Les armes continuent à crépiter au Nord-Kivu. Des escarmouches se multiplient à une allure inquiétante, provoquant des déplacements continus des populations civiles. Et pourtant, les groupes armés qui s’affrontent sur le terrain ont signé le 23 janvier 2008 à Goma, un cessez-le-feu. L’Acte d’engagement en fait foi.

Qu’est-ce qui peut justifier cette attitude qui met en péril le processus de paix ? Les visées mercantilistes auraient transformé les groups armés en gangs composés de personnes sans foi ni loi sous l’étiquette de mouvements politico-militaires.

Malgré la tenue de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, des accrochages croisés entre fractions armées sont enregistrées régulièrement sur le terrain. Des informations concordantes renseignent que des Maï-Maï ont affronté les éléments du CNDP de Laurent Nkunda dans plusieurs villages des territoires de Rutshuru et de Masisi. Ailleurs, c’est le Pareco qui allègue avoir été attaqué par les éléments du CNDP.

Quant aux FARDC, elles disent avoir empêché des groupes Maï Maï qui s’apprêtaient à incendier des villages, d’une part. D’autre part, elles prétendent avoir été attaquées par les FDLR à Katana, dans la province du Sud-Kivu.

Tous ces mouvements des troupes ne constituent pas moins des violations du cessez-le-feu signé entre parties à l’Acte d’engagement de Goma. Quand bien la cessation des hostilités n’aurait pas été automatique, il est noté que la multiplication d’accrochages commence à inquiéter de nombreux observateurs. Cela dans la mesure où ce sont des populations civiles qui continuent à en faire les frais. Elles fuient les balles, les exactions et autres violences corporelles de la part des éléments armés.

Pendant ce temps, la tâche des missions humanitaires est de plus en plus rendue ardue. Elles n’arrivent pas à acheminer dans les meilleurs délais de l’aide aux milliers de déplacés. Du coup, toutes les parties qui ont contribué au bon déroulement de la Conférence de Goma sont inquiètes. De quoi donner raison à ceux qui affirment que l’Acte d’engagement signé au chef-lieu du Nord-Kivu ne sera rien d’autre qu’un «chiffon » de plus, bon pour la poubelle.

LE CONTROLE DES RESSOURCES MINIERES

Il est évident que l’on s’interroge sur les raisons principales de ces violations de cessez-le-feu. La bonne foi des signataires de l’Acte d’engagement est mise à rude épreuve. La mise en place progressive des structures du mécanisme de suivi de la Conférence de Goma devrait les inciter à faire taire les armes plutôt que d’entretenir la terreur.

L’allure prise par les événements dénote que les motivations des signataires de l’Acte d‘engagement de Goma se révèlent de moins en moins politiques. La tendance observée est que chaque groupe armé tient mordicus au contrôle de son « territoire ». Espace du territoire national que chacun d’eux administre en disposant des recettes de taxes et des revenus de l’exploitation des minerais qui s’y trouvent.

Il s’ensuit que la guerre du Nord-Kivu aurait également des enjeux économiques. L’or, le coltan, et surtout le nobium sont très convoités, ils sont au centre des intérêts régionaux et internationaux. Ils génèrent des revenus financiers qui séduiraient le plus saint des Congolais. Les violations du cessez-le-feu portent sur le contrôle des « espaces miniers ». Ce qui fonde à dire qu’il s’agirait d’un banditisme. Les groupes armés se sont mués en « gangs ». Ils s’affrontent aujourd’hui pour leur survie économique. La floraison des comptoirs des matières précieuses à Goma en est une parfaite illustration.

LA RESTRUCTURATION DE L’ARMEE

A tout prendre, la restructuration de l’armée demeure l’élément moteur dans le retour effectif de la paix sur l’ensemble du territoire. Le besoin se fait sentir avec acuité. L’autorité congolaise a affirmé cette nécessité de poursuivre la réforme des services de sécurité, en priorité l’armée. Les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne ont même brûlé de la politesse pour interpeller le gouvernement en vue d’accélérer la procédure. La Monuc a abondé dans le même sens en appelant à la mise en application immédiate de l‘Accord de Nairobi.

La Monuc est limitée par son mandat actuel. Les effets d’annonce d’un programme DDRRR n’impressionnent pas les FDLR. Le CNDP superbement armé, ne l’est pas. Le concours d’une armée dissuasive accélérerait la fin totale de la guerre. Mieux, contribuerait à neutraliser tous les groupes armés, ou ces « gangs », apparemment au service des puissances financières.