Yves_LETERME

Ce n’est pas encore le point de non retour entre la République démocratique du Congo et la Belgique. Preuve ? Les déclarations, mi-figue mi raisin, du Premier ministre belge, Yves Leterme, qui s’emploie à calmer le jeu. « On ne peut pas rester insensible à certaines choses qui se passent au Congo, mais il est vrai qu’on n’arrivera pas à avancer si on continue à se lancer des invectives. Je ne dis pas que c’est le cas pour l’instant, mais veillons à ce que les relations soient normalisées », a dit le chef du gouvernement belge. Un cabinet de crise a été mis en place à Bruxelles pour examiner la situation découlant des déclarations du ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht.

« Je veux rétablir la relation de confiance entre la Belgique et le Congo au cas où celle-ci était en danger. Nous avons des relations privilégiées et prioritaires avec le Congo, une responsabilité particulière en tant que pays en rapport à cette partie du monde et tout incident qui mettrait aussi en péril le travail que les Belges effectuent sur place sous l’impulsion du gouvernement est une mauvaise chose. ». Cette déclaration est de Yves Leterme, Premier ministre belge, déclaration reprise par le journal Libre Belgique dans son édition d’hier lundi. Le chef du gouvernement s’exprimait ainsi à la suite des décisions prises par le gouvernement congolais pour protester contre les dernières déclarations du chef de la diplomatie belge faite en Chine, et réaffirmées dimanche à Bruxelles. Karel De Gucht soulignait que la Belgique, pour autant qu’elle alloue entre 150 à 200 millions d’euros par an (Ndlr à diviser par 12 pour connaître le montant par mois), a « le droit moral » de s’intéresser à tout ce qui passe en RDC.

Déclaration insupportable, au regard de précédentes déclarations toutes aussi choquantes, qui a poussé le gouvernement congolais à rappeler son ambassade à Bruxelles et fermer le consulat congolais d’Anvers. Entre-temps, il a été décidé de réexaminer les termes de coopération entre la RDC et la Belgique pour en évaluer l’ampleur.

Empressons-nous de faire remarquer que selon une confidence dans l’entourage du gouvernement congolais, il a été proposé que « l’on fasse des calculs sur le montant avancé par Karel De Gucht » pour savoir qui gagne quoi ( ?). Même suggestion évoquée à l’époque de Mobutu qui faisait savoir qu’1 dollar investi au Zaïre rapportait 3 dollars à la Belgique.

LE « OUI MAIS » DE LETERME

Apparemment, l’on serait tenté de qualifier « d’ambigu » le discours du Premier ministre belge. Mais à y examiner de très près, l’on se rend à l’évidence que Yves Leterme ne condamne pas du tout son « ministre des Affaires étrangères ». Karel De Gucht est en train de dire tout haut, ce qu’une certaine Belgique dit tout bas. Il manque peut-être la forme pour rendre « diplomatiquement » le point de vue du gouvernement belge. Ce constat transparaît dans les déclarations du Premier ministre belge. Tenez. « On ne peut pas rester insensible à certaines choses qui se passent au Congo… ». Il approuve ce que Karel De Gucht dit. Donc, le fond.

Mais, il s’empresse tout de même de mettre un bémol : « … Mais veillons à ce que les relations soient normalisées ». C’est ainsi que le Premier ministre belge dévoile ce qui a été fait durant ces dernières heures depuis que le conflit a éclaté. « A mon initiative, il y aura une mise à plat. Dans les jours qui viennent, on va se concerter. On parlera du Congo ». Toutefois, en s’adressant à Bel-RTL, il n a donné aucune précision sur les modalités de cette « mise à plat », rapportent nos confrères de Libre Belgique. M. Leterme s’est contenté à affirmer que des « concertations avaient déjà eu lieu durant le week-end avec les membres du Conseil belge des ministres retreint : Affaires étrangères, Défense et de la Coopération eu développement ». Il s’agit bien sûr de trois ministres qui ont séjourné dernièrement à Kinshasa : Karel De Gucht, Charles Michel (Coopération au Développement) et Pieter De Crem (ministre de la Défense).

Mis à plat qui pourrait supposer la venue à Kinshasa du Premier ministre belge. Proposition qui avait été suggérée aux lendemains de l’incident manqué de Kinshasa du mois d’avril.

Autre fait qui retient l’attention des observateurs : le Premier ministre a demandé à M. De Gucht, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, ainsi qu’à l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa, Johan Swinnen, de lui faire rapport de la situation causée par le rappel à Kinshasa de l’ambassadeur de RDC à Bruxelles, Jean-Pierre Mutamba Tshimpanga. Reste à savoir quelle crédibilité accordée à ce rapport où Karel De Gucht est à la fois juge et partie. Un autre pan de voile de cette « ambiguïté » dont nous avions fait allusion. Qu’à cela ne tienne, Yves Leterme ayant pris l’engagement de jouer au sapeur-pompier, il lui revient d’aller jusqu’au fond de sa logique. Quant au gouvernement, il lui appartient d’élever le débat pour ne plus prêter le flanc à Karel De Gucht et éviter en même temps de tomber dans le piège des incohérences internes belges, entre les Flamands et les Wallons.

CAS BEMBA : UNE AFFAIRE DE LA CPI

Il est un fait que la tension entre Kinshasa et Bruxelles est montée d’un cran, juste au moment où la justice belge mettait la main sur le sénateur Jean-Pierre Bemba. Une coïncidence frappante qui a poussé certains analystes à qualifier « cette arrestation de gage envers le président Joseph Kabila », Bruxelles voulant ainsi calmer « la colère de Kabila ».

Ce que le Premier ministre belge réfute. Il insiste plutôt sur l’indépendance du travail de la Cour pénale internationale, CPI. Il s’empresse en outre de préciser qu’il avait été informé samedi soir par téléphone par le ministre belge de la Justice, Jo Vandeurzen, de l’arrestation de Jean-Pierre Bemba dans sa villa de Rhodes-Saint-Genèse à la demande de la CPI. Cette juridiction à compétence internationale enquête sur des crimes commis en République Centrafricaine par les troupes de Bemba entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2005. Le Premier ministre belge invite tout le monde à ne pas faire de l’amalgame.

Ceci étant, le conflit entre la République démocratique du Congo et la Belgique vient d’entrer dans une nouvelle phase. Peut-être celle de l’accalmie.