Assembl_e_nationale

Le rendez-vous d’hier lundi à l’Assemblée nationale n’a pas tenu ses promesses. La plénière s’est terminée en queue de poisson, les députés de l’Opposition ayant quitté la salle, boycottant ainsi la séance. Pourquoi ? Ont-ils raison ou tort ? Qu’est-ce qui les a fâchés ? Les propos du ministre Lumbi étaient-ils injurieux ? L’Opposition n’a-t-elle pas joué le jeu de la majorité pour faire légitimer le « Dossier contrats - chinois » ? Autant d‘interrogations qui trouveront certainement des réponses ce mardi.

Coup de théâtre hier lundi à l’Assemblée nationale. En effet, la séance plénière d’hier lundi a été consacrée à l’audition de la réponse de Pierre Lumbi, ministre des Travaux publics et des Infrastructures. Il devrait répondre aux questions et préoccupations soulevées par les députés, tant de l’Opposition que de la majorité, sur la nature et les termes des contrats signés entre le gouvernement congolais et les entreprises chinoises.

Au total 48 questions portant sur la nature de ces contrats, la hauteur des montants y afférents, les conditions de cession des concessions minières, l’impact sur la dette, les modalités de remboursement, etc. La plupart des députés de l’Opposition avaient qualifié ces contrats de léonins et exigé qu’ils soient renégociés pour ne pas hypothéquer ou brader les richesses ou patrimoine national.

D’autres par contre avaient souligné l’importance de ces contrats qui pourraient procurer de l’emploi aux Congolais, relancer les grandes industries et surtout permettre la création des infrastructures. Ils ont relevé qu’il s‘agit là d’une opportunité à ne pas rater et que s’il y a des incohérences, comme par principe il n’existe pas de « bons contrats », il revient au gouvernement de corriger les imperfections au fur et à mesure.

Ceci dit, la réponse du ministre Lumbi était très attendue pour rassurer les uns et les autres. Et puisqu’il s’agit d’une affaire à caractère national, permettre à la population d’apprécier aussi les réponses.

Malheureusement, tous les observateurs sont restés sur leur soif. La plénière n’arrivera pas à terme, les députés de l’Opposition ayant décidé de quitter brusquement la salle. C’était juste au moment où le ministre venait de prendre la parole pour situer le contexte de la signature de ces contrats - chinois. Pas du tout satisfaits, certainement, de premiers éléments de réponse, les députés de l’Opposition ont vidé la salle. Seuls quelques-uns d’entre eux, un nombre insignifiant, sont demeurés dans la salle avec leurs collègues de la majorité.

Après plusieurs interventions pour savoir si oui ou non fallait-il poursuivre la séance, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a jugé sage de suspendre la séance afin de contacter, au préalable, l’Opposition. Question de connaître les motivations profondes de leur retrait. Aujourd’hui mardi, la plénière reprendra avec ou sans opposition.

QUI A TORT, QUI A RAISON ?

Evidemment, en des circonstances pareilles, la question est celle de savoir pourquoi ce geste ou cette décision de quitter la salle. A première vue, il n’y a rien d’extraordinaire, la pratique étant courante dans tous les hémicycles du monde. Elle est même démocratique et personne ne peut condamner l’Opposition.

Mais seulement voilà. Il faut toujours chercher à connaître la raison principale. On reprocherait au ministre d’avoir usé d’un ton désobligeant. Il martelait ses propos, comme pour dire aux autres de deviner la suite des événements. C’est ainsi qu’au moment où l’Opposition le chahutait, le ministre haussait la voix pour « dominer » tous ces bruits, plongeant ainsi la salle dans un chahut indescriptible.

Certaines personnes relèvent que le ministre aurait dû se tourner vers le président de l’Assemblée nationale pour solliciter son intervention afin que le calme revienne afin qu’on le laissât poursuivre son exposé, d’accord ou pas d’accord avec ses réponses. Ce qu’il n’a pas fait.

Or, cette observation bien que pertinente, peut être battue en brèche s’il est prouvé que telle est la nature du ministre. Surtout que l’on reconnaît dans ses propos rien d’injurieux. En plus, il a reconnu la pertinente des questions soulevées.

Une fois sortie de la salle, l’Opposition s’est exprimée devant la presse. Elle justifie son geste par cette manifestation de désapprobation devant les premiers éléments, non convaincants, de réponse du ministre des Travaux publics et Infrastructures. Ensuite, l’Opposition refuse de « cautionner » un marché de dupes. En quittant la salle, elle préfère laisser la majorité assumer « sa supercherie » (le terme est de l’Opposition), jusqu’au bout. C’est ainsi que prenant la parole à cette occasion, le député François Muamba du MLC a réitéré les propos contenus de son intervention en affirmant que l’Opposition est pour les 5 chantiers ; ne dénonce pas l’accord-chinois, mais exige sa « renégociation ».

LA LEGITIMITE DU CONTRAT

Quelle est la finalité de cet exercice à l’Assemblée nationale ? Il est un fait que depuis la signature de ce contrat, l’eau a coulé en grande quantité sous le pont. Si le gouvernement a pris l’initiative d’informer les parlementaires des termes de ces contrats, la démarche vise à les légitimer, après débat et considérations. C’est à ce résultat que doivent aboutir toutes les interventions au niveau de l’Assemblée nationale.

Mais aujourd’hui que l’Opposition a quitté la salle, qu’est-ce qui va changer ? Apparemment rien. Avec ou sans l’Opposition, la majorité est toujours assurée de l’emporter.

Cela ne veut nullement dire que c’est un débat sans objet. Non. Ce que d’autres observateurs souhaitent, c’est de voir la même Opposition adopter la même attitude que celle affichée lors de l’examen du projet de Budget 2008. Bien que contre ce budget, les députés de l’Opposition sont demeurés dans la salle jusqu’ au bout, et au moment du vote, ils ont émis un vote négatif pour manifester leur désapprobation.

Pourquoi n’ont-ils pas affiché le même comportement ? C’est toute la question qui ajoute un plus à la confusion d’hier. Car, on ne peut s’empêcher de leur faire remarquer qu’ils viennent de jouer le jeu de la majorité pour que ces contrats soient légitimés. Avec cette politique de la chaise vide.

Déroulement de la plénière

Vital Kamerhe joue au sapeur-pompier

Pour une plénière de tous les enjeux à l’Assemblée nationale hier lundi 12 mai, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a affiché une attitude responsable. Il n’a pas cédé aux pressions des députés de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) qui ont voulu l’amener dans la direction de l’exclusion. Il a voulu donner la chance aux députés de l’Opposition de se faire entendre. Ce qui frise une attitude de réconciliation et de cohésion. Quand bien les députés de l’AMP seraient déjà convaincus de la justesse du contrat chinois, il a fallu de la même manière convaincre les députés de l’Opposition à soutenir le contrat dont question. Il est président de tous les députés et non d’une famille politique. Il tient à relever le défi selon lequel l’Assemblée nationale est le creuset de la démocratie. C’était une plénière explosive et pleine d’intolérance au cours de laquelle il a fallu que la sagesse et l’intelligence de Vital Kamerhe soient mises au profit pour décanter la situation. La confusion était totale. Une séance plénière émaillée d’échauffourées. Les députés n’ont pas hésité à se tirer à boulets rouges.

Tout a commencé avec l’entrée du gouvernement dans la salle des Congrès du Palais du peuple. Les députés de la majorité ont applaudi chaleureusement les membres de leur famille politique. On dirait qu’on était dans un match de football où il y avait des fanatiques d’un côté et des spectateurs de l’autre. Comme la plénière d’hier lundi 12 mai portait essentiellement sur les réponses du ministre des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction (ITPR) aux préoccupations des députés formulées lors du débat sur le contrat signé entre le groupement des entreprises chinoises et la RDC, les députés de l’Opposition attendaient des réponses directes à leurs questions.

PIERRE LUMBI : « LA CHINE ET LA RDC SE SONT CONCERTES »

Invité à prendre la parole, le ministre des ITPR, Pierre Lumbi, a commencé par prendre acte de toutes les propositions et suggestions des élus du peuple qui défendent l’intérêt général du pays. Il a indiqué que le montage d’un projet d’une telle ampleur ne peut pas se faire sans la volonté politique de deux gouvernements. Le ministre a affirmé que la RDC et la Chine se sont concertées au préalable. Et cette volonté s’est matérialisée par de nombreuses rencontres et séances de travail que les Congolais ont eu avec des autorités chinoises à Kinshasa. Il est donc clair que ce montage technico-financier est juridique et mérite un soutien.

Pendant que le ministre des ITPR introduisait sa communication, les députés de l’opposition ont chahuté, riposté, ils n’ont pas toléré les réponses du ministre. Il y a eu une sorte d’échange entre les bruits qui provenaient du camp de l’opposition contre les réponses du ministre. Au lieu d’en référer à l’autorité du président de l’Assemblée nationale qui avait la police de débat, le ministre Pierre Lumbi a voulu engager une sorte de polémique avec les députés de la minorité jusqu’à déclarer que si la RDC n’a pas signé directement le contrat avec la Chine s’était pour éviter que la dette extérieure ne s’alourdisse. A ces mots, tous les députés membres de l’Opposition ont vidé la salle des Congrès sur fond d’une déception totale et poussant des cris de protestation. Ils estiment que le pays est trahi.

FRANÇOIS MUAMBA : IL FAUT RENEGOCIER LE CONTRAT

Arrivés dans le hall du Palais du peuple, François Muamba, Kiakwama kia Kiziki respectivement secrétaire général, président du groupe parlementaire MLC et président du groupe parlementaire des chrétiens démocrates indépendants se sont confiés à la presse. D’après François Muamba, oui aux cinq chantiers, oui au contrat avec la Chine mais pas dans la formulation actuelle. Il exige qu’on se retrouve autour d’une table pour la renégociation. « Nous rentrerons dans la salle des Congrès que lorsque ceux de la majorité auront adopté le fameux contrat de telle manière qu’ils pourront s’assumer. Le Gouvernement vient de nous dire que rien ne sera changé. Jamais l’opposition viendra brader le patrimoine du pays », a-t-il prévenu.

Dans sa déclaration, Kiakwama kia Kiziki a déploré la manière dont le ministre s’est adressé aux députés. « Nous protestons de la manière la plus vigoureuse de voir qu’on ne respecte pas la députation nationale au point de vouloir brader les richesses du pays. Comme la majorité estime qu’elle peut seule gérer le pays, voilà pourquoi nous l’avons laissé dans la salle jusqu’à ce qu’ils aient fini de traiter avec les Chinois, nous ne rentrons pas dans la salle. On veut nous entraîner dans une supercherie. C’est un guet-apens tendu », a-t-il martelé.

Pour Delly Sesenga, il s’agit tout simplement d’une compromission historique. « Nous ne pouvons pas rester dans la salle pour cautionner le bradage du patrimoine de l’Etat. On dirait que ce qui prime dans cette salle des Congrès, c’est le rapport de force. On doit apprendre à respecter les députés nationaux », a-t-il dénoncé.

AUBAIN MINAKU : « IL FALLAIT D’ABORD ECOUTER PIERRE LUMBI »

Parmi les députés qui sont restés dans la salle des Congrès pour la poursuite des travaux, le premier à prendre la parole, le député Nsinga Udjuu. Il joue au sapeur-pompier. Il propose au bureau de l’Assemblée nationale de suspendre la séance afin d’avoir le temps d’entendre les députés de l’Opposition qui ont quitté la salle. Il a été soutenu dans sa démarche par le vice-président du RCD, Me Matadi Nenga et Idambituo.

Réagissant à la motion de son prédécesseur, Nkulu Mwenze a estimé que la plénière pouvait continuer. Il n’y avait pas de raison de suspendre les travaux. Il sera appuyé par Me Boris qui, cette fois, a rompu avec le silence pour défendre l’image de l’AMP. Voire Aubain Minaku qui a fait une analyse très acerbe par rapport aux faits. A en croire Aubain Minaku, le ministre a usé d'un ton et des gestes qui ne pouvaient pas favorisé un climat de paix. D’autre part, ses compères de l’Opposition n’étaient pas tolérants pour donner au ministre l’occasion de répondre aux questions qui lui ont été posées. On dirait que c’était préméditer d’agir ainsi. Et pourtant la démocratie c’est aussi la tolérance. Donc, de part et d’autre, il y a eu faille, a-t-il souligné. « Lorsque les membres de l’Opposition ont formulé des critiques à l’endroit du ministre, ils l’ont fait parfois en des termes très durs mais l’homme d’Etat les a suivis attentivement. Pourquoi ne pas en faire de même au cours de la réplique du ministre ? », a-t-il stigmatisé.

Devant cette difficulté, Alexis Thambwe Mwamba est intervenu pour proposer au bureau de l’Assemblée nationale une voie de sortie. C’est-à-dire suspendre la séance pour 30 ou 40 minutes juste le temps de contacter ceux qui sont partis et de les convier à regagner la salle des Congrès. C’était sans succès.

Ainsi, Vital Kamerhe qui était entre le marteau et l’enclume a ordonné que la séance soit suspendue pour qu’elle reprenne aujourd’hui.