jumelleLa Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monuc) a indiqué mercredi avoir eu connaissance d'"allégations" faisant état de l'existence de fosses communes au Bas-Congo (ouest) où ses enquêteurs mènent actuellement "des investigations".

Depuis fin février au Bas-Congo, des affrontements avec le mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) et la répression brutale de la police ont fait 27 morts selon le gouvernement, de 100 à plus de 300 morts selon des députés de l'opposition et le BDK. Selon des sources onusiennes contactées par l'AFP, le bilan serait de plus d'une centaine de morts.

"Nous avons eu connaissance de communications d'associations locales de défense des droits de l'Homme sur la présence possible de ce qui semblerait être des fosses communes" au Bas-Congo, a déclaré le porte-parole de la Monuc, Kemal Saïki, au cours d'un point presse à Kinshasa.

"Notre équipe (de la section) des Droits de l'Homme est toujours sur le terrain. (...) Il y a des investigations qui sont menées", a-t-il poursuivi, ajoutant n'avoir "pas encore de précisions" concernant l'existence de fosses communes.

Le BDK affirme que "cinq fosses communes" ont été découvertes dans la province et que des "centaines de cadavres" ont été jetés dans des rivières au cours de la répression menée par la police en février et mars.

Début avril, des ONG locales ont affirmé avoir recueilli des témoignages sur l'existence de fosses communes. Mais, selon elles, les corps qu'elles contenaient auraient été déplacés avant l'arrivée de missions d'enquête.

Selon l'ONG la Voix des sans voix (VSV), une fosse commune a été découverte le 29 mars à Manterne, village situé, à vol d'oiseau, à environ 50 km au nord-ouest de la capitale provinciale Matadi.

Le 2 avril, une équipe composée d'un substitut du procureur de Matadi, d'un agent de la Croix-Rouge locale et d'un médecin aurait constaté sur place que la fosse avait été "ouverte" puis "recouverte", mais y aurait tout de même retrouvé "un tissu de corps humain", selon la VSV.

Le médecin avait été convoqué le lendemain au parquet qui le sommait de s'expliquer pour "divulgation du secret professionnel", affirme la VSV, qui a réclamé au gouvernement d'assurer la "protection" de ce médecin et l'ouverture d'une "enquête indépendante".

L'ONG affirme que la "découverte" de Manterne "fait suite au massacre des adeptes du BDK" dont les autorités cherchent, selon elle, à "effacer toutes les traces".

Contactée par l'AFP, la vice-présidente de l'assemblée provinciale du Bas-Congo, Marie-José Fulu Masaka, a affirmé que la mission d'enquête qu'elle avait menée début avril à Manterne et dans d'autres localités ne permettait pas de conclure à la présence de fosses communes.

Bundu dia Kongo ("Royaume du Kongo") est un groupe d'opposition religieux sécessionniste qui prône la restauration de l'ex-royaume Kongo, qui s'étendait au XVe siècle sur l'actuel Bas-Congo, une partie de l'Angola, du Congo et du Gabon