prjpierre_Bemba

A partir des chiffres indiscutables, «le Soft International» est en mesure de dire aujourd’hui comment le pays a voté lors de la Présidentielle, au 1er tour et 2ème tours, quelle circonscription électorale a apporté à qui, quel directeur de campagne de quel candidat, a fait quel résultat? De là, «le Soft» veut tirer des enseignements quant à l’évolution politique proche du pays.

Pour disposer de ces chiffres, notre journal n’a pas inventé l’eau chaude. Il a fait son métier, rien que son métier: interroger, investiguer, plonger dans les archives enfouies de la CEI, la Commission Electorale Indépendante - la même. «Le Soft International» est à ce jour le seul à s’être lancé dans cet exercice dont l’intérêt scientifique et politique est évident. Ce faisant, il recadre la perspective d’un débat qui s’annonce âpre. Exclusivement «le Soft International».

Si Gizenga (le Premier ministre et, constitutionnellement, tout son Cabinet) a désormais définitivement vécu et que la fin pourrait, selon toutes les sources jointes par «le Soft International» ces dernières 48 heures, être annoncée désormais any time, la compétition au positionnement est âpre. A partir des chiffres indiscutables, «le Soft International» est en mesure de montrer aujourd’hui quelle circonscription électorale a apporté à qui, et, par ricochet, quel directeur de campagne de quel candidat, a fait quel résultat?

Et - pour faire moins polémique et dire froidement, comment la R-dC a voté à la Présidentielle, au 1er tour et au 2ème tour? Cela permet de clarifier le débat sur la manipulation des chiffres. De là, «le Soft International» peut tirer des enseignements quant à l’évolution politique proche du pays. Pour disposer de ces chiffres, notre journal n’a pas inventé l’eau chaude. Il a fait son métier, rien que son métier: interroger, investiguer, plonger dans les archives enfouies de la CEI - la même. «Le Soft International» est à ce jour le seul à s’être lancé dans cet exercice. Exclusivement «le Soft International». Bien sûr.

RIEN NE BOUGERA.
On le savait: Joseph Kabila Kabange est l’élu massif de l’est du pays. Cela est imparable. Et fait la force bien comprise des provinces de l’Est (Kivu-Maniema, Katanga, province Orientale) dans les discussions d’après victoire. A chacun ce à quoi il a droit. Et ce qui lui revient de droit.

Tenez: Goma a donné à Jean-Pierre Bemba Gombo 368 votes au 1er tour. Le candidat de l’Union pour la Nation (UN) a fait mieux au 2ème tour: 4.040. Mais Kabila, en même temps, dans la même ville, a lourdement pesé: des 126.579 votes favorables au 1er tour, il était à 134.846 votes au 2ème tour. Il a ainsi mis littéralement K.O le candidat de l’opposition.

A Beni, JPBG est passé des 2.312 votes au 1er tour à 17.903 au 2ème améliorant certes son score. Mais, là aussi, le candidat de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) a cogné fort: il passait des 235.033 à 340.009. A Rutshuru, même humiliation pour le candidat de l’UN: 792 au 1er tour et 5.824 au 2ème tour. Même raz-de-marée pour JKK qui passait des 256.526 à 283.173.

Dans le Sud-Kivu, phénomène identique: à Kalehe, JPBG n’avait fait que 194 votes au 1er tour et 2.605 au 2ème tour quand JKK passait des 164.703 au 1er tour aux 168.146 votes au 2ème. Certes, le Chef de l’Etat entre les deux tours perdait des voix à Bukavu, ville grognon, mais restait juché trop loin devant son adversaire UN. Qui recueillait 944 votes au 1er tour et 3.577 au 2ème tour, alors que le candidat de l’Amp réalisait du 199.912 au 1er tour et 194.466 au 2ème tour (environ 5.000 bulletins perdus). Ville réserve électorale pour l’Amp, Bukavu reste à surveiller...

Au Katanga, JPBG faisait au 1er tour 50 votes à Manono, 50 votes à Kalemie. Au 2ème tour, il en perdait à Manono (30 votes) et remontait à Kalemie (1.404). Mais le candidat de l’Amp passait des 91.218 à 125.126 dans la première et des 91.218 à 116.103 dans la deuxième ville.

Si à Lubumbashi, JPBG faisait un score honorable (39.891 au 1er tour à 97.609 au 2ème tour), Joseph Kabila Kabange faisait 293.411 au 1er tour tout en perdant des voix au 2ème tour (287.131).

A l’ouest, au Bas-Congo où l’Amp a pourtant lourdement investi, le candidat de l’Amp n’a gagné aucune circonscription: ni à Boma (35.245/13.008), ni à Moanda (25.033/13.403), ni à Mbanza-Ngungu (76.466/32.586), ni à Kimvula (11.919/2.955), ni à Matadi (84.194/13.996). Les résultats ont été effroyables. Sauf surgissement d’un événement de type extraterrestre, dans cette province où l’opposition a investi dans les familles traditionnelles régnantes et où les esprits bougent peu, pas sûr que cela puisse évoluer au cours des prochains mois, ni des prochaines années...

DES AMP NICHES.
En province de l’Equateur, bastion biologique de JPBG par excellence, le candidat de l’Amp n’avait rien à espérer, et, logique, n’a rien obtenu: Mbandaka (72.935/5.497), Yakoma (71.250/5.176), Bomongo (34.507/2.991), Ingende (51.507/2.991), Boende (66.588/1.524), Befale (28.769/1.576), Monkoto (17.818/1.061), Gbado-Lite, l’ancien fief des Mobutu (24.253/3.838), Mobayi-Mbongo, l’autre ancien fief des Mobutu (25.306/3.697), Bikoro (63.945/1.609), Lukolela (44.882/716), Mankanza (29.349/843), Kungu (200.225/587), etc. Ici aussi, le phénomène Mobutu étant ancré dans les esprits («nous avons eu le pouvoir - nous avons dominé ce pays pendant des décennies-, nous l’avons perdu, nous devons le reconquérir, advienne que pourra»), il est improbable que les rapports de force changent au bénéfice de JKK au cours des prochains mois, ou des prochaines années...

Plus grave: alors que l’Amp avait, entre les deux tours déversé encore plus d’argent dans la province, dans nombre de circonscriptions, les résultats du 2ème tour ont montré un incroyable recul des positions. C’est le cas de Kungu où JKK passait de 1.227 votes au 1er tour à 587 au 2ème alors que JPBG passait de 96.602 à 200.225. Ce n’est pas le seul exemple: à Libenge, JKK avait 1.047 votes au 1er tour; il n’avait que 644 votes au second.

Ailleurs, à l’Equateur, au deuxième tour, JKK n’était guère logé à la meilleure enseigne. Bien au contraire, les résultats ont été une catastrophe. Gemena (347.774/5.405), Budjala (173.35/2.367), Basankusu (51.926/1.840), Zongo (35.371/1.147), Lisala (128.434/1.541). Et le KO se poursuit imperturbablement.

Dans le Bandundu, les accords d’entre-les-deux-tours avec le PALU n’ont pas donné du résultat. Le candidat de l’Amp a perdu la métropole de la province, la ville de Kikwit (48.356/29.020), pourtant bastion du parti partenaire du vieux patriarche. Il a perdu Bagata (26.177/4.334), il n’a pas fait mieux à Oshwe (26.177/4.334). Pas plus à Bandundu Ville (ex-Baningville) (28.980/2.041), ville Bangala par excellence dans le Bandundu, ni à Bolobo (18.566/5.583), Kwamouth (8.367/1.444), Mushie (12.388/2.124), Kasongo-Lunda (75.164/9.048), Kenge (51.244/31.201), Popokabaka (30.625/3.302), Inongo (60.836/5.458), Kiri (35.740/2.907), Kutu (100.659/3.220). Même la cité d’Idiofa, fief de Gizenga mais reconquise par le MLC Ndom Nda Ombel pour le compte de son mentor JBBG, a succombé à la séduction du candidat de l’UN (110.681/98.385).

Dans le Bandundu, seule la circonscription de Yumbi a de justesse sauvé l’honneur: 12.388 pour JPBG contre 17.458 pour JKK. Mais surtout Gungu (18.316/98.435). Et Bulungu 77.283 pour JPBG contre 98.525 pour JKK. Et Masi-Manimba (55.160 pour JPBG contre 70.255 pour JKK), un gain de 68.151 de voix du 1er au 2ème tour, une différence de plus de 15.000 bulletins de vote en faveur du candidat de l’Amp. Au 1er tour, Masi-Manimba et Bulungu avaient offert à JKK respectivement 1.367 votes et 2.104. Bulungu, Masi-Manimba, Gungu, restent à l’Ouest les trois territoires niches de l’Amp, sauf que Gungu est principalement le sanctuaire du PALU alors qu’Idiofa est carrément passé dans l’escarcelle du MLC grâce à un transfuge PALU, l’ancien ministre MLC Constant Nda Ombel qui ceinture son aire.

Ces résultats du Bandundu-Kwilu pour Joseph Kabila Kabange doivent être ajoutés à ceux réalisés au 2ème tour à Kinshasa où certes, JPBG l’a largement remporté sur le candidat de l’Amp mais n’a pas achevé l’Amp. Bien au contraire, l’honneur a été sauf. Grâce principalement à la position dominante de la diaspora bandundu-kwiloise dans la Capitale.

Une action mieux pensée, plus réfléchie dans la Tshangu (communes et quartiers de l’est de la Capitale, Masina, N’Djili, Kingasani-Kimbanseke, etc) et dans le Mont Amba (Lemba, Ngaba, Makala, Livulu, etc.) pourrait modifier la donne. Plus que jamais, l’Amp doit miser sur des personnalités relève.

Enseignements à tirer? Le clivage est/ouest est imparable et comme définitivement plombé dans le pays. Tout au moins aussi longtemps que l’opposition saura mieux communiquer que la majorité Amp et dominera le débat politique parlementaire. On l’a vu encore cette semaine lors des dernières séances à la Chambre (dossier contrats chinois et affaire Snél-MagEnergy dans laquelle l’A-dg Bernadette Tokwaulu Aena, en tirant, dans tous les sens, comme Django du petit cinéma, a apporté de l’eau au moulin de l’opposition convaincue de l’incurie du pouvoir et de son incapacité à conduire à terme son mandat.

Rien d’autre sinon ce clivage expliquerait le rejet massif de l’Amp dans le Bas-Congo, où l’Alliance de la majorité présidentielle s’était lourdement investie et a dépensé sans compter. Abdoulaye Yérodia Ndombasi, le quasi directeur national de campagne du candidat de l’Amp, figure emblématique des Kabila, est originaire du Bas-Congo.

IL EST MINUIT PASSÉ.
Malgré ses déplacements et discours, le vétéran n’a su éviter l’injuste opprobre. Dans le pays, peu d’Eglises comme l’Eglise kimbanguiste qui ont autant reçu de l’Amp. Sans compter les Kasa-Vubu qui ont vu un mausolée être érigé en mémoire du premier président du pays, Joseph Kasavubu.

A l’Equateur, l’Amp était certes partie, le moral en moins. Mais l’Alliance y avait mis le paquet. A quoi aura servi celui-ci? Certainement à remplir les bancs de certains partis politiques membres sur papier de l’Amp, fiers de leur identité, qui usent du discours équivoque, sinon double. Ainsi, des candidats authentiques du PPRD, tel Camille Kosi’Asaka, ont été vaincus notamment au Sénat par des gens supposés être des partenaires et avec des fonds dont on peut supposer l’origine.

Cela veut dire ce que cela veut dire.

En attendant, le retour inéluctable de Jean-Pierre Bemba Gombo dans la Capitale ne pourrait qu’exacerber ces dégâts collatéraux.

Jour après jour, le débat politique entrant en ligne de compte et renforçant les peurs d’anéantissement ou les convictions des uns et des autres, la perspective d’un clivage politique s’aggravant dans le pays paraît réel. L’évolution de la situation au Sénat où ne siègent que des hommes ayant disposé d’un substantiel portefeuille mais qui, à la suite de leur récent passé, furent battus aux élections directes, peut légitimement inquiéter l’alliance au pouvoir qui y disposait d’une majorité théorique.

S’il n’est pas minuit, il est certainement minuit moins cinq en R-dC. Mais JKK est loin d’être dupe. S’adressant un jour à un petit comité des fidèles, il eût cette phrase subliminale: «notre pire ennemi, c’est le temps». Cela veut dire ce que cela veut dire.

Source: le soft/Kinshasa