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La République démocratique du Congo est entrée dans la phase cruciale de sa reconstruction. Il s’agit de la mise en action de grands travaux sous l’étiquette des « 5 Chantiers ». En même temps de la reprise du programme d’ajustement avec les institutions de Bretton Woods. Deux démarches qui sont aujourd’hui conditionnées par l’Accord de prêt que la République démocratique du Congo a signé avec la Chine. Un accord qui bouscule les relations entre la RDC et ses partenaires classiques que l’on parle aujourd’hui de plus en plus des pressions sur la Chine pour qu’ elle ne mette pas la main à la poche.

Après le lancement des travaux de l’autoroute « Kasumbalesa-Lubumbashi », dans la province du Katanga, l’on s’attend à l’ouverture d’autres chantiers dans d’autres parties de la République. Raison pour laquelle, à en croire certains recoupements, une délégation congolaise a séjourné dernièrement en Chine pour examiner les possibilités de la procédure de décaissement. Les entretiens sont encore tenus secrets et on ignore la conclusion à laquelle sont parvenues les deux parties.

Seulement voilà. Cet accord de prêt entre la RDC et la Chine suscite de nombreuses agitations dans les milieux financiers occidentaux. Aussi, apprend-on que des pressions sont exercées actuellement sur la Chine pour qu’elle ne libère pas les fonds nécessaires au profit de la République démocratique du Congo. L’on propose à la Chine de s’imposer un temps d’observation pour évaluer l’évolution du processus politique en République démocratique du Congo pour entourer cet accord de plus de garantie. Les pressions sont tellement grandes que la délégation congolaise qui était sur place en Chine a mis plus de temps que prévu.

Dernièrement à Washington, aux assemblées générales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, l’on a assisté au même phénomène. Si l’on a reconnu les efforts déployés par la République démocratique du Congo en matière de finances publiques, efforts qui doivent être soutenus pour accéder au point d’achèvement, les responsables des institutions de Bretton Woods ont été précis dans leurs exigences. Ils tiennent à connaître le contenu des accords signés entre la République démocratique du Congo et la Chine. Ils brandissent les principes universels en matière de coopération et de prêts entre Etats au regard du taux conventionnel de remboursement. Pour eux, il est question de se rendre à l’évidence si la RDC et la Chine ont respecté ces principes et si ce prêt chinois ne va pas peser davantage sur la dette extérieure de la RDC. Dette en cours de négociation au niveau de la Banque mondiale et du FMI, ainsi que du Club de Paris pour obtenir son annulation d’au moins 9 milliards de dollars US. Selon des observateurs avertis, la Banque mondiale et le FMI conditionnent l’accès de la RDC aux facilités élargies par la transmission officielle des termes de cet accord-prêt non encore rendus publics par la RDC.

LES 5 CHANTIERS EN DIFFICULTE

Toutes ces pressions ne sont pas de nature à favoriser la reconstruction de la République démocratique du Congo le plus vite que possible. Si aujourd’hui la volonté du bloc occidental pourrait faire fléchir la Chine de ne pas mettre la main à la poche, incontestablement, les 5 chantiers du chef de l’Etat seront en difficulté. Ce qui pourrait avoir un impact négatif sérieux sur son mandat politique. Serait-ce là le but visé ? La question reste posée.

Toutefois, dans la dernière interview que le président de la République a accordée au journal Le Soir, il s’est attardé sur les contrats signés avec la Chine. Il reconnaît qu’il a déjà eu des discussions avec d’autres pays du bloc occidental et certains l’ont compris, notamment la Grande Bretagne. Il reconnaît aussi qu’au niveau des institutions de Bretton Woods, il y a eu un débat. « Mais la porte demeure ouverte, nous continuons à dialoguer avec ces institutions. Je crois que nous avons pris une bonne décision, et nous irons jusqu’au bout. La reconstruction de ce pays ne se fera pas qu’avec les Chinois. Elle se fera avec tout le monde, avec nos partenaires de bonne foi, et avant tout avec nous-mêmes », a dit le président Kabila.

Auparavant, le président Kabila avait souligné que le Congo a besoin de se développer, le plus vite possible. « Afrique du Sud, Angola, Congo-Brazzaville et tant d’autres pays ont déjà conclu des contrats avec la Chine et ces pays commencent à se développer à une vitesse incroyable. Je ne vois pas pourquoi on empêcherait la RDC d’entreprendre des initiatives pour aussi prendre à son tour son envol ».

Observation pertinente qui vaut son pesant d’or. Y a-t-il eu frustration ? La Chine serait-elle en train de marcher sur des plates –bandes des partenaires classiques ? Crime de lèse majesté ?...

COUPER L’HERBE SOUS LES PIEDS

Certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une autre « guerre » visant à déstabiliser la République démocratique du Congo. S’il advenait que la Chine se ravise, ce serait un coup dur pour le président Kabila : ses 5 chantiers ne seront qu’un slogan, une illusion faute de moyens financiers qui, pour le cas d’espèce, sont très importants. Or, par cet arrangement, la Chine a brandi le nécessaire avec ses milliards de dollars, et sa philosophie de coopération « gagnant-gagnant ». Les conséquences seront dramatiques et la RDC risque de replonger dans la spirale de l’incertitude, de l’’instabilité, de l’insécurité. Car, le bloc occidental, avec ses conditionnalités, ne déboursera jamais un milliard pour la reconstruction de la RDC.

Il revient à l’Etat congolais de faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour couper l’herbe sous les pieds de tous ses détracteurs. La stratégie consisterait à donner la preuve incontestable de plus de transparence, comme l’a dit lui-même le président Kabila. L’on éviterait à certaines mauvaises langues de parler d’opacité dans la gestion de ces contrats avec la Chine. Démontrer qu’il s’agit réellement d’une question qui engage toute la République démocratique du Congo bien que l’initiative ait été encouragée, voire inspirée par le président de la République.

Dans ce cas, les mêmes observateurs estiment que le moment est venu d’informer le Parlement des termes de ces contrats. Et ce, dans un souci de transparence, de rigueur et de bonne gouvernance.

Source:Le Potentiel/kinshasa