Elle court, la rumeur semant le doute sur l’intégrité physique du chef de l’Etat. Et ce, depuis un mois. Le gouvernement et les services font semblant de minimiser. Tout est, cependant, à l’honneur du secrétaire général du parti présidentiel qui, en son temps, a apporté un démenti. Mais face à la persistance de ce mystérieux bruit aux origines tout aussi obscures que sont insaisissables ses motivations, Le Potentiel, interpellé, émet des hypothèses.

Vendredi 22 février 2008, aux alentours de 13 heures, un appel téléphonique en provenance de Brazzaville. Au bout du fil, un compatriote qui a préféré garder l’anonymat. Il cherchait à savoir ‘ce qui se passait réellement à Kinshasa, en général, et à la présidence de la République, en particulier’. Selon lui, il se racontait énormément de choses dans la capitale Brazzaville. Entre autres la rumeur selon laquelle des coups de feu ‘auraient été entendus au Palais de la Nation à Kinshasa’.

La veille, dans la commune de Lemba, la panique s’était emparée d’une masse de gens dans l’un des quartiers. A l’origine, la rumeur faisant croire qu’il se serait passé quelque chose au Palais de la Nation. Vérification faite, il ne s’agissait que d’une opération de police visant à maîtriser une bande d’inciviques à Lemba même.

Après de nombreux recoupements, il s’avère que cette rumeur, qui semble avoir la peau dure, crée une véritable psychose au sein de la population. Car cela fait exactement un mois qu’elle a choisi de s’installer dans les rues et les salons de Kinshasa. Les premiers racontars avaient fait état des coups de feu qui auraient retenti au Palais de la Nation, blessant le président de la République. Celui-ci aurait été évacué de toute urgence à l’étranger, en l’occurrence vers la Suisse.

DES INTERROGATIONS

L’ampleur de la rumeur avait autrefois obligé les responsables des écoles situées dans le périmètre du Palais de la Nation à évacuer précipitamment les élèves. Et comme une traînée de poudre, la «nouvelle», à travers diverses distorsions, avait paniqué une bonne partie de la ville de Kinshasa.

Même scénario, quelques jours plus tard, au Palais de la Justice. Les fonctionnaires oeuvrant dans ce bâtiment avaient été obligé, on jour, de fermer précipitamment les bureaux et de se mettre à l’abri. Pourquoi ? Personne n’a su répondre avec précision. Mais l’on apprendra plus tard que ce sont les incidents opposant les étudiants de deux instituts d’enseignement supérieur voisins, l’ISC et l’ISTA, qui ont été mal interprétés.

Quasiment au même moment, l’un des ministres du gouvernement provincial de la Ville de Kinshasa est passé à la télévision nationale pour «inviter les Kinois au calme et à vaquer tranquillement à leurs occupations». Et de souligner que toutes les «dispositions sont prises pour traquer les responsables de ces rumeurs et pour les présenter bientôt au public». Bien avant lui, Evariste Boshab, secrétaire général du PPRD, parti présidentiel, avait tenu un point de presse pour rassurer l’opinion nationale. Il avait notamment déclaré que le «président se porte comme un charme». Une accalmie avait salué ces propos.

Pour sa part, le président de la République est apparu à la télévision, tantôt accordant des audiences à des personnalités tant nationales qu’étrangères ; tantôt présidant les réunions du Conseil de ministres. C’était une manière solennelle de démentir la rumeur sans y faire allusion. Mais que celle-ci persiste jusqu’à cette date du 22 février, nonobstant les faits contraires, voilà qui suscite des interrogations.

COMPLOT CONTRE LA RDC

Coïncidence troublante, cette rumeur s’enfle à une époque qui rappelle bien d’autres événements tragiques : le double assassinat de Lumumba et de Kabila père en janvier, respectivement en 1961 et 2001.

Serait-ce un message codé qui annonce un nouveau drame ? S’agit-il, comme l’a stigmatisé le secrétaire général du PPRD, d’un complot contre la République démocratique du Congo visant à la déstabiliser ? Serait-ce, a contrario, un test mijoté par les services pour forcer un immense courant de sympathie de la population envers le chef de l’Etat ? La rumeur serait-elle d’origine exclusivement congolaise ? Aurait-elle été inspirée par les Occidentaux qui ne se satisfont plus des explications officielles de Kinshasa depuis que la RDC a signé son partenariat du siècle avec la Chine ?

A la rédaction du Potentiel, nous sommes d’avis que ces questions, et bien d’autres, sont des pistes à explorer. Aussi invitons-nous les responsables des services spécialisés de s’y pencher afin d’y mettre un terme. Ce qui aura pour résultat de rassurer les citoyens, les investisseurs et d’autres partenaires.

Dans cette logique, le gouvernement, à la suite du secrétaire général du parti présidentiel, devrait, toutes affaires cessantes, s’employer à apaiser la population. Et à traquer les auteurs de ces bruits démobilisateurs.

Quoi qu’il en soit, les Congolais ne gagneraient pas, sauf les commanditaires, en tentant de mettre à mal le processus démocratique laborieusement mis en œuvre. Par expérience, un pouvoir né de la violence en RDC est condamné à disparaître dans les mêmes conditions. Qui plus est, l’instabilité politique est un excellent repoussoir qui retarde, pour plusieurs décennies, l’accomplissement des œuvres de développement collectif.

Source : Le Potentiel

Au lieu d’entretenir la rumeur qui prend corps et s’enracine dans la société, comme une tumeur, le gouvernement doit se ressaisir. En vue de donner l’information fiable aux citoyens. Sans calculs ni intention de manipuler.