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Les alertes à la balkanisation de la République Démocratique du Congo ne se comptent plus sur le net. Des Congolais de la diaspora affirment, avec force arguments, que ce plan d’émiettement du territoire national serait en chantier dans plusieurs capitales africaines et occidentales. A l’extérieur, soutient-on, la dynamique de la réunification du pays née à la faveur du Dialogue Intercongolais ne serait pas du goût des Etats et des multinationales qui pensaient que l’éclatement de l’Etat congolais était inévitable.

En tournant et retournant la liste noire des « ennemis » de la République, l’on note avec surprise qu’elle est truffée d’Etats, d’organisations politiques et financières internationales, de personnalités politiques, d’individualités qui se retrouvent dans le paquet d’ « alliés » de notre pays. Ainsi les USA, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, l’Union Européenne, le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, Kagame, Louis Michel seraient parties prenantes d’un plan de déstabilisation de la RDC. Toutes ces personnes morales et physiques, aux dires des internautes congolais, auraient besoin d’un Etat affaibli, incapable de défendre ses intérêts politiques et économiques pour exploiter tranquillement ses ressources naturelles, notamment minières et énergétiques.
Le premier micro Etat indépendant serait proclamé par des Tutsi rwandophones, indique-t-on, dans la foulée des actions de sape du général dissident Laurent Nkunda à l’Est et, le second, probablement au Bas-Congo, en marge des revendications de Bundu dia Kongo.

Si la résistance s’organisait…
La survie de l’Etat congolais, dans ses frontières actuelles, serait-elle sérieusement menacée ? Si tel serait le cas, il faudrait se demander ce que font les patriotes congolais pour sauver la patrie en danger. L’histoire nous apprend que lorsqu’une nation frôle la catastrophe, la résistance s’organise automatiquement. Pour prendre notre propre cas, des îlots des résistants étaient nés un peu partout à travers le pays entre 1998 et 2003, dès lors que dans certaines parties du territoire national, notre peuple avait eu l’intime conviction que le pays était victime d’une invasion commanditée par des puissances occidentales, avec comme exécutants des pays voisins. Les habitants de ville de Kinshasa particulièrement avaient administré au monde entier une mémorable leçon de patriotisme, en neutralisant, à mains nues, des rebelles lourdement armés encadrés par des soldats rwandais, burundais et ougandais.
Hélas, on est loin de l’époque où l’appel à la résistance de Mzee Kabila trouvait du répondant au sein des masses. Le temps de l’effort de guerre au niveau des forces sociales semble révolu, de même que celui des enrôlements volontaires des milliers de jeunes, filles et garçons, au sein des forces combattantes, pour la défense de la patrie, dans le dessein bien arrêté de « ramener la guerre » d’où elle était venue.

Le pays des jouisseurs
Entre les appels de détresse de nos compatriotes sur Internet et le décor qui se rencontre dans les grandes villes du pays, à commencer par la capitale, on aurait du mal à croire que la RDC serait effectivement sous la menace d’une balkanisation. La classe dirigeante au niveau tant national que provincial se trouve dans la logique de la jouissance égoïste du peu de ressources que génèrent le fisc, la douane et quelques produits miniers. Les bourgeois politiques, grassement et régulièrement rétribués à la fin de chaque mois, en sus des dividendes qui leur viennent de partout en termes de fonds noirs, « installent et s’installent ».
Les empires immobiliers en gestation au pays rappellent, à s’y méprendre, ceux des magnats du pétrole du Golfe, de même que les parcs automobiles. Des personnalités politiques, administratives et militaires exerçant de hautes charges d’Etat sont chantées à longueur de journée par des stars de musique.
Le train de vie de l’Etat congolais est celui de réjouissances au quotidien, au milieu d’un océan de misère. Pendant que les gouvernants se la coulent douce, le pays se meurt, sans routes, sans chemins de fer, sans aéroports modernes, sans cours d’eau correctement dragués et balisés, sans production industrielle.
Même les intellectuels ont perdu le goût de l’effort, de l’excellence. Ils ne demandent, eux aussi, qu’à jouir de maigres ressources de la République, quand ils ne se lancent pas tout simplement dans la course aux mandats politiques et aux discours flatteurs en direction des détenteurs du pouvoir politique.
Les Congolais, en tout cas, ne font rien pour rebâtir, au cœur de l’Afrique, un Etat capable de se faire respecter politiquement, économiquement, militairement et culturellement. « Se servir » : tel semble le mot d’ordre des temps actuels. Dès lors, à quoi cela servirait de pleurnicher sur Internet au sujet du sort, vrai ou supposé, qui attendrait la République, si les patriotes dignes de ce nom lui font défaut. Comment arrêter la vague de la balkanisation dans un état d’esprit général tourné vers le profit personnel dans le chef de ceux qui devraient rallumer la flamme du nationalisme ?

Source : Le Phare/RDC