ALeqM5gVDQlimFWqqK0_EHyAnNhHDJZJ6QLe premier procès de la Cour pénale internationale (CPI), contre l'ancien chef milicien congolais Thomas Lubanga Dyilo, s'ouvrira le 23 juin, près six ans après son entrée en fonction, a-t-elle annoncé jeudi.

Dans ce procès très attendu par les organisations de défense des droits de l'Homme et la communauté internationale, Thomas Lubanga comparaîtra pour enrôlement d'enfants soldats, un crime de guerre commis lors de la guerre civile qui a ravagé l'Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

Entrée en fonction en juillet 2002 après que le Statut de Rome fut ratifié par 60 pays, la CPI est le premier tribunal international chargé des juger les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Sa compétence s'étend sur l'ensemble des pays qui adhèrent aux Statuts, 105 à cette heure, lorsque ces pays ne sont pas en mesure ou faillissent à juger d'éventuels criminels. La Cour peut également être saisie par le Conseil de sécurité des Nations unies.

S'il s'agit du premier procès, la Cour n'en est pourtant pas à sa première procédure.

Depuis sa création, le procureur argentin Luis Moreno-Ocampo a lancé des enquêtes dans quatre pays d'Afrique: la RDC, l'Ouganda, le Soudan et en République centrafricaine, et il a rendu publics dix mandats d'arrêt.

Depuis lors, trois Congolais ont été arrêtés et transférés au centre de détention de la CPI à La Haye: Thomas Lubanga, le 17 mars 2006, Germain Katanga, le 18 octobre 2007 et Mathieu Ngudjolo Chui, le 7 février 2008.

Tous trois ont été impliqués, selon le procureur, dans des crimes de guerre commis en Ituri.

Conformément à la procédure en vigueur, les accusations contre Thomas Lubanga ont été confirmées le 29 janvier 2007 par une chambre préliminaire, dont la tâche est de déterminer s'il y a matière à poursuivre un suspect arrêté, sans préjuger d'une éventuelle condamnation de celui-ci.

Après six ans de fonctionnement, le procès Lubanga sera un véritable test pour la CPI. Il donnera en effet un aperçu de l'efficacité de la Cour, qui en six ans a éveillé beaucoup d'espoirs, et déjà provoqué quelques déceptions.

Certaines ONG estiment en effet que l'acte d'accusation contre Thomas Lubanga, qui repose essentiellement sur l'enrôlement forcé d'enfants, est trop maigre par rapport aux crimes commis.

Ces défenseurs des droits de l'homme voudraient que la Cour soit plus rapide et vise des responsables plus importants que le "second couteau" Lubanga.

Son procès se tiendra intégralement à La Haye, et non en partie en RDC comme envisagé un instant, Kinshasa craignant qu'il ne provoque des tensions au sein de la population.

Pour la première fois en justice internationale, les victimes seront représentées au procès et pourraient réclamer des dédommagements.

Initialement, le procès aurait dû s'ouvrir le 31 mars mais il a été retardé pour des questions légales et de procédure.

Les accusations contre Lubanga, 46 ans, couvrent la période de septembre 2002 au 13 août 2003, alors que sévissait une guerre civile en Ituri.

Cette région aux importantes ressources naturelles a été à partir de 1999 le théâtre d'un conflit particulièrement meurtrier entre milices des ethnies Hema et Lendu, mais la CPI ne peut être saisie de crimes commis avant son entrée en fonction en juillet 2002.

Selon des organisations humanitaires, les affrontements interethniques en Ituri et les violences entre milices pour le contrôle de ses mines d'or notamment auraient fait 60.000 victimes depuis 1999.

A l'époque des faits, Thomas Lubanga Dyilo était le président de l'Union des patriotes congolais (UPC). Selon l'accusation, les enfants étaient enrôlés au sein des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), la branche militaire de l'UPC.

Son procès devrait durer plusieurs mois.