28 mars 2008
Manifestation de partisans présumés de la secte BDK à Bruxelles
Bruxelles, Belgique - Plusieurs dizaines de ressortissants congolais, partisans présumés de la secte Bundu dia Kongo (BDK), ont manifesté, vendredi, devant les bâtiments des institutions européennes à Bruxelles, aux cris de: "Arrêtez les tueries au Bas-Congo", a constaté sur place la PANA.
Les manifestants brandissaient des pancartes avec l'effigie de Ne Muanda Nsemi, le leader de l'organisation politico-religieuse, dont plusieurs membres ont récemment été victimes de la répression menée par les forces de l'ordre dans la province congolaise du Bas-Congo.
Ils portaient également des pancartes avec l'effigie de Joseph Kasavubu, premier président de la RD Congo, au moment où ce pays avait accédé à l'indépendance le 30 juin 1960.
Des agents de la Police belge ont assisté à la manifestation pour empêcher tout éventuel débordement.
Le gouvernement congolais a décidé de dissoudre le BDK, qualifié d'organisation "anarchiste et antisociale". Les partisans du BDK, se livrent à la destruction des infrastructures de l'Etat et s'attaquent aux prêtres catholiques ainsi qu'aux pasteurs des églises protestantes.
Les manifestants jugent disproportionnées les actions de répression menées par les forces congolaises, qui ont saccagé les lieux de culte de ce mouvement mi-politique et mi-messianique.
En effet, s'inspirant du prophète Simon Kimbangu, fondateur à l'époque coloniale, de l'Eglise du Christ au Congo, (dite église kimbanguiste), les partisans du BDK réclament la restauration du Royaume du Kongo, qui fut dissous en 1895, à la Conférence de Berlin qui consacra le partage de l'Afrique entre les puissances coloniales de l'époque.
Depuis, les membres du groupe ethnique de Bakongo se trouvent dispersés sur les territoires de l'Angola, de la RD Congo et du Congo-Brazzaville.
Les frontières héritées de la colonisation étant consacrées dans des traités internationaux, tels la Charte des Nations unies et celle de l'Union africaine (UA), la revendication du BDK de restaurer le Royaume du Kongo est impossible à réaliser.
En même temps que la dissolution du BDK, le gouvernement de Kinshasa a décidé de lancer une campagne de sensibilisation des populations du Bas-Congo pour les informer de l'impossibilité de modifier les frontières des trois pays, (Angola, RD Congo et Congo-Brazzaville) pour la réunification au sein de la même entité étatique des membres du groupe ethnique des Bakongo.
Source : PANA
Kananga : inauguration de l’hôpital général de référence de Tshimbulu
Cet hôpital de 200 lits ouvre officiellement ses portes avec 50 lits. Depuis plus de 40 ans, les malades de Tshimbulu recevaient des soins dans des centres de santé mal équipés. Pour des cas plus graves, ils allaient à Dibaya, à 12 kilomètres. Ce dernier hôpital est malheureusement dans un état de délabrement depuis plus de 20 ans. Les malades de Tshimbululu fréquentaient aussi l’hôpital de Bukinde, à 50 kilomètres plus loin. Une distance difficile à franchir pour la population.
Les avantages du nouvel hôpital se sont fait sentir bien avant son ouverture. Selon la population, des malades ont commencé à affluer des contrées lointaines, comme Kalangala à pus de 30 kilomètres de Tshimbulu. L’un de ces malades confirme la qualité des soins et le faible coup du traitement. Il estime avoir payé environ 20 USD pour une semaine de soins intensifs.
Les travaux de construction de l’hôpital de référence de Tshimbulu ont duré 5 ans. Parmi les participants à la cérémonie d’inauguration, on a noté la présence de l’ambassadeur de l’Italie, celle plus de 50 députés provinciaux et nationaux ainsi que des chefs coutumiers.
Feuilleton BDK : les députés presque d’accord sur le fond
Du choc des idées jaillit la lumière, dit-on. Les premiers traits de lumière se sont effectivement fait jour après les plénières de mercredi et jeudi sur le feuilleton Bundu dia Kongo. De la première note donnée mercredi par l’auteur de la question orale jusqu’aux différentes interventions des députés qui ont défilé à la tribune de la Chambre basse, en passant par l’exposé du ministre d’Etat chargé de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité et la réplique de Ne Muanda Nsemi, il se dégage une chose : les députés, presque dans leur ensemble, sont d’accord sur le fond…
Il est vrai que les avis ont, par moments, divergé sur certains aspects. Des divergences qui ne sont pas évidemment des moindres. Depuis mercredi, en fait, beaucoup de choses ont été dites. Par moments aussi, le ton est monté de plusieurs crans, comme lors de la plénière de jeudi, avant que les esprits ne se calment. « Les revendications, sociales notamment, sur lesquelles s’appuie BDK sont fondées. Non seulement les Ne Kongo, mais aussi les compatriotes d’autres provinces se reconnaissent à travers ces revendications surtout qu’elles ramassent des problèmes qui ne sont pas l’apanage de seuls bakongo », ont fait valoir bon nombre de députés.
« C’est au niveau de la présentation ou de la défense de ces revendications qu’il y a problème en ce que la violence, l’intolérance et la non acceptation de l’autre s’y sont fait inviter », ont-ils noté, avant de mettre en avant ce qu’ils considèrent comme la cause première de cette dramatique situation. « C’est surtout au niveau de l’opération de restauration de l’autorité ou de rétablissement de l’ordre public qu’il y a eu usage disproportionné de la force, entraînant mort d’hommes dans la province du Bas-Congo ».
Dans tous les cas, au-delà des déclarations faites par les uns et les autres, l’Assemblée nationale doit jouer serré pour faire jaillir la lumière - toute la lumière - dans cette affaire de BDK et de morts à répétition dans le Bas-Congo et trouver des pistes de sortie idoines dans un feuilleton où subsistent encore à ce stade plusieurs zones d’ombre et pas mal d’interrogations.
La plénière de jeudi 27 mars 2008 a été consacrée uniquement aux débats. Les députés, chacun en ce qui le concerne, ont donné leur son de cloche par rapport à la question orale avec débat adressée au ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité par le député Gilbert Kiakwama kia Kiziki sur les événements tragiques qui se sont déroulés dans la province du Bas-Congo. C’est l’auteur de la question orale qui a ouvert les débats.
PREMIERES REACTIONS
Dans son intervention, Gilbert Kiakwama kia Kiziki a déclaré : « Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est d’abord une série de faits délictueux et criminels. Ces crimes et délits ont eu lieu dans le territoire de Luozi. Il n’est pas prouvé que leur nombre ait connu une augmentation ou une aggravation significative dans les mois écoulés. Où sont les statistiques que tiennent la police et les services de renseignement? » Pourtant à entendre différents médias, a-t-il indiqué, « c’est à une vague de criminalité sans précédent au Congo que l’on assistait dans ce coin oublié de la République ». « Les crimes et délits dont nous avons reçu l’écho, a-t-il ajouté, ont été unanimement condamnés et personne ici ne contestera que l’auteur présumé d’un viol ou d’une agression caractérisée doit être arrêté et présenté à la justice. L’opération à mener devait donc, d’abord et avant tout, être une opération de police. Une opération de police normale, a-t-il précisé. Dans tous les cas, pour le député Kiakwama kia Kiziki, une telle opération implique « la collecte des renseignements, l’identification des auteurs présumés, l’arrestation des suspects, dans le respect de leurs droits, la présentation à la justice des prévenus et des éléments de preuve matériels réunis pendant une enquête à charge et à décharge, permettant ou non de les condamner ». Or à entendre les réponses de l’homme que sous d’autres cieux on appelle le premier policier de la République, le ministre de l’Intérieur, aucun de ces aspects essentiels du travail policier n’a été accompli…, a déploré l’auteur de la question orale. Pour le député Alex Kande (MLC), cette question orale est d’une importance capitale. « En effet, a-t-il fait prévaloir, face au nombre de morts de nos concitoyens, il était du devoir de l’Assemblée nationale de se saisir du dossier et d’obtenir des explications du gouvernement ».
Il estime que, pour mieux rechercher les solutions à ce problème provenant des frustrations d’un peuple, il faudrait dépassionner les débats. D’un côté, soutient-il, « il faut trouver les voies et moyens efficaces pour restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du pays et ainsi sécuriser toute la population ». De l’autre côté, a-t-il ajouté, il faut absolument que les droits de l’homme soient respectés à tous les niveaux et que les problèmes posés par le BDK soient froidement examinés. Car, ils se posent dans d’autres provinces, a-t-il avisé. « Nous attendons donc que les débats à l’Assemblée nationale débouchent sur des recommandations claires au gouvernement aussi bien sur les revendications du BDK qui s’extrapolent dans d’autres provinces que sur l’autorité de l’Etat », a suggéré le député du MLC.
Président du Groupe parlementaire des indépendants (GPI), Kin Kiey Mulumba a, de son côté, indiqué que les débats n’étaient qu’à mi-parcours. « Je ne sais pas si on est à mi-parcours des débats ou si on est à 20% des débats. Mais tout ce que je peux dire est que jusque là tout se passe bien. C’est-à-dire qu’à la Conférence des présidents, nous avions demandé que Ne Muanda Nsemi vienne d’abord à la Conférence des présidents pour être écouté. Ce n’est qu’après que le ministre de l’Intérieur pouvait venir intervenir. Manifestement, on a voulu offrir cette tribune à la fois au ministre d’Etat et on entendu beaucoup de choses et à Ne Muanda Nsemi qui est un gourou ».
D’après Kin Kiey Mulumba, Ne Muanda Nsemi a malheureusement « utilisé le pupitre pour plutôt faire sa propagande ». « Il ne s’est pas adressé à la plénière, mais plutôt à ses partisans », a-t-il noté. « Cela me paraît assez dangereux quand il s’agit des questions d’Etat », a-t-il fait remarquer. Avant d’ajouter qu’au GPI, on estime que « les débats à l’Assemblée nationale doivent porter sur les valeurs qui fondent la République ». « Est-ce que nous partageons les mêmes valeurs ? Est-ce que nous cheminons ensemble vers l’objectif que nous nous sommes assignés ? C’est-à-dire le bonheur, la République… », s’est demandé le président de GPI. « Je pense que les débats doivent être recentrés au niveau de la défense des valeurs de l’intégrité territoriale qui permettent à chacun de vivre où il veut », s’est-il défendu.
Dans tous les cas, il est d’avis que « BDK constitue un danger pour nos valeurs ». « Nous devons le dire clairement mais nous ne devons pas naturellement faire l’apologie de la force, l’usage excessif de la force ni la faire triompher. Il est clair que la force doit rester à la loi et chacun de nous doit être respectueux de la loi qui fonde la République », a-t-il soutenu.
Pour sa part, Roger Lumbala, président de l’ODR, s’est montré catégorique dans sa réaction. « Je crois, a-t-il déclaré, que les revendications de Ne Muanda Nsemi sont fondées. Parce qu’elles ont pour base le social ». Ces revendications sont reconnues par tous les Ne Kongo de toutes les formations politiques qui se retrouvent au niveau de l’Assemblée nationale sauf quelques-uns qui s’y opposent au nom des intérêts personnels, a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « En suivant ce qui s’est passé, nous pensons que Ne Muanda Nsemi n’est pas responsable de ce qui est arrivé dans le Bas -Congo quand bien même il est chef spirituel du BDK. Il n’est pas responsable des actes posés par les adeptes de son mouvement spirituel ».
« Nous avons intérêt à garder Ne Muanda Nsemi dans l’hémicycle et à lui redonner son agrément de sorte qu’il ne puisse pas se retrouver pas dans la clandestinité avec ses adeptes », a fait savoir le député Roger Lumbala. Au cas contraire, il craint que Ne Muanda Nsemi, contraint à la clandestinité, ne finisse par prendre les armes.
S’exprimant au sujet des événements du Bas-Congo, de l’intervention du ministre de l’Intérieuur et de la réplique de Ne Muanda Nsemi, le député Jean-Claude Mvuemba ne s’est pas embarrassé de circonlocutions. « On a eu deux panneaux hier », a-t-il lancé avant d’expliciter : « Un panneau de la vérité et un panneau du mensonge, de la haine, du sang ». Pour le député de Kasangulu, « la vérité, c’est Ne Muanda Nsemi ». « Il vous a tout dit et expliqué noir sur blanc ». « L’autre camp, a-t-il relevé, c’est le général Kalume, toujours dans les cachotteries, niaiseries inutiles. Tout ça pour nous sortir un montage d’images. C’est triste parce qu’il y a des gens qui meurent. A quoi bon mentir dès lors qu’on n’a pas envoyé des policiers dans le Bas-Congo, mais des militaires…Vous savez que le général Kalume a affirmé qu’il y a eu 37 morts, soyons sérieux. Il y a eu 37 morts à Seke-Banza, 67 morts à Sumbi, 85 morts à Luozi… »
1er vice-président du Groupe parlementaire MLC, le député Thomas Luhaka s’est, de son côté, exprimé en ces termes : « En notre qualité de républicains, nous sommes pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat. Cette mission est confiée à la police par notre Constitution. Mais nous avons des remarques et observations à faire par rapport aux actions qui ont été menées dans le Bas-Congo. La première porte sur ce que je qualifie de communautarisation des infractions pendant que les responsabilités pénales sont d’ailleurs individuelles ». « La deuxième remarque, a-t-il indiqué, porte sur les moyens mis en œuvre. La manière dont les opérations ont été menées dans le Bas-Congo démontrent à suffisance qu’il y a eu utilisation disproportionnelle et abusive de la force par rapport aux objectifs recherchés ».
Troisièmement, Thomas Luhaka souhaite que « cette volonté de rétablir soit la même sur l’ensemble du territoire national ». « Aujourd’hui, a-t-il observé, nous savons qu’à la suite de l’acte d’engagement de Goma, la police nationale, les Fardc ne peuvent pas accéder à certaines zones contrôlées par les groupes armés et le CNDP de Laurent Nkunda ». Et le député de s’interroger : « Est-ce cela la volonté de rétablir l’autorité de l’Etat ? » « Nous avons l’impression, a-t-il déduit, que le gouvernement a tendance à être plus rapide et plus zélé à rétablir l’autorité de l’Etat quand il s’agit des provinces de l’Ouest par rapport aux provinces de l’Est ». Il a cité trois exemples : janvier 2007 (Bas-Congo), mars 2007 (Kinshasa), mars 2008 (Bas-Congo). « En ce qui concerne Ne Muanda Nsemi, c’est notre allié mais nous allons lui prodiguer des conseils. Il est membre des institutions de la République. Et le débat a démontré qu’au sein de son organisation il y a des gens, manifestement, qui sont contre la Nation congolaise. Il faudrait qu’il puisse faire le ménage en son sein. Il faudra à un moment levé l’option selon laquelle BDK est une Eglise, un mouvement culturel ou alors un parti politique. Et là nous en parlerons en toute amitié et en toute fraternité parce que toute confusion du genre nous pose aussi problème », a-t-il conclu.
Pour le député Sessanga, président de la Commission politique, administrative et judiciaire de l’Assemblée nationale, « le débat est une très bonne leçon politique sur les libertés publiques, sur l’éthique dans l’action publique ». « Je pense, a-t-il noté, que les propos de Ne Muanda Nsemi ont démontré que les accusations du ministre de l’Intérieur n’étaient pas totalement fondées mais il faut éviter d’aller vite en besogne ».
RDC : Le moment n’est pas venu d’assouplir l’embargo des Nations unies sur les armes
Synthèse destinée aux médias
Amnesty International a exhorté ce mercredi 26 mars le Conseil de sécurité des Nations unies à ne pas assouplir l’embargo sur les armes à destination de la RDC, insistant sur le fait qu’un tel assouplissement serait prématuré et pourrait se révéler contre-productif pour la protection des droits humains. L’organisation est particulièrement préoccupée par les propositions visant à supprimer les restrictions relatives à l’embargo pour les unités non intégrées dans les forces de sécurité de la RDC.
« Des armes et des munitions continuent d’être utilisées par des membres de l’armée régulière et de la police ainsi que par des groupes armés, pour commettre au quotidien des exactions contre des civils, notamment des homicides et des viols généralisés. Le gouvernement de la RDC a trop peu progressé au niveau de la professionnalisation de ses forces de sécurité et de son combat contre l’impunité pour justifier un assouplissement des contrôles des Nations unies à ce stade. »
Aux termes de l’embargo existant, le gouvernement de la RDC peut, sous réserve d’en avertir préalablement les Nations unies, obtenir que soient importées en RDC des armes destinées aux unités des forces de sécurité ayant suivi le programme national d’intégration et de réforme. La fourniture d’armes aux unités n’ayant pas terminé le programme est en revanche interdite.
« Tout assouplissement de l’embargo serait incompatible avec les initiatives prises par les Nations unies et au niveau international en vue d’encourager une réforme effective des forces de sécurité et de mettre un terme aux atteintes aux droits humains, notamment à la violence sexuelle endémique et au recrutement et à l’emploi d’enfants soldats. »
Il y a seulement un mois, le groupe d’experts des Nations unies mis en place pour enquêter sur les violations de l’embargo sur les armes a établi l’existence de plusieurs cas manifestes de violations de l’embargo par le gouvernement de la RDC et par plusieurs États ayant fourni des armes au gouvernement. Loin de proposer un assouplissement des contrôles, le groupe a recommandé un renforcement de la capacité de la force de maintien de la paix des Nations unies en RDC, la MONUC, pour faire appliquer l’embargo.
« Si le Conseil de sécurité des Nations unies et la communauté internationale veulent aider la RDC à faire diminuer les atteintes aux droits humains, il est vital que les Nations unies surveillent étroitement tous les transferts d’armes et de matériel militaire vers la RDC de façon à s’assurer qu’ils ne parviennent qu’aux seuls bénéficiaires légaux et ne sont utilisés que de manière légale. La proposition actuellement à l’étude devant le Conseil de sécurité est un recul par rapport à cette surveillance étroite. »
Amnesty International a également mis en garde contre le fait qu’il serait mal venu d’assouplir l’embargo tant que l’intégration dans l’armée régulière de groupes armés des provinces orientales du Kivu n’a pas été résolue. Le 23 janvier 2008, des représentants de ces groupes armés ont signé un « Acte d’engagement », acceptant de soumettre leurs forces à un processus de démobilisation ou intégration, mais les modalités de ce processus doivent encore être négociées. Ces négociations risquent de se révéler extrêmement délicates. Une initiative précédente, de « brassage », visant à intégrer le groupe armé du CNDP de Laurent Nkunda dans l’armée nationale, a échoué de façon catastrophique et a été l’étincelle qui a provoqué la reprise du conflit dans le Nord-Kivu au cours des derniers mois de l’année 2007, avec son cortège d’atteintes massives aux droits humains et le déplacement de centaines de milliers de civils.
Complément d’information
Le Conseil de sécurité des Nations unies débat de possibles modifications à l’embargo existant sur les armes à destination de la RDC, embargo qui arrive à expiration le 31 mars 2008. Un projet actuellement à l’étude devant le Conseil prévoit de maintenir l’interdiction de livrer des armes et de fournir une aide militaire aux groupes armés opérant en RDC, mais envisage la levée des restrictions relatives à la fourniture d’armes et de matériel militaire aux brigades de l’armée non intégrées où qu’elles se trouvent en RDC et aux brigades en cours d’intégration dans l’est du pays. Le projet supprime également l’obligation faite au gouvernement de ne recevoir l’aide militaire que sur des « sites receveurs » soumis à l’inspection de la force de maintien de la paix des Nations unies, la MONUC.
Bien qu’une amélioration de la sécurité ait été constatée dans plusieurs régions du pays, le conflit en RDC n’est pas terminé, il se poursuit notamment dans la province orientale du Nord-Kivu. Dans tout le pays, des groupes armés et des membres des forces de sécurité gouvernementales continuent de recourir aux armes pour tuer, violer, torturer et piller. L’armée régulière (FARDC) et la police restent les principaux auteurs d’atteintes aux droits humains.
Le dernier rapport du groupe d’experts des Nations unies, le 19 février 2008, donne des exemples concrets de violations manifestes de l’embargo par le gouvernement de RDC et par des États ayant fourni des armes au gouvernement, et cite des cas dans lesquels le gouvernement n’a pas averti la MONUC de l’arrivée d’équipements militaires. Le groupe a recommandé un renforcement de la capacité de surveillance de la MONUC et que des efforts soient entrepris pour redémarrer un « processus effectif » de désarmement, démobilisation et réinsertion des membres des groupes armés illégaux.
Le programme national de réforme du secteur de la sécurité est au point mort dans le pays depuis la disparition de la CONADER, organisme d’État chargé de la démobilisation. Un autre organisme a été mis en place par le gouvernement pour remplacer la CONADER mais il ne fonctionne pas encore. On estime à 78 000 le nombre de combattants, principalement dans l’est du pays, qui attendent leur démobilisation ou leur entrée dans des brigades intégrées de l’armée. Beaucoup de ces unités non intégrées opèrent de facto comme des groupes armés, en dehors de tout contrôle de l’État et des structures de commandement de l’armée. C’est le cas par exemple de la 85e brigade non intégrée dans le territoire de Walikale, dans la province du Nord-Kivu ; elle serait lourdement impliquée dans le trafic de cassitérite et autres minerais et est responsable de nombreuses atteintes aux droits humains.
Par l’Acte d’Engagement signé le 23 janvier 2008, les groupes armés congolais des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu se sont engagés à observer un cessez-le-feu et à mettre fin immédiatement aux exactions contre les civils, notamment aux homicides, aux violences sexuelles et au recrutement d’enfants. Le cessez-le-feu a cependant été rompu à de nombreuses reprises. Une délégation d’Amnesty International récemment de retour du Nord-Kivu a trouvé des indices sérieux montrant que ces groupes continuaient de recruter des enfants et que toutes les forces de la province, armée régulière comprise, continuaient de violer et de commettre d’autres atteintes aux droits humains en toute impunité. Entre le 1er et le 12 mars 2008, 13 civils ont été tués en toute illégalité par des groupes armés dans le Nord-Kivu.

