27 avril 2008
La Belgique change d’ambassadeur à Kinshasa
Ça bouge entre la Belgique et la RDC. Au plus fort de la polémique née des déclarations de Karel De Gucht sur la défaillance de l’Etat congolais, la Belgique déplace Dominique Struye de Swielande, en poste à Washington, pour remplacer l’ambassadeur Johan Swinnen à Kinshasa. La presse belge parle de la surprise du mouvement diplomatique annuel. Dominique Struye de Swielande vient-il jouer au sapeur-pompier ou aurait-il la mission de précipiter, pour reprendre les propos du quotidien flamand Het Belang Van Liinburg, la chute de Kabila qu’il traite d’orgueilleux, peut-être pour avoir rappelé aux Belges leurs promesses non tenues ?
Karel De Gucht, ministre belge des Affaires Etrangères, va bientôt approuver la nouvelle répartition des postes diplomatiques pour son pays. La presse belge qui se fait l’écho de la nouvelle note deux changements importants et stratégiques. La nomination de Dominique Struye de Swielande, jusque-là ambassadeur de Belgique à Washington, qui vient à Kinshasa en remplacement de Johan Swinnen qui est dépêché à Vienne en Autriche. L’autre poste le plus important à pourvoir était la Représentation permanente auprès de l’ONU à New York confié à Jan Grauls.
S’il n’y avait pas eu ce discours musclé de Karel de Gucht face au Président Joseph Kabila, la nomination serait, dans une certaine mesure, passée sous silence. Certes que les services de l’Ambassade du Royaume de Belgique à Kinshasa se seraient chargés de rédiger un communiqué que les médias congolais balanceraient sans se faire prier. La venue annoncée de Dominique Struye de Swielande intervient dans un contexte où les relations entre le Gouvernement de Belgique et celui de la RDC sont quelque peu tendues. Les déclarations des acteurs de cet énième couac diplomatique ne trompent pas. Quand bien même le Président Kabila et le Premier ministre belge Leterme, disent, en hommes d’Etat, qu’il n’y a pas eu d’incident. Karel de Gucht a maintenu, hier dimanche 27 avril 2008 à Bukavu, ses accusations sur la défaillance de l’Etat congolais, l’impunité et la corruption. C’est signe que la position du ministre belge des Affaires Etrangères est bien celle arrêtée par l’ensemble du Gouvernement de Belgique. Autrement dit, les ministres belges ont eu le temps de décider de la nouvelle politique. Leterme déclare devant le Parlement de son pays : ‘‘La façon dont les choses se déroulent là-bas (ndlr RDC) est préoccupante en matière de bonne administration, de l’organisation d’un Etat de droit et de lutte contre la corruption. Il y a trop peu d’avancées. Sans cela, ce pays ne se relèvera jamais’’.
Pourquoi fait-on des problèmes à Kabila ?
La question est sur toutes les lèvres à Kinshasa. De deux choses l’une, dit-on. Aucun Congolais, victime de la prédation, n’est prêt à tolérer les frasques du pouvoir. Mais que des Belges ou autres occidentaux qui ont, longtemps avec cynisme, fermé les yeux sur les pillages des ressources de la RDC ; on pense ici au Rapport du panel de l’ONU, aux fameux contrats léonins, et à tous les abus de tout genre, se soient levés tout d’un coup doit faire réfléchir. Depuis quand les marchands blancs sont-ils devenus sensibles à la misère des Congolais ? C’est peut-être depuis que les Belges se demandent s’il y a encore quelque chose à attendre du « Congo chinois ». Ici réside toute la cruelle ironie.
Dans une interview au journal belge Le Soir, Kabila estime que la Belgique ne lui pardonne pas d’avoir sollicité les milliards chinois pour construire 3000 Km de routes, des hôpitaux, des écoles, etc.
C’est l’enjeu du jeu.
Snel : cure de choc contre les délestages à Kinshasa
La haute direction de la Société Nationale d’Electricité (Snel) a décidé l’arrêt « volontaire », depuis mercredi, de la centrale de Zongo. C’est ce qui explique les fortes perturbations que l’on enregistre dans la partie Ouest de Kinshasa ( Cité Maman Mobutu, Cité Verte, Ozone, Gombe, Ngaliema).
Selon une source sûre contactée par Le Phare, la mise à l’arrêt momentanée de la centrale hydroélectrique de Zongo, pour une période d’environ 14 jours, s’inscrit dans l’optique de l’amélioration imminente de la desserte de la capitale en énergie électrique. En effet, ce temps mort va être mis à profit pour des travaux de réhabilitation d’un second groupe sur les cinq que compte cette centrale, laquelle fonctionnait jusque-là avec un seul groupe.
L’équipe d’ingénieurs et techniciens de la Snel s’activent donc à Zongo autour du « pivot » reconditionné récemment en Afrique du Sud et de ses annexes. Dans deux semaines, lorsque le premier et le second groupes de Zongo seraient mis en marche, cette centrale électrique serait en mesure de produire environ 30 mégawatts, ce qui représente le 1/3 du déficit d’Inga en énergie électrique à Kinshasa, lequel s’élève à 100 mégawatts. Pour couvrir les besoins de la capitale, il faut attendre la construction d’une deuxième ligne de conduite du courant entre Inga et Kinshasa, un projet déjà inscrit au budget d’investissement du gouvernement.
Mais, déjà avec 30 mégawatts attendus de Zongo, soutient notre source, la desserte de Kinshasa en électricité pourrait se normaliser dans deux semaines. Et le phénomène de « délestages » ferait moins de victimes.
S’agissant de la partie Est de la ville (Matete, Lemba, Ndjili, Masina, Kimbanseke), qui se trouve durement frappée par des délestages, cette situation est consécutive à une nouvelle panne qui s’est déclarée dans le transformateur de Liminga, à la sous-station de Limete, après sa réparation réussie par des techniciens de la Snel.
Cette société a pris contact avec les ministères des Travaux Publics et Infrastructures pour examiner la possibilité de transfert, à Limete, du transformateur de réserve en souffrance à Maluku. La difficulté se situe au niveau de son poids – 60 tonnes- lequel pose problème pour la traversée des ponts de Nsele, Mikonga et Ndjili. La Snel voudrait s’assurer si une telle opération peut s’effectuer sans dommages pour les ouvrages précités.
Il est enfin précisé les travaux de réparation entamés depuis mercredi à Zongo et tous les autres qui touchent au réseau électrique de Kinshasa sont financés sur fonds propres, en attendant des pourparlers avec des partenaires pour la réhabilitation des 5 groupes de Zongo.
5 Chantiers : pressions sur la Chine
La République démocratique du Congo est entrée dans la phase cruciale de sa reconstruction. Il s’agit de la mise en action de grands travaux sous l’étiquette des « 5 Chantiers ». En même temps de la reprise du programme d’ajustement avec les institutions de Bretton Woods. Deux démarches qui sont aujourd’hui conditionnées par l’Accord de prêt que la République démocratique du Congo a signé avec la Chine. Un accord qui bouscule les relations entre la RDC et ses partenaires classiques que l’on parle aujourd’hui de plus en plus des pressions sur la Chine pour qu’ elle ne mette pas la main à la poche.
Après le lancement des travaux de l’autoroute « Kasumbalesa-Lubumbashi », dans la province du Katanga, l’on s’attend à l’ouverture d’autres chantiers dans d’autres parties de la République. Raison pour laquelle, à en croire certains recoupements, une délégation congolaise a séjourné dernièrement en Chine pour examiner les possibilités de la procédure de décaissement. Les entretiens sont encore tenus secrets et on ignore la conclusion à laquelle sont parvenues les deux parties.
Seulement voilà. Cet accord de prêt entre la RDC et la Chine suscite de nombreuses agitations dans les milieux financiers occidentaux. Aussi, apprend-on que des pressions sont exercées actuellement sur la Chine pour qu’elle ne libère pas les fonds nécessaires au profit de la République démocratique du Congo. L’on propose à la Chine de s’imposer un temps d’observation pour évaluer l’évolution du processus politique en République démocratique du Congo pour entourer cet accord de plus de garantie. Les pressions sont tellement grandes que la délégation congolaise qui était sur place en Chine a mis plus de temps que prévu.
Dernièrement à Washington, aux assemblées générales de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, l’on a assisté au même phénomène. Si l’on a reconnu les efforts déployés par la République démocratique du Congo en matière de finances publiques, efforts qui doivent être soutenus pour accéder au point d’achèvement, les responsables des institutions de Bretton Woods ont été précis dans leurs exigences. Ils tiennent à connaître le contenu des accords signés entre la République démocratique du Congo et la Chine. Ils brandissent les principes universels en matière de coopération et de prêts entre Etats au regard du taux conventionnel de remboursement. Pour eux, il est question de se rendre à l’évidence si la RDC et la Chine ont respecté ces principes et si ce prêt chinois ne va pas peser davantage sur la dette extérieure de la RDC. Dette en cours de négociation au niveau de la Banque mondiale et du FMI, ainsi que du Club de Paris pour obtenir son annulation d’au moins 9 milliards de dollars US. Selon des observateurs avertis, la Banque mondiale et le FMI conditionnent l’accès de la RDC aux facilités élargies par la transmission officielle des termes de cet accord-prêt non encore rendus publics par la RDC.
LES 5 CHANTIERS EN DIFFICULTE
Toutes ces pressions ne sont pas de nature à favoriser la reconstruction de la République démocratique du Congo le plus vite que possible. Si aujourd’hui la volonté du bloc occidental pourrait faire fléchir la Chine de ne pas mettre la main à la poche, incontestablement, les 5 chantiers du chef de l’Etat seront en difficulté. Ce qui pourrait avoir un impact négatif sérieux sur son mandat politique. Serait-ce là le but visé ? La question reste posée.
Toutefois, dans la dernière interview que le président de la République a accordée au journal Le Soir, il s’est attardé sur les contrats signés avec la Chine. Il reconnaît qu’il a déjà eu des discussions avec d’autres pays du bloc occidental et certains l’ont compris, notamment la Grande Bretagne. Il reconnaît aussi qu’au niveau des institutions de Bretton Woods, il y a eu un débat. « Mais la porte demeure ouverte, nous continuons à dialoguer avec ces institutions. Je crois que nous avons pris une bonne décision, et nous irons jusqu’au bout. La reconstruction de ce pays ne se fera pas qu’avec les Chinois. Elle se fera avec tout le monde, avec nos partenaires de bonne foi, et avant tout avec nous-mêmes », a dit le président Kabila.
Auparavant, le président Kabila avait souligné que le Congo a besoin de se développer, le plus vite possible. « Afrique du Sud, Angola, Congo-Brazzaville et tant d’autres pays ont déjà conclu des contrats avec la Chine et ces pays commencent à se développer à une vitesse incroyable. Je ne vois pas pourquoi on empêcherait la RDC d’entreprendre des initiatives pour aussi prendre à son tour son envol ».
Observation pertinente qui vaut son pesant d’or. Y a-t-il eu frustration ? La Chine serait-elle en train de marcher sur des plates –bandes des partenaires classiques ? Crime de lèse majesté ?...
COUPER L’HERBE SOUS LES PIEDS
Certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une autre « guerre » visant à déstabiliser la République démocratique du Congo. S’il advenait que la Chine se ravise, ce serait un coup dur pour le président Kabila : ses 5 chantiers ne seront qu’un slogan, une illusion faute de moyens financiers qui, pour le cas d’espèce, sont très importants. Or, par cet arrangement, la Chine a brandi le nécessaire avec ses milliards de dollars, et sa philosophie de coopération « gagnant-gagnant ». Les conséquences seront dramatiques et la RDC risque de replonger dans la spirale de l’incertitude, de l’’instabilité, de l’insécurité. Car, le bloc occidental, avec ses conditionnalités, ne déboursera jamais un milliard pour la reconstruction de la RDC.
Il revient à l’Etat congolais de faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour couper l’herbe sous les pieds de tous ses détracteurs. La stratégie consisterait à donner la preuve incontestable de plus de transparence, comme l’a dit lui-même le président Kabila. L’on éviterait à certaines mauvaises langues de parler d’opacité dans la gestion de ces contrats avec la Chine. Démontrer qu’il s’agit réellement d’une question qui engage toute la République démocratique du Congo bien que l’initiative ait été encouragée, voire inspirée par le président de la République.
Dans ce cas, les mêmes observateurs estiment que le moment est venu d’informer le Parlement des termes de ces contrats. Et ce, dans un souci de transparence, de rigueur et de bonne gouvernance.
Source:Le Potentiel/kinshasa
Les Congolais ne voient pas la paix se concrétiser en RDC
Trois mois après la conclusion d'un accord de paix dans l'est de la République démocratique du Congo, des groupes armés continuent de tuer et de violer des civils et de recruter des enfants, et les affrontements opposant l'armée à des rebelles rwandais chassent des milliers de personnes de leur domicile.
Les organisations humanitaires ont exhorté la communauté internationale, qui a appuyé l'accord de paix du 23 janvier à Goma, à prendre des mesures d'urgence afin que cet accord se traduise dans les faits par une véritable sécurité pour les civils de la région.
Elles soulignent que depuis la signature de l'accord entre le gouvernement du président Joseph Kabila, les rebelles et les milices, les civils des provinces du Nord et du Sud-Kivu continuent d'endurer de terribles souffrances.
Malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur, des dizaines de personnes ont été tuées, des centaines de femmes et de jeunes filles ont été violées et des enfants sont recrutés comme combattants. La malnutrition, le choléra et le paludisme font des ravages.
"Rien n'a changé (...) Il n'y a eu aucun progrès en matière de droits de l'homme et de situation humanitaire. Il faut que ce soit davantage que des mots sur le papier", a déclaré à Reuters Anneke Van Woudenberg, chercheuse à Human Rights Watch.
Les violences au Nord et Sud-Kivu sont une subsistance de la guerre de 1998-2003 et de la catastrophe humanitaire qui en a découlé et qui a fait quelque 5,4 millions de morts, victimes pour la plupart de malnutrition et de maladie.
Les frontières est de la RDC, dans la région des grands lacs, constituent une poudrière où les tensions ethniques restent vives après le génocide de 1994 au Rwanda, qui a contribué à déclencher la guerre de 1998-2003 en RDC.
Le principal objectif de l'accord de Goma était de garantir la paix aux populations du Kivu et de permettre à plus de un million de personnes déplacées de regagner leurs foyers.
Mais ces derniers jours, des combats ont éclaté entre l'armée congolaise et des rebelles hutus des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) qui n'ont pas signé l'accord de paix et maintiennent d'importants effectifs dans l'est du Congo.
NOUVEAUX AFFRONTEMENTS
Les récents affrontements ont chassé au moins 16.000 personnes de chez elles et forcé deux agences des Nations unies à suspendre leurs opérations de secours ainsi que les distributions de vivres.
Loin d'assister à une réduction du nombre de réfugiés depuis le 23 janvier, les Nations unies estiment que 75.000 personnes supplémentaires ont été déplacées par les violences dans les deux provinces du Kivu.
"C'est vrai. Il y a eu beaucoup de violences dernièrement, mais nous en finirons bientôt avec cela", a déclaré le général Vainqueur Mayala, commandant militaire du Nord-Kivu.
Il a expliqué que les affrontements résultaient du déploiement de l'armée près de bastions des FDLR avant une offensive décisive.
Mais des ONG redoutent qu'une grande offensive gouvernementale contre les FDLR entraîne des représailles contre les civils, provoquant une nouvelle vague de réfugiés.
L'un des signataires de l'accord de Goma était le général rebelle Laurent Nkunda, qui a dirigé pendant quatre ans une insurrection pour défendre la minorité tutsie dont l'existence est selon lui menacée par les Hutus rwandais des FDLR, leur ennemi juré.
Les FDLR sont composées pour partie d'anciens militaires hutus rwandais et de miliciens Interahamwe, responsables du massacre de 800.000 Tutsis et Hutus modérés rwandais en 1994.
Un mois avant la signature de l'accord de Goma, les 4.000 hommes de Nkunda avaient réussi à repousser une offensive de plus de 20.000 soldats gouvernementaux bénéficiant d'un appui logistique de l'Onu.
Les observateurs notent que les FDLR constituent une force bien plus importante, profondément retranchée au sein de la population locale des deux Kivu.
Des diplomates rappellent qu'il a fallu trois ans pour pacifier la province d'Ituri, autre région troublée dans le nord-est du Congo, où un conflit ethnique a fait plus de 70.000 morts.
"Ce processus (dans les provinces du Kivu) va être long et complexe (...) Il implique davantage d'acteurs (qu'en Ituri), de sorte qu'il faut s'attendre à des défis", a déclaré un diplomate occidental.
Source : l'express/fr



