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L’Opposition politique stigmatise à haute voix « l’immobilisme » du gouvernement. La majorité parlementaire dont est issu le Premier ministre, s’en défend ouvertement. Mais à voix feutrée, elle n’en pense pas moins. Aussi, est-elle suspectée d’être de cœur avec les deux initiateurs de la motion d’interpellation. Tous deux, de l’opposition. Une opposition quelque peu divisée sur la finalité d’une interpellation qui, au finish, ne profitera qu’à l’Alliance de la majorité présidentielle. Qu’à celle ne tienne. « Antoine Gizenga doit partir », s’accordent – toutes tendances confondues – les partisans de l’interpellation du Premier ministre. D’autant que les « candidats à la succession » sont pratiquement « connus ».

Les signes avant-coureurs sont là. L’agitation observée pratiquement dans tous les salons politiques est annonciatrice d’un profond remaniement gouvernemental.

Certes, le gouvernement peut se prévaloir d’un bilan « positif » au regard de la situation complexe héritée au lendemain des élections. Mais que cacherait le bonus de 29 milliards de francs congolais dégagé au 1er trimestre et brandi fort opportunément par les ministres des Finances et du Budget alors que l’Assemblée nationale s’apprête à interpeller le Premier ministre, chef du gouvernement ?

Il est vrai que des signaux forts attendus de sa part ne sont pas du tout perceptibles. Nonobstant ce résultat flatteur, il n’a pas fléchi la courbe ascendante des prix sur le marché. Le taux de change oscille entre 550 et 560 FC le dollar américain. Bien entendu que le ministre des Finances, Athanase Matenda a tenté une réplique : « L’inflation a deux origines : monétaire et ou importée. Pour la RDC, il s’agit des incidences négatives de la tendance inflationniste persistante sur l’échiquier mondial. ». A titre illustratif, il a cité le prix du baril du pétrole qui a franchi le plafond de 110 dollars américains ainsi que la parité dollar-euro ayant également une influence sur les finances de la RDC. De son côté, le ministre du Budget, Adolphe Muzito, a expliqué que « les chiffres ne suivent pas toujours la demande à cause de la flambée des prix sur le marchés mondiaux provoquée par la rareté des ressources ». Hélas ! Malgré ce « bonus », la grogne sociale est là, incompressible.

Il s’agit donc des observations pertinentes faisant état d’un immobilisme de la part du gouvernement et qui sont une réalité que l’on ne peut balayer d’un simple revers de la main. Ce serait faire preuve d’insouciance, d’irresponsabilité politique, et plus grave d’une arrogance suicidaire. Ajouter à cela des « pressions » de toutes parts découlant de certains impondérables relevant de l’environnement national et international.

Il est un fait que Gizenga II n’a pas encore apporté un souffle nouveau à la gestion du pays après la période de grâce. L’on est pratiquement à mi-parcours de l’actuel mandat législatif que cela suscite des interrogations et des inquiétudes. Dans deux ans, ce seront les prochaines élections. Ne pas y songer, serait encore dramatique pour une classe politique au pouvoir quand on tient compte du discours électoral, sans oublier les engagements à tenir vis-à-vis des partenaires extérieurs. D’ailleurs, dans les prochains mois, ce seront les élections communales. Quel le discours politique va-t-on devoir apporter après deux ans de règne ?

De toutes les façons, le ton est donné au Parlement devant la situation sécuritaire toujours préoccupante, une économie encore désarticulée et une vie sociale dégradante. Rien ne rassure un peuple encore désorienté et continuellement pris en otage par une classe politique qui donne l’impression de n’avoir pas pris la mesure de ses hautes responsabilités politiques.

SAUVER LES MEUBLES

Il est un fait que toutes ces remarques concernent en priorité la majorité au pouvoir. Plus particulièrement le gouvernement qui gère le quotidien. Certes, il ne s’agit pas pour le moment de faire éclater la majorité. Mais de tenir compte des observations faites et de préparer les prochaines élections. D’où ces rumeurs au sein du PPRD, le Parti leader à l’Alliance de la majorité présidentielle, AMP. Il est question d’apporter un souffle nouveau au niveau de cette plate-forme parlementaire. Mieux de sauver les meubles plutôt que de laisser pourrir la situation. « Il faut à tout prix éviter que le navire coule corps et biens », entend-on dire. C’est dans ce contexte que le PPRD proposerait une « certaine rotation » pour que logiquement, il prenne possession de « sa » primature qui, jusque-là, selon des « arrangements secrets », revient au Palu. Des noms sont déjà avancés pour succéder à l’actuel Premier ministre. Entre-temps, on suit de très près les initiatives qui sont en train d’être prises au niveau de l’Opposition. Notamment les interpellations à l’endroit du chef de gouvernement pour réagir en conséquence. L’on reste également très attentif à tout ce qui se dit dans certains milieux intéressés à la politique congolaise

Mais dans une déclaration faite à la presse, le Palu s’en tient aux « accords secrets » pour conserver la primature pendant toute cette législature. Peu importe la personnalité qui serait chef du gouvernement s’il s’avérait qu’un changement s’opère à la Primature. Mais cette personnalité doit être du Palu. Faute de quoi, ce parti aurait promis de tirer toutes les conséquences qui s’imposeraient au moment opportun.

PARLEMENT : RECOMPOSITION DU PAYSAGE POLITIQUE

Evidemment, toutes ces agitations soulevées dans les milieux politiques reposent désormais sur des « calculs politiques ». Des calculs politiques susceptibles de conduire à une recomposition du paysage politique au sein du Parlement. C’est dire que si les tractations actuelles se concrétisaient, il ne serait pas surprenant que l’on assiste, une seconde fois, à la conclusion de nouvelles alliances politiques.

Signe perceptible : l’Opposition semble divisée autour des motions d’interpellation à l’endroit du Premier ministre. Déjà deux interpellations qui doivent être harmonisées et déposées selon la procédure.

Mais dans cette même opposition, d’autres groupes parlementaires se rétractent. Ils n’adhèrent pas à cette initiative d’interpeller le Premier ministre. On laisse entendre qu’il revient à la majorité présidentielle d’interpeller « son » Premier ministre face à ce bilan mitigé. Et au besoin, procéder à son remplacement si cette majorité estime que les observations formulées tant sur le plan national qu’international sont effectivement pertinentes. Cette frange de l’opposition refuse de « jouer le jeu subtile de la majorité présidentielle ». Particulièrement du PPRD qui tient à récupérer «sa » primature.

Toujours dans ces « calculs politiques », avec les nouvelles alliances en perspective, certains groupes parlementaires pourraient rejoindre les rangs de la majorité présidentielle. Les données changeraient en ces moments jusqu’ à affecter les accords conclus entre le PALU et l’ UDEMO, partenaires du PPRD.

Autant d’éventualités politiques à même d’accélérer justement ce profond remaniement gouvernemental qui s’annonce à l’horizon.