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Un titre provocateur ? Non, c’est le résultat d’un constat impitoyable. Paradoxe : bien que les observateurs n’aient, objectivement, aucune raison de méconnaître le dynamisme, fort perceptible, de deux chambres du Parlement congolais, ils redoutent, cependant, l’inefficacité des résolutions et autres recommandations annoncées du haut de la tribune du Palais du peuple. Car le gouvernement, qui devait les exécuter, fait semblant d’avoir d’autres chats à fouetter tandis que le Parlement, paralysé par l’antagonisme Majorité-Opposition, hésite à user de ses prérogatives constitutionnelles pour le sanctionner.

Faut-il, exclusivement, tirer à boulets rouges sur le gouvernement pour «immobilisme et gestion hasardeuse» de la res publica ? Députés et sénateurs ont-ils toujours raison de faire des leçons à l’Exécutif pour ses insuffisances avérées dans la non satisfaction des besoins vitaux des citoyens ?

La tentation est grande, pour le commun des mortels, de focaliser la critique sur le gouvernement, dont la noble mission est de justement réaliser le bonheur du peuple congolais grâce aux ressources mobilisées localement, d’une part, et aux apports fournis par des partenaires, d’autre part. L’expérience recommande, pourtant, d’examiner cette problématique avec un certain recul.

Certes, les débats tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, tels que retransmis régulièrement et intégralement par la radiodiffusion télévision publique, sont de très bonne facture. Ils permettent, reconnaissons-le, de comprendre les enjeux de l’heure. Ils renforcent même la dynamique de la jeune démocratie en RDC. Malgré leur pertinence, teintée parfois de rudesse ou de courtisanerie, ces débats enrichissent opportunément les acquits démocratiques du peuple. Ce qui est positif.

LE LAXISME DES PARLEMENTAIRES

Bel exemple : des questions orales posées aux ministres ou aux mandataires publics pour éclairer la religion des élus du peuple constituent, à n’en point douter, un moyen par excellence de suivre en temps réel la gestion de l’Etat et de son patrimoine.

Qu’il s’agisse, notamment, de la spoliation des immeubles et terrains publics ou de l’insécurité dans certaines régions ; qu’il s’agisse de l’anarchie dans les transports aériens ou de la problématique du contrat sino-congolais, les parlementaires sont sur tous les fronts. Ils interpellent le gouvernement. Ils lui suggèrent des solutions, sous forme de résolutions et de recommandations. Le problème – car c’en est un – est que ces belles suggestions ne sont suivies d’aucun effet. Ou, à tout le moins, elles sont accompagnées d’une action on ne peut plus timide, sans impact.

En retour, pour se dédouaner face à leurs électeurs, députés et sénateurs se répandent dans des jérémiades. Une rhétorique qui dénonce à tout bout de champ «l’immobilisme» du gouvernement. Par cette manœuvre, les élus tentent de tirer la couverture de leur côté. Afin d’imputer aux ministres toutes les forfaitures. A voir les choses de près, les députés et les sénateurs méritent d’être placés dans le même sac que les membres du gouvernement. Parce que patent est leur laxisme dans le non suivi de l’exécution des recommandations émises par leurs chambres respectives. De cette manière, ils ne pourraient en aucune façon se dérober de leurs obligations constitutionnelles.

Rappelons que la Constitution confie au Parlement le pouvoir d’interpeller le gouvernement sur sa gestion du pays ; de le sanctionner, notamment en lui retirant sa confiance dès lors qu’il ne prend pas en compte les préoccupations du peuple. Cet arsenal juridique, convenons-en, est un puissant moyen de mettre au pas l’Exécutif. Est-ce que le Législatif s’en sert ? Pas encore.

LE DILEMME DE LA MAJORITE

Dans ces conditions, il serait hors de question que le Parlement se plaigne des pesanteurs observées dans le fonctionnement du gouvernement. Tout ce qu’il a de mieux à faire, c’est d’agir conformément à la Constitution. Certes, appartenir à la Majorité qui gouverne place les élus dans un dilemme cornélien. Mais, pour peu qu’il ait la conscience d’œuvrer pour le bonheur de ses électeurs, donc du peuple, le député ou le sénateur de la Majorité peut et doit se démarquer du suivisme politique et, en conséquence, poser ses actes en âme et conscience. En toute responsabilité. Assuré de rendre compte un jour, sans complexe, à sa base.

Ainsi vu, la Majorité parlementaire peut et doit sanctionner certains de ses ministres incompétents ou indélicats. C’est elle qui, d’ailleurs, va engranger les dividendes de sa courageuse décision auprès de l’opinion publique. Ce faisant, elle aura sauvegardé les intérêts de ses nombreux électeurs. Une façon comme une autre de leur renvoyer proprement l’ascenseur. Une façon surtout d’investir dans le futur. C’est-à-dire pour les prochaines échéances électorales.

Considérant la série des forfaitures imputées au gouvernement, d’un côté, et le peu d’empressement dont fait montre le Parlement pour recadrer l’action de l’Exécutif, de l’autre, l’opinion publique en arrive à la conclusion selon laquelle le Parlement, toutes tendances confondues, est complice des dérives du gouvernement. Tel le dépassement budgétaire.

Que dire des coups de gueule et autres interpellations qui jaillissent du Palais du peuple ? Les observateurs pensent qu’ils ne sont qu’un artifice pour amuser la galerie. Et faire diversion au cours d’un spectacle faussement démocratique. Mais ce jeu de cache-cache, par gesticulations interposées, n’a pas la chance de faire long feu. Le peuple est assez mûr pour démasquer les apprentis sorciers politiques. Il leur fera payer le prix fort aux échéances à venir.

source: le Potentiel/kinshasa