Franc_congolais

La situation sociale est pénible. Les prix ont pris de l’ascenseur et face à une population au pouvoir d’achat inexistant, la grogne sociale prend de plus en plus de l’ampleur. La question est celle de savoir si le gouvernement a pris des dispositions utiles pour protéger les populations. Ou encore si effectivement le même gouvernement s’appuie sur les critères d’équité, d’une réelle justice distributive pour que les sacrifices soient supportés par toutes les couches socio-professionnelles de la Nation. Compte tenu de premiers éléments d’investigations menées par Le Potentiel, les écarts sont énormes entre les rémunérations du personnel politique et celles de l’administration. Ce qui serait à la base de cette tension, de plus en plus vive, observée particulièrement dans le secteur public.

« La situation sociale générale des agents et fonctionnaires de l’Etat, en ce compris les enseignants, les magistrats, les professeurs et les chercheurs, les médecins et les paramédicaux, les soldats et les policiers demeure préoccupante. Bien que le gouvernement ait alloué 15 milliards de francs congolais, soit au total 35 milliards de francs congolais, la tension au sein de l’Administration publique reste vive. … Par ailleurs, il n’y a pas motif à se réjouir lorsque l’on observe un autre phénomène, celui des grèves qui paralysent le pays, bloquent son fonctionnement, étranglent l’économie et asphyxient la population ». Ce tableau sombre et préoccupant a été peint par le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, dans son discours de rentrée parlementaire pour la session du mois de mars.

Effectivement, la tension est vive au sein de l’Administration publique. Les agents et fonctionnaires de l’Etat ont lancé un « ultimatum » au gouvernement avant de radicaliser leur position. Le personnel de l’Enseignement supérieur et universitaire, ESU, principalement les professeurs, est en grève. Avec tous les risques d’obliger le gouvernement à décréter cette année académique blanche conformément aux prescrits de l’Unesco. Les enseignants de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, dans certaines provinces, refusent de reprendre la craie. Dans le secteur de la santé, la grogne est perceptible. Les blouses blanches n’ont plus le sourire de rassurer les malades.

TENSION SALARIALE : DES ECARTS SCANDALEUX

Il s’agit d’autant d’indices qui doivent interpeller le gouvernement pour apporter la solution qui s’impose. Si pas dans sa totalité en décidant de l’élaboration, dans les meilleurs délais, d’une vraie politique salariale, mais de proposer des solutions réalistes susceptibles de résoudre progressivement la crise.

Cependant, la question fondamentale est celle de savoir si au niveau du gouvernement, pour ne pas dire de toutes les institutions nationales où se prennent les décisions finales, l’on est animé de cette volonté politique réelle d’améliorer la situation salariale des agents et fonctionnaires de l’Etat. Ensuite ou parallèlement, de s’appuyer sur un Code de travail qui « révolutionne » la législation sociale dans le but de protéger les travailleurs du secteur privé.

Certes, le gouvernement vient de revoir à la hausse le SMIG, lequel passe de 1 à 3 dollars. Mais qu’en est-il du régime de sécurité sociale, le meilleur cadre juridique de garantie pour tout contribuable ? Question qui demeure encore sans réponse.

Revenant au secteur public pour s’interroger sur la volonté réelle du gouvernement d’améliorer la situation salariale dans ce secteur. Il convient, avant de répondre à cette interrogation, de relever que selon les premiers éléments d’investigations, l’Etat emploie 1.021.213 personnes. Le Budget de rémunérations en 2008 prévoit, pour ce faire, une enveloppe annuelle de 481.918.286.730 Fc. Ce personnel se répartit de la manière suivante : Institutions publics et assimilés : 12.475 personnes. Leurs rémunérations sont évaluées à 66.429.338.175 Fc.

L’Administration centrale compte 734.936 personnes pour des rémunérations de l’ordre de 325.892.553.305 Fc. Enfin, le personnel militaire et policier est évalué à 273.802 personnes, soit des rémunérations fixées à 89.596.391.252 Fc.

Il nous revient que selon les effectifs pris en compte dans le Budget des rémunérations 2008, le personnel de la Primature arrive en tête avec 253 unités qui touchent 12.929.572 Fc par an, soit 23.508,3 dollars pour une moyenne de 1.959 dollars par mois. Vient ensuite le personnel de la Présidence avec 4.720.870 FC par an, soit 8.583,4 dollars. Ce qui fait 715 dollars par mois et par personne.

Quant au Parlement, l’enveloppe serait de 6.705.611.455 Fc pour le Sénat. Soit 6.780.194 Fc par personne et par an ; 12.327,6 dollars ou 1.027 dollars par mois. A l’Assemblée nationale, on retient les chiffres de 7.162.711 Fc, soit 13.023 dollars par an ou 1.085 dollars par mois en moyenne.

Mais les fonctionnaires proprement dits, auxquels il faut ajouter le personnel enseignant, de santé et agricole, gagnent en moyenne 443.500 Fc, soit 806 dollars par an. Donc, 71,5 dollars par mois, la moyenne générale. Ceux qui ont un faible pour les calculs constateront que le personnel des institutions politiques touche 11 fois plus que la moyenne générale

Pour parler de certains secteurs de l’Administration publique, l’ESU vient en tête avec 107 dollars par mois et par personne. Suivi de la santé avec 98 dollars et l’EPSP avec 74 dollars de salaire moyen mensuel.

Aussi, quand on examine les écarts entre les Institutions politiques et la catégorie des fonctionnaires, le constat va de 1.997 dollars à 74, soit une tension salariale de 1 à 27. L’écart est trop grand et crée un fossé énorme, source de frustrations. Et confirme entre-temps l’adage selon lequel, « les loups ne se mangent pas ».

JUSTICE DISTRIBUTIVE INEXISTANTE

Au regard de ces éléments d’investigations, la question posée ci- haut sur la volonté du gouvernement d’améliorer la situation salariale demeure sans réponse. Du moins, rien ne transparaît dans le Budget des rémunérations pour l’exercice 2008, jusqu’ à preuve du contraire. Tout simplement, parce que la tension salariale acceptée à Mbudi par l’Etat congolais était de 1 à 10. Or, la tension salariale entre les différentes institutions politiques est de 1 à 27. Si cette tension générale, pour toutes les institutions, est ramenée de 1 à 10, il est indiscutable qu’il serait possible de dégager des ressources, aussi faibles soient-elles, pour améliorer la situation des autres personnels. Ainsi, tout le monde, pas seulement des catégories de la population bien connues, supporterait le poids des sacrifices imposés pour reconstruire la nation.

De ce qui précède, il n’existe nullement une vraie politique salariale incitative. Une politique salariale qui répondrait aux critères d’équité et de justice distributive. En fait, ceux qui oeuvrent au sein des institutions politiques sont censés être au service du peuple. Si tel n’était pas le cas, quel est le sens à donner à « une élection » ? Dans les circonstances actuelles, la réponse serait « se servir d’abord » deviendrait le seul leitmotiv de ceux qui recherchent les fonctions