Franc_congolais

Rendus vulnérables à la soudaine hausse des prix des biens de première nécessité, Guinéens, Sénégalais, Ivoiriens, Haïtiens … sont descendus dans la rue pour interpeller les pouvoirs publics. En lieu et place d’interlocuteurs valables au sein des institutions, les gouvernés ont affronté les matraques et les balles de la police. A Kinshasa, entre-temps, les prix prennent dangereusement de l’ascenseur. Le pouvoir attend d’abord les manifestations de rue pour, ensuite, accuser des manipulateurs imaginaires. Et pourtant, la cause profonde de ces perturbations peut s’expliquer et exonérer, en partie, les autorités. A la seule condition de devancer les événements.

Un feu couve sous la cendre. A Kinshasa, le litre d’essence à la pompe vient de passer de 675 francs congolais à 705. C’est un quatrième réajustement en moins de six mois. Face à ces réajustements intempestifs, dont l’incidence négative sur les prix de transport et des biens de première nécessité n’est plus à démontrer, la RDC est assise sur une bombe. A moins que le gouvernement n’anticipe pour prévenir l’explosion.

Du fait du renchérissement du prix du baril de pétrole sur le marché international, mais aussi à cause de l’action conjuguée de la spéculation, les prix intérieurs dans les pays sous-développés, tel la RDC, asphyxient les populations pauvres des centres urbains, où le pouvoir d’achat est par principe précaire. A coup sûr, les conséquences sociales ne sont que redoutables.

De Kinshasa à Lubumbashi, de Mbandaka à Bukavu, de Matadi à Kisangani, la majorité des Congolais vivent dans la précarité. Et ce, depuis des décennies. Leur espérance de vie, d’après les Nations unies, est descendue de 50 à 47 ans. Que leur reste-t-il à espérer du gouvernement tant que celui-ci ne maîtrise pas les facteurs à la base de la paupérisation générale de la population ?

UN SAC DE RIZ A 55 DOLLARS ?

Un sac de riz de 50 kg à 55 dollars à Kinshasa ? A combien reviendrait-il s’il est transporté par camion, bateau ou avion, à plus de 500 km de la capitale ? Qui pourrait se payer le luxe de manger du riz dans les prochains mois ? Comment faire face à l’insécurité alimentaire galopante qui pointe à l’horizon ? Toutes ces questions, et bien d’autres encore liées à l’alimentation des citoyens, préoccupent-elles le gouvernement ?

En Afrique de l’Ouest, les pouvoirs publics viennent d’être confrontés à l’épreuve de feu : la pénurie de riz et la flambée des prix sur le marché. En Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, les ventres affamés ont crié leur détresse dans la rue. Les gouvernants ont réagi plutôt avec fermeté. La police a tiré : des interpellations, des blessés et des morts ont été recensés. Etait-ce la solution ? Accuser l’opposition politique d’avoir manipulé la population affamée peut-il convaincre l’opinion publique, qui sait comment fonctionnent les Etats africains ?

A l’opposé de la manière forte employée par ces pays de l’Afrique de l’Ouest, la Mauritanie et la République Centrafricaine ont eu la sagesse et le courage d’anticiper sur les événements. Conscients de la précarité des conditions de vie de leurs citoyens ainsi que de la modicité de leurs moyens d’intervention, les gouvernements ont décrété, avant les émeutes, la subvention des prix des produits pétroliers et de principaux produits de consommation courante. La bombe est désamorcée.

Il est certain que la crise va frapper nombre de pays de la planète. L’Egypte et le Haïti sont déjà passés par là. Des émeutes ont endeuillé leurs populations. La RDC ne sera pas épargnée. Car le pire est devant. Il concerne en particulier le riz. Les principaux producteurs de cette denrée deviennent précautionneux.

LE GOUVERNEMENT PYROMANE

Gros exportateurs de riz, le Vietnam et l’Inde, entre autres, ont annoncé la semaine dernière la réduction de leurs exportations. L’Egypte a annoncé un moratoire de six mois sur les exportations de son riz à compter du 1er avril. Le Cambodge a gelé ses exportations, à l’exception de celles intervenant dans le cadre de l’activité des agences gouvernementales. En Afrique, les pays consommateurs s’inquiètent qu’une hausse substantielle des prix ne génère une réaction de colère dans la population pauvre des villes, dont le revenu est traditionnellement faible. Rien qu’à Kinshasa, entre février et avril, le prix est passé de 50 à 55 dollars le sac de 50 kg ! Ce n’est qu’une étape vers les sommets de l’inaccessibilité.

Selon des chercheurs, différents facteurs contribuent à alimenter la hausse rapide des prix de riz. Il s’agit, entre autres, de l’élévation du niveau de vie en Inde et en Chine qui s’est accompagnée d’une hausse de la demande. Ironie du sort, dans le même temps, la sécheresse et d’autres problèmes climatiques ont réduit la production en Australie et ailleurs.

Ajoutons, pour le malheur de l’Afrique, que la pratique de l’agriculture traditionnelle, doublée de l’absence de réelles politiques agricoles, maintiendra longtemps le rendement de cette graminée en deçà des standards mondiaux, créant par conséquent une insécurité alimentaire permanente.

La hausse des prix des produits de consommation courante, on ne le dira jamais assez, est consécutive à divers aléas dont certains sont extérieurs. La RDC n’a pas prise sur ceux-ci, mais elle ne peut s’empêcher de réagir en responsable avant, au lieu d’attendre l’incendie pour chercher le pompier.

Pour n’avoir pas agi, comme en Mauritanie ou en Centrafrique, le gouvernement congolais risque d’être considéré, un de ces jours, comme le pyromane. Il lui sera alors impossible de faire endosser sa responsabilité à des virtuels opposants manipulateurs. Gouverner, dit-on, c’est prévoir.

source : Le Potentiel/kinshasa