Pourquoi l’accord de Goma reste-t-il lettre morte ?

Il n’est pas resté lettre morte, je pense que les choses ont beaucoup avancé au courant de la semaine passée. Vous savez qu’il y a eu un peu de blocage à cause de la situation de Kalonge. Nous sommes entendus sur le mécanisme de cette enquête de Kalonge. Je voudrais vous informer qu’avant-hier « ndlr : dimanche 9 mars), j’ai reçu le coordonnateur du Programme « Amani », l’abbé Apollinaire Malumalu. On a eu des discussions vraiment fructueuses. C’est là, la priorité.

A l’origine du blocage du mois dernier, il y a le massacre de plus de 30 villageois à Kalonge par vos combattants qui étaient accusés par la Monuc d’être les auteurs de ce massacre !

Effectivement, nous nous sommes opposés catégoriquement à ces allégations. Nous avons même prouvé que les enquêteurs n’ont jamais été à Kalonge. S’il y a eu des massacres, en tous cas, ce sera dans le territoire PARECO. Nos militaires ne peuvent jamais se comporter comme cela. C’est impossible !

Quand allez-vous démobiliser vos quelque 8.000 combattants ?

Le grand signal, c’est le processus de Goma, s’il est respecté !… Nous avons posé un problème de la présence à l’Est de la République des forces FDLR, les rebelles hutus rwandais et nous sommes en train de demander qu’ils soient désarmés,cantonnés et… pourquoi pas rapatriés. C’est inacceptable que plus de 30.000 hommes vivent dans un pays en étant comme des électrons libres, armés jusqu’aux dents et réarmés par le gouvernement.

Alors, le rapatriement des FDLR est-il une solution, dites-vous, mais le gouvernement rwandais vient de transmettre à celui de Kinshasa une liste de quelque 6.000 FDLR qui sont impliqués, à ses yeux, dans le génocide de 1994. Est-ce que c’est à Kinshasa d’empêcher ce rapatriement ?

Ecoutez, je pense que je ne vais pas parler au nom des Rwandais, mais parler au nom des Congolais. Moi, je pense que la bonne procédure, c’est de les rassembler dans des camps, et chercher ensuite ceux qui sont réellement des génocidaires.

Autre problème, votre sort personnel. L’accord de Goma prévoit l’amnistie pour tout le monde sauf pour les auteurs de crimes de guerre. Est-ce que vous vous considérez comme amnistié?

Je n’ai jamais été accusé de crimes de guerre. Je n’ai jamais commis un crime de guerre, donc je suis confortable dans cette amnistie. Ils ont parlé d’un mouvement insurrectionnel, c’est cela l’infraction.

Mais en 2004, après les combats de Bukavu, un mandat a été lancé contre vous….

Je le sais. Mais le mandat n’a pas été renouvelé, donc il est nul et sans effet.

Que répondez-vous aux Congolais qui disent que vous êtes un agent des Rwandais ?

C’est leur opinion, ils le disent et ils l’ont toujours dit, mais je pense que la Conférence de Goma a prouvé que nous ne travaillons pas pour les Rwandais mais pour les Congolais, parce que tout le monde a crié contre la présence des FDLR. Je considère que les Congolais sont en train de comprendre que nous sommes plus au service du Congo qu’au service du Rwanda.

La paix ne peut naître sans dialogue ou pardon a déclaré le président Kabila le 23 janvier dernier à Goma. Est-ce que vous pensez que Joseph Kabila est sincère ou pas ?

Je le pense parce que les gens l’ont conseillé d’utiliser la force, cela n’a rien produit .Je sais qu’il choisira le moyen qui le maintiendra longtemps au pouvoir.

Voulez-vous dire qu’il a intérêt à signer la paix avec vous ?

Tout à fait ! C’est nous qui avons accompagné son père au pouvoir, il a tout intérêt à nous revoir l’accompagner aussi dans la normalisation.

Qu’est-ce qui vous dit que le pouvoir de Kinshasa ne prépare-t-il pas une nouvelle offensive contre vous ?

Je suis en train de voir les chars venir. J’ai dit cela à l’ambassadeur Van den Geer et l’envoyé spécial des Etats-Unis. Ils m’ont rassuré que le gouvernement leur a dit que ces chars étaient pour combattre les FDLR conformément aux accords de Nairobi dont le début d’application est prévu le 15 mars 2008, je me suis dit, c’est ok, on va voir aussi.

Ils ont le droit de recommencer le combat, mais je pense que s’ils ont besoin de la paix et de la stabilité, ils vont continuer dans les négociations.

Cela ne m’empêche pas que je me prépare contre toute éventualité.

Avec le soutien militaire du Rwanda ?

Je n’en ai jamais eu … je n’en ai plus besoin. Je suis très rassuré des capacités de mes militaires. Ils l’ont prouvé !