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La guerre qui s’est installée depuis plus d’une décennie à l’Est de la RDC est en train de prendre la forme d’une pieuvre. Les initiatives de paix se succèdent au même rythme que l’émergence de nouveaux foyers de tension. En toile de fond, les mêmes revendications politico-identitaires. Pendant ce temps, les approches pour une solution définitive divergent, selon que l’on se trouve à Goma, à Kinshasa ou à l’extérieur du pays. Dans cette situation de ni guerre ni paix, le Kivu semble abandonné par le régime de Kinshasa.

Une situation de ni guerre ni paix prévaut, depuis quelque temps, dans les deux Kivu, plus particulièrement dans le Nord-Kivu. Situation dont les protagonistes semblent bien s’accommoder. Aujourd’hui, beaucoup de choses n’ont pas tellement changé en dépit d’un certain nombre d’efforts fournis pour ramener définitivement la paix dans cette partie de la RDC.

Le lancement officiel des travaux du programme « Amani » s’est effectué récemment à Goma sur fond de contestations et de revirements de certaines parties signataires de l’Acte d‘engagement de Goma (de janvier 2008). Des sources dignes de foi ont confié au Potentiel que le CNDP de Laurent Nkunda ferait le figurant aux travaux du programme « Amani » au chef-lieu du Nord-Kivu. Il y prend part juste pour sauver les apparences.

Selon nos sources, le chef du CNDP qualifierait le programme « Amani » de ‘’machin’’, dont les objectifs ne seraient plus clairement définis à ses yeux. Laurent Nkunda ne croirait plus en l’aboutissement heureux de la démarche enclenchée par les structures issues de la Conférence tenue en janvier dernier à Goma sur la paix, la sécurité et le développement de deux provinces du Kivu.

Laurent Nkunda continue à camper sur ses revendications maintes fois exprimées par le passé. Le cantonnement de ses troupes et leur intégration dans les FARDC restent conditionnés par la neutralisation des FDLR et le rapatriement des populations congolaises d’origine tutsi réfugiées dans les pays voisins. Concernant le brassage des éléments du CNDP, Laurent Nkunda pose des conditions qui se démarquent des autres parties au programme « Amani ». Il exige que ses éléments éligibles au brassage soient déployés à Walikale et Rutshuru. En clair, celles-ci ne peuvent quitter leurs bases arrière actuelles. Aux yeux des observateurs, cette revendication n’est pas moins une reconduction de la trop controversée opération de mixage. Mais sous une nouvelle forme.

Dans le même registre de protestation, l’on fait état du retrait du Pareco des travaux de « Amani ». Ce groupe Maï Maï serait mécontent de la part belle réservée au CNDP relativement aux postes de responsabilité au sein du programme « Amani ». Il soupçonne le gouvernement de faire le jeu du CNDP alors que ses officiers attendent vainement leur intégration dans les FARDC et la reconnaissance de leurs grades.

De là à dire qu’un obstacle se forme en filigrane à la mise en application du programme Amani, il n’y a qu’un pas. Cela relance la méfiance et la suspicion, attitudes qui n’augurent rien de bon par rapport à l’objectif de paix accepté par tous. Des forces négatives, nationales et étrangères, écument à l’Est avec tout ce que cela comporte comme cohorte de malheurs…

LE MAL : FDLR OU NKUNDA ?

Il faut bien avoir le courage de reconnaître qu’il n’y a pas grand-chose qui puisse rassurer pour…longtemps. Les clignotants continuent à indiquer que le danger est encore là. Il plane sur la région tout entière et il suffit d’un petit rien pour que les groupes armés reprennent du « service ». Le gouvernement ferait fausse route en sombrant dans une sorte d’autosatisfaction de mauvais aloi. Surtout quand on sait pertinemment bien que l’on n’a pas évacué toutes les virtualités nées de plusieurs années de guerres.

Là où le gouvernement voit Laurent Nkunda comme le mal, sinon le baudet à mettre hors d’état de nuire, la communauté internationale y voit plutôt les FDLR. Or, ces derniers constituent une équation complexe. Autant leur retour au Rwanda est souhaité par tous, autant personne ne sait leur offrir des garanties sécuritaires concernant leur réintégration dans la vie politique et sociale de leur pays d’origine. Car, il est difficile d’affirmer ce jour que le régime de Kigali serait disposé à organiser dans les meilleurs délais un dialogue inter rwandais. D’autant qu’il continue à suspecter des génocidaires dans les rangs des FDLR.

Cette situation a le désavantage de favoriser un statu quo qui profite aux pilleurs des richesses de la RDC, mais aussi à ceux qui sont soupçonnés d’avoir un agenda caché pour la partie Est du Congo. En témoigne cette réplique de Philip à Haj dans le dernier roman de John Le Carré « Le chant de la mission », (page 214), paru en septembre 2007 aux éditions du Seuil : « - Rien que des théoriciens avant-gardistes, des néo-conservateurs en vue, des sommités de la géopolitique. Le genre de types qui se réunissent dans des stations de ski pour décider du destin des nations. Ce n’est pas la première fois qu’ils se penchent sur le Congo oriental et qu’est-ce qu’ils y voient ? L’anarchie comme résultat probable de prochaines élections, les Chinois qui grattent à la porte pour rafler toutes les matières premières. Alors, que faire ? Les Congolais n’aiment pas les Américains, et c’est réciproque. De leur côté, les Rwandais méprisent les Congolais, ils sont disciplinés et surtout efficaces. Alors, le plan des Américains ; c’est de consolider la présence économique du Rwanda au Congo oriental jusqu’à la rendre incontournable. Ce qu’ils veulent, concrètement, c’est une annexion en douceur, et ils comptent sur un coup de main de la CIA ».

C’est autant dire que les deux provinces du Kivu ne méritent pas d’être abandonnées par le gouvernement. Des signaux forts sont attendus de la part des parties signataires de l’Acte d’engagement de Goma. Dans cet exercice, les premiers pas doivent provenir du gouvernement de la République. C’est par cette voie que peut être finalisé le plan de désengagement des forces en présence ainsi que les modalités pratiques du brassage, de démobilisation et de réinsertion sociale des éléments et cadres militaires civils des groupes armés et mouvements politico-militaires.

En tout état de cause, si l’élite congolaise ne prend pas conscience de ce danger qui se profile à l’horizon, les puissances occidentales et leurs multinationales, qui ont des ambitions de morceler la RDC afin d’en exploiter ses richesses, réaliseront leur projet datant de la guerre déclenchée en 1996.

source : le Potentiel