Selon la proposition émise par la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda, dans le cadre de la Tripartite Plus, le moment est venu d’appliquer les termes de l’Accord d’Addis Abeba. Accord obtenu dans le cadre du compromis intervenu à Washington, sous les auspices des Etats-Unis, pour régler définitivement la question interahamwe. Washington avait délégué pour la circonstance la Secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice pur donner plus de substance à cet accord dans cet élan international de ramener la paix dans la région des Grands Lacs. Un délai de 45 jours avait été convenu, au cours de différentes réunions des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de pays concernés pour mettre en pratique cet accord. Le 15 mars 2008 et considérée comme la date butoir.

Parallèlement à cette initiative, la République démocratique du Congo et le Rwanda avaient décidé d’œuvrer ensemble pour neutraliser les forces négatives. A ce sujet, le Rwanda devrait envoyer une liste reprenant les noms des génocidaires pour qu’ils soient arrêtés et traduits devant la Justice. Entre-temps, procéder à l’application du programme DDR pour obtenir le rapatriement des réfugiés Rwandais dans leur pays, le Rwanda.

L’ACCORD DE GOMA

Comme pour soutenir les deux accords, il y a eu la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et Sud Kivu. Conférence qui s’est déroulée au mois de janvier à Goma et qui s’est appesantie entre autres sujets inscrits à l’ordre du jour sur la neutralisation des forces négatives. Aussi, a-t-il été convenu de s’appuyer sur le programme DDR, avec le concours de la Monuc pour dissuader les rebelles rwandais à désarmer dans la perspective de leur rapatriement éventuel. Quant à ceux qui ne manifesteraient pas l’envie de rentrer dans leur pays, qu’il leur soit trouvé un autre pays d’asile que la République démocratique du Congo. A ce niveau également, les signataires de l’Acte d’engagement de Goma s’étaient donné 45 jours pour mettre les dispositions de suivi sur place. Et le 15 mars prochain, ce délai expire.

Mais le 15 mars marque aussi la rentrée parlementaire. Sur les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat des « dossiers brûlants » retiennent déjà l’attention de tous les observateurs de la politique congolaise. Notamment le dossier ayant trait à la proclamation de l’amnistie, un des points contenus dans les résolutions et recommandations en vue de soutenir les efforts de paix. Une question qui soulève déjà de la tempête pour autant qu’elle est l’objet d’interprétations sélectives sur la nature de cette amnistie et qui en seront les premiers bénéficiaires. Session parlementaire qui s’annonce tout aussi houleuse au regard d’autres points brûlants qui figurent à l’ordre du jour : Affaire BDK, magistrature et Opposition politique sur le cas Jean-Pierre Bemba. Autant de points qui doivent tous être examinés en priorité à partir de ce 15 mars 2008, compte tenu de leurs implications politiques.

LES DES SONT JETES

C’est maintenant ou jamais qu’il faille aller jusqu’au bout et éviter toute tergiversation aux conséquences imprévisibles. Passer donc du souhait aux choses concrètes.

La République démocratique du Congo est la plus concernée. Des structures politiques ont été mises en place, certes, pour coordonner les actions. Mais reste le volet dissuasif, c’est à dire militaire.

A en croire certains milieux, le déploiement militaire aurait déjà commencé pour contraindre les forces négatives à déposer les armes en vue de rentrer dans leur pays. Cependant, il reste à vérifier si ce volet militaire a bénéficié de la contribution des partenaires extérieurs pour des actions qui épargneront les populations civiles de violences. Car, désarmer aujourd’hui les FDLR n’est pas une mince affaire. Ces derniers ont proclamé haut et fort qu’ils ne se laisseront pas faire, en plus de ce fait qu’ils ne se sont pas concernés dans les accords d’Addis Abeba et Nairobi. Moins encore dans celui de Goma.

Cependant, la complexité de cette question réside dans ce fait que neutraliser les interahamwe, serait enlever tout prétexte au Rwanda de continuer à tirer les ficelles en soutenant les groupes armés en Rdc, à savoir le Rcd et le CNDP-Nkunda. A en croire les rumeurs de plus en plus persistantes, le Rwanda se préparerait à créer des fissures dans le mouvement de Nkunda pour qu’il y ait des ailes dissidentes, notamment celles de Bosco et de Kakengere, aujourd’hui proches de Nkunda. Car, à en croire les mêmes rumeurs, Nkunda aurait déçu Kigali. Des rumeurs qui affirment que ce « énième complot » contre la RDC bénéficierait également de l’appui de Kampala. La RDC devra donc faire preuve de ses capacités politiques à prendre l’initiative de toutes les opérations politiques, diplomatiques et militaires.

De tout ce qui précède, la Communauté internationale, l’Onu à travers la Monuc, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine doivent se sentir interpellées et s’assumer. Or, à ce sujet justement, les Etats-Unis sont encore dubitatifs. Ils ont envoyé dernièrement une mission en RDC dans le but de « tester la volonté politique des dirigeants, des rebelles congolais, des responsables des Nations-Unies et Européens » à « désarmer effectivement les forces négatives. » C’est ce rapport que Washington attend avant de se décider pour apporter le concours des Etats Unis à la concrétisation des accords de Nairobi, Addis Abeba et Goma.

Le 15 mars 2008, désormais une date cruciale, nous permettra d’en savoir plus. Si réellement la paix serait encore une affaire d’un futur proche ou lointain.