Aime_Cesaire

FORT-DE-FRANCE (AFP) - Le poète martiniquais Aimé Césaire, 94 ans, chantre de la "négritude", est décédé jeudi matin au CHU de Fort-de-France (Martinique), où il était hospitalisé depuis le 9 avril.

La mort de l'homme de lettres, grande figure politique et morale des Antilles françaises, a été annoncée par une source gouvernementale à Paris, et par une source hospitalière à Fort-de-France, qui a précisé qu'il était décédé à 05H20, heure locale (11H20 à Paris).

Des obsèques nationales seront organisées à une date qui n'est pas encore fixée, a annoncé le cabinet de la ministre de l'Intérieur et de l'Outre-mer Michèle Alliot-Marie, précisant que la ministre serait présente.

Le président Nicolas Sarkozy a salué la mémoire du poète, "symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés" à travers son combat "pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines".

Les Martiniquais, qui vivaient depuis plusieurs jours dans l'attente d'une telle annonce, ont appris la nouvelle au petit matin. Depuis son hospitalisation, pour des affections "de nature cardiologique", à l'hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des rumeurs alarmistes circulaient tous les jours sur son état de santé, qualifié de "préoccupant" par ses médecins.

Selon des sources proches de la mairie de Fort-de-France, une veillée strictement privée sera organisée au domicile du défunt, dans le quartier Redoute, à Fort-de-France, et une veillée publique, un peu plus tard, par la Mairie.

Aimé Césaire fut, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, l'un des chantres du courant de la "Négritude".

L'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" avait consacré sa vie à la poésie et à la politique. Principale figure des Antilles françaises, il fut depuis les années 1930 de tous les combats contre le colonialisme et le racisme.

Maire de Fort-de-France pendant 56 ans, de 1945 à 2001, il avait fondé en 1957 le Parti progressiste martiniquais (PPM) qui revendique l'existence d'une communauté historique martiniquaise et veut jouer le jeu de la décentralisation. Il l'avait présidé jusqu'en 2005.

Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin dernier en Aimé Césaire le poète et "homme d'action", "porteur d'un message de paix, de tolérance et d'ouverture", à l'occasion du 94e anniversaire de l'écrivain, dans une lettre rendue publique par l'Elysée.

Après avoir refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, en signe de protestation contre la loi de février 2005 dont un article reconnaissait "le rôle positif de la présence française outre mer". Le poète avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'Intérieur, lui offrant son célèbre "Discours sur le colonialisme".

Aimé Césaire est l'auteur de pièces comme "La Tragédie du roi Christophe" (1963, sur la décolonisation) ou "Une saison au Congo" (1966, sur Patrice Lumumba). En poésie, il a signé "Les Armes miraculeuses", "Soleil cou coupé", "Corps perdu", "Ferrements" ou "Moi laminaire".

Il a aussi été essayiste et polémiste avec son "Discours sur le colonialisme", cri de révolte contre l'Occident, juché sur "le plus haut tas de cadavres de l'humanité" ou "Lettre à Maurice Thorez".