conseil_ministres

On s’affaire encore sur les lieux du crash du DC 9 de Hewa Bora Airways à Goma. Question de connaître le nombre exact des morts, des blessés et des survivants. Mais également les raisons principales de cette catastrophe. Cependant, au-delà de cet énième accident d’avion, se pose, une fois de plus, la problématique de la gestion des catastrophes. Quelles sont les mesures préventives prises par le gouvernement pour prévenir ce genre d’accidents ? Que faire pour les éviter et les gérer ? Comment les services techniques ont-ils fonctionné depuis le crash de l’Antonov à Kingasani ya suka? Quelle a été la réaction du gouvernement depuis la décision du 9 avril 2008 de l’Union européenne de mettre Hewa Bora sur la liste noire des avions interdits de vol dans l’espace aérien européen ? Autant d’interrogations pertinentes.

L’Assemblée nationale et le Sénat ont constitué hier une importante délégation parlementaire qui s’est rendue sur les lieux du drame du DC 9 de Hewa Bora, à Goma. Belle initiative qui montre le sens élevé de responsabilité politique de ces deux institutions. D’abord pour s’enquérir de la situation et mesurer l’étendue du désastre et des dégâts. Et dans un élan de solidarité, apporter un réconfort moral et matériel aux victimes ainsi qu’à leurs familles et proches.

Mais bien avant l’arrivée de la délégation venue de Kinshasa, les compatriotes de la province du Sud Kivu, avec à leur tête le gouverneur de cette province, se sont rendus sur les lieux pour apporter assistance aux personnes éprouvées. Outre les personnalités politiques régionales et les membres de la Société civile, une équipe médicale est de la partie pour apporter les premiers soins. Geste très encourageant de solidarité nationale, surtout que parmi les victimes se comptent également des ressortissants de la province du Sud Kivu.

Auparavant, le président de la République, en route vers New York en mission d’Etat, avait adressé un message de condoléances aux familles éprouvées. Aussi, a-t-il saisi cette circonstance douloureuse pour ordonner la constitution d’une enquête afin de tirer les choses au clair.

La décision présidentielle s’inscrit justement dans le contexte de la gestion rigoureuse des catastrophes. Certes, dans un premier temps, il s’agit des catastrophes aériennes qui bouleversent tout un peuple de par leur horreur. Mais au-delà, toutes les catastrophes qui endeuillent notre pays au fil des mois.

DES TETES VONT-ELLES TOMBER ?

En pareilles circonstances, l’on s’empresse d’abord à établir la part de responsabilité. Ce qui sera certainement connu après le travail de la mission d’enquête ad hoc et les éléments contenus dans les deux boîtes noires. Question de savoir s’il s’est agi d’une panne technique, d’une erreur humaine ou des considérations atmosphériques relevant de la nature.

Dans le même ordre d’idées, il est également question de s’interroger sur les dispositions prises par le gouvernement, à travers ses services spécialisés, pour prévenir ce genre d’accidents. Il est un fait que l’on n’est pas à la première catastrophe de ce genre. Les plus importants sont les crashes de Type K, de Kingasani ya Suka et maintenant celui de Goma.

Sans pour autant être expert en la matière, les trois catastrophes présentent les mêmes similitudes. C’est-à-dire qu’elles surviennent au moment du décollage en survolant des quartiers de pleine concentration humaine, à partir des pistes qui soulèvent de récriminations. Si le crash de Type n’est pas tellement frais en nos mémoires, celui de Kingasani ya Suka a suscité un débat très houleux, allant jusqu’à nécessiter l’interpellation d’un ministre d’Etat près la présidence de la République et du ministre des Transports et Communications. Face à ce drame de Goma, il devient impérieux de rendre publiques les recommandations de la commission d’enquête pour mesurer si réellement le gouvernement a été à la hauteur de ses responsabilités. De juger si oui ou non les services techniques ont joué effectivement leur rôle de « conseiller », posé les problèmes en termes de faisabilité dans le cadre de la sécurité des aéronefs, des installations aéroportuaires et de la navigabilité dans l’espace aérien congolais.

Pour demeurer toujours dans cette logique, les services de l’aviation civile devront fixer l’opinion sur ce qui a été entrepris et fait après la décision de l’ Union européenne d’interdire de vol en Europe les appareils de Hewa Bora. La décision a été prise le 9 avril 2008 et l’accident de Goma s’est produit le 15 avril 2008. Qu’est-ce qui a été fait entre-temps pour que l’on ne s’inquiète pas en RDC des conditions de sécurité des appareils de cette société ?

Enfin, les services techniques du ministère des Transports sont invités, sans délai, à préciser si, après l’éruption volcanique de 2004, les gros porteurs pouvaient continuer à utiliser l’aéroport de Goma. Ou s’il a été proposé la construction d’un autre aéroport. Car aujourd’hui, il se pose réellement le problème de la longueur de cette piste, réduite à cause des laves.

La précision s’impose et des décisions doivent tomber sans état d’âme. Pour que les misions des commissions d’enquête ne se terminent plus en eau de boudin et classées « Top secret. Secret d’Etat ». La gestion des catastrophes ne peut aboutir à un tel résultat révoltant et injurieux devant la mort des personnes qui méritent dignité et considération, même dans l’au-delà.

L’ELAN DE SOLIDARITE DU SUD KIVU

En attendant que l’on sache si les têtes vont effectivement tomber, il importe de saluer cet élan de solidarité manifesté par les ressortissants des deux Kivu. Sans attendre l’aide et l’assistance de Kinshasa, ils se sont organisés en conséquence pour faire face aux dures réalités de cette catastrophe. Ceux du Sud Kivu sont partis de Bukavu pour Goma, se mêler aux groupes des secouristes en vue d’apporter les premiers soins, les premiers réconforts sur le plan moral et matériel.

Mieux, ils se sont interrogés sur tous ces malheurs qui s’abattent sur leurs régions, déjà fortement secouées par les guerres atroces et les calamités naturelles. Aujourd’hui, l’aéroport de Goma soulève réellement de nombreuses interrogations. C’est ainsi que dans leurs réflexions, ils envisagent de proposer au gouvernement de délocaliser cet aéroport. Ce qui est faisable, comme sous d’autres cieux.

Le projet nécessitera la construction d’une autoroute pour relier l’aéroport au centre ville. Bien sûr, pour autant qu’il s’agisse d’une zone touristique, habitée par de nombreux animaux, il faut prendre en compte tous les aspects liés à l’environnement, à l’écosystème pour mieux protéger tous les êtres vivants ; humains ainsi que les espèces animales sans oublier la flore.

Mais en attendant, il faudrait que tout ce qui est mis à la disposition des sinistrés leur parvienne. A plusieurs reprises, des opportunistes de tout bord saisissent de pareilles occasions pour se faire du beurre. On les retrouve partout : des centres d’ordonnancement à Kinshasa jusqu’ au lieu du drame. Ils sont à tous les postes pour saigner davantage l’Etat congolais, détourner les biens humanitaires avant de disparaître dans la nature, assurés de l’impunité, comme d’habitude. La gestion des catastrophes, c’est également et surtout cet aspect du problème.

Jusqu’ à ce jour, les sinistrés de Thype K, de Kingasani ya Suka continuent à faire les tours des bureaux sans une réponse satisfaisante. Et pourtant, l’argent a déjà été débloqué, des dons disponibilisés. Mais les familles éprouvées ne broient que du noir, victimes des personnes cyniques.

LE GOUVERNEMENT DEVANT LA BARRE

Quelles que soient les causes exactes du crash, erreur technique ou humaine, le gouvernement sera devant la barre. Nous avons évoqué une série de questions, s’attarder sur un certain nombre de considérations avant de rappeler les crashes de Type K et de Kingasani ya Suka, ainsi que l’interdiction frappant la société Hewa Bora en Europe. Le gouvernement est appelé à se justifier, sans se disculper.

Mais bien sûr, énoncer des décisions qui doivent être appliquées sans atermoiement ni faux fuyant. Pour avoir joué dernièrement à « la solidarité gouvernementale », le Gouvernement vient d’être rattrapé par ce crash de Goma. Aujourd’hui, il doit présenter devant l’opinion tant nationale qu’internationale son « Plan de prévention et de gestion des catastrophes ».