La salle de congrès du Palais du peuple s’est muée toute la journée d’hier, en une zone sismique où l’on a enregistré deux secousses telluriques de très forte amplitude.
La première est intervenue avec le long réquisitoire du Ministre de l’Intérieur Denis Kalume. Tout au long de son intervention fleuve, on a senti le sol se dérober sous les pieds des partisans de Bundu dia Kongo présents dans la salle, que le patron de la Sécurité a lourdement chargé.
Au point où les députés Ne Kongo ont éprouvé le besoin de se solidariser avec celui qui a porté haut les revendications des natifs de la province du Bas-Congo.
On l’a cru complètement déplumé, démoralisé et diminué à l’issue de la longue intervention réquisitoriale de Denis Kalume qui réclamait outre sa diabolisation, sa traduction devant la CPI. Pourtant, le gourou de Bundu dia Kongo est sorti de sa réserve de membre du pouvoir législatif pour décocher plusieurs fléches à l’endroit du gouvernement. Et il n’y est pas allé de main morte.

Des références historiques édifiantes

Sa réplique a été assaisonnée de plusieurs fragments historiques puisés à Timisoara, en Roumanie, où la nomenklatura à la solde de la communauté internationale avait obtenu l’arrestation, la condamnation et l’exécution du président Ceauscescu. Grâce aux enquêtes menées par des journalistes de New-York Time, les deux fosses communes attribuées au dictateur roumain se sont révélées un montage pour le diaboliser. Ne Muanda Nsemi très percutant, avec un verbe fignolé, n’a pas manqué d’évoquer les dossiers noirs de l’après-élection, notamment les revendications des populations frontalières à l’Est, au Katanga, au Kivu, en province Orientale, au Kasaï occidental.
La seconde secousse a été ressentie quand Ne Muanda Nsemi s’est interrogé sur la politique de deux poids deux mesures pratiquée par le gouvernement qui négocie à l’Est avec des milices armées et pactise avec le CNDP, un mouvement politico-militaire. Quant au Katanga, une milice tente d’agresser un ministre , membre du gouvernement, chasse les non originaires et les investisseurs étrangers. Le gourou de BDK n’avait pas été informé sur une quelconque répression policière, ni du retrait de l’agrément accordé aux partis politiques, ni de la demande de la levée de l’immunité parlementaire des dirigeants de ces formations politiques ! Le Bas-Congo est curieusement devenu, à ses yeux, une partie du territoire où la répression policière avec des bombes incendiaires, des roquettes, des massacres de la population civile, trouve son terrain de prédilection.
Une parenthèse dans sa vie privée, l’honorable Ne Muanda Nsemi a contesté le stéréotype de demi-dieu lui collé. A ce sujet, le gourou de BDK reconnaît que tout homme est esprit et un esprit vêtu de corps. Et dans la Bible, a-t-il laissé entendre, tout homme créé à l’image de Dieu ne serait-il pas un demi-dieu ?

Des délestages brusques à travers le Bas-Congo et Kinshasa

Par la suite, Ne Muanda a ouvert des chapitres relatifs au rétablissement de l’autorité de l’Etat qui dévoile le génocide des populations civiles, la destruction des lieux de culte, l’incendie des maisons de ses adeptes dont la plupart ont été réprimés dans le sang, certains jetés en prison, d’autres tués et basculés dans le fleuve.
Le courant stable quand Denis Kalume intervenait à la tribune de l’Assemblée nationale, a été brutalement coupé dans plusieurs quartiers chauds de Matadi, bastion du BDK. Quelques quartiers des communes de Kinshasa privés également d’électricité n’ont pas pu suivre la réplique du chef spirituel de Bundu dia Kongo. Il a donc fallu l’intervention du président de l’Assemblée nationale auprès des responsables de la Snel pour le rétablissement de la situation dans le Bas-Congo et dans la capitale.
Dans la salle de congrès, cette perturbation de la fourniture d’électricité a été interprétée comme une volonté du pouvoir de priver la population de l’autre son de cloche, celui de l’honorable Ne Muanda Nsemi.
Comme pour dévoiler l’étendue de son pouvoir, Ne Muanda Nsemi a dit que son mouvement est présent en Angola depuis 17 ans, au Cabinda depuis 15 ans, au Congo-Brazzaville, au Gabon, en Suisse, en France et en Grande-Bretagne.
Et il n’y a jamais eu des problèmes de xénophobie. Pour lui, la population réclame le départ du gouverneur Mbatshi et du vice-gouverneur Déo Nkusu, pour les remplacer par deux personnes populaires.

La diabolisation qui dévoile un regard partisan

On traite le BDK de mouvement politico-militaire. Le gourou renvoit ses détracteurs à l’époque de la transition politique de 1 + 4 qui a accordé une prime à tous ces mouvements entretenant une branchée armée. Comment alors le BDK ne s’est-il pas retrouvé dans cette architecture politique?
On l’a interrogé aussi sur ses déclarations sur RFI, au sujet de son projet d’un ensemble sous-régional en Afrique à l’image de l’Espace Schengen. Sur base des frontières artificielles héritées de la colonisation, il a démontré qu’on a séparé plusieurs peuples. L’exemple le plus frappant est celui du découpage des pays dont le tracé des frontières a scindé un cimetière en deux parties, au point que la tête d’un des ancêtres se trouvait d’un côté, et les restes du corps, dans l’autre pays. Et comment pouvait-on déposer une gerbe des fleurs sur la tombe en cheval sur la frontière ?
Répression policière ? Ne Muanda Nsemi parle plutôt de génocide. Les preuves abondent. Massacres, pillages, viols et destruction massive à Kingila, Kingombi, Musinda, Bandakani,Nseke-Banza, Lemba, Kinkenge et tant d’autres localités.
Son bilan des morts et des blessés approche le millier à Luozi, qui ont tous été jetés dans le fleuve. Deux fosses communes existent à Mbata-Siala avec 26 corps, et à Sundi avec 36 corps. Un rescapé récupéré et sauvé par MSF, pourra, a indiqué le gourou de BDK, témoigner sur les scènes horribles qu’il a vécues.
Ne Muanda exige la constitution d’une commission d’enquête indépendante pour investiguer sur le génocide dans le Bas-Congo. Et pour conclure, il a demandé à ses pairs de l’Assemblée nationale de ne pas se laisser manipuler, de traiter ce dossier non avec légèreté, mais avec sagesse. Car, selon lui, les revendications du peuple Ne Kongo sont celles de toutes les provinces. Pour les massacres, il exige que le régime soit traduit devant la Cour pénale internationale.Kakongo