rien n’arrêtera les machines d’atteindre les eaux congolaises. La suite, tout le monde peut la deviner : à cause des turpitudes, la RDC est en train d’abandonner le pétrole du Lac Albert à l’Ouganda. Et même si une crise survenait, le gouvernement ougandais aura déjà exploité le pétrole du Lac Albert pour autant que la « Zone d’intérêts communs » n’est pas encore définie ni consacrée. Comme on peut le constater, en l’espace de 45 jours, après la dernière réunion de la Grande commission mixte entre la RDC et l’Ouganda, les choses semblent évoluer rapidement. Mais en prenant une autre tournure en faveur de l’Ouganda. A cause des turpitudes congolaises alors que le cas avec l’Angola devrait servir d’école. Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Potentiel 2005 Usage strictement personnel. 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