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Quelque chose se prépare dans le « laboratoire politique ». L’emballement politique est de plus en plus manifeste. Le dernier signal fort demeure sans conteste les prochaines audiences que le président de la République, Joseph Kabila, accordera incessamment aux parlementaires, en commençant par les députés, province par province. Que le Chef de l’Etat décide de consulter certains corps de la Nation en marge des dispositions constitutionnelles, il y a fort à parier qu’un événement politique se pointe à l’horizon. L’heure de grandes décisions a peut-être sonné avec la nouvelle vague de consultations politiques.

Au terme de la dernière réunion en date de la Conférence des présidents de Commissions de l’Assemblée nationale, il a été porté à la connaissance du public que le président de la République s’entretiendrait avec les députés nationaux. Des dispositions pratiques ont été arrêtées pour ce faire afin que les députés soient reçus, province par province.

Apparemment, l’on pourrait se permettre d’affirmer qu’il n’y a rien d’extraordinaire en cela. Le président de la République peut consulter n’importe quelle personnalité politique, où et quand il veut. Mais dès lors qu’il s’agisse de tous les députés ou parlementaires, il y a bel et bien quelque chose qui se trame dans les couloirs politiques pour que ces audiences soient discrètes et sélectives. Comme si le président de la République voulait s’entretenir avec les parlementaires sans tenir compte de leur appartenance politique. Y aurait-il quelque chose de spécial qui aurait nécessité la programmation de ces audiences ?

Selon l’article 77 de la Constitution, le président de la République adresse des messages à travers le Parlement. L’article sus-mentionné est ainsi libellé : « Le Président de la République adresse des messages à la Nation. Il communique avec les chambres du Parlement par des messages qu’il lit ou fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat. Il prononce une fois l’an devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès un discours sur l’état de la Nation ». Sauf mauvaise interprétation, le Parlement n’est pas convoqué en congrès et ne le sera point au courant de cette année pour autant que le président de la République a déjà fait l’état de la Nation. Il s’agit donc des «audiences spécifiques ».Comme pour étayer ces propos, à Bukavu dernièrement, le président de la République s’est entretenu avec les forces vives de la province du Sud Kivu.

CHANGEMENTS EN VUE ?

Ce qui frappe toutefois, c’est que ces audiences sont programmées au lendemain de quelques événements importants qui ont émaillé cette session parlementaire ordinaire du mois de mars. Allusion faite à la séance d’information du gouvernement sur la Convention sino-congolaise. Cette séance plénière d’information sur les contrats chinois a suscité un débat houleux à l’Assemblée nationale, allant jusqu’à insinuer la signature d’un contrat léonin et le bradage de la souveraineté nationale par le gouvernement, tout en spoliant les ressources naturelles. D’où des propositions soutenues par des recommandations en vue de renégocier ces contrats, selon certains parlementaires, améliorer, soutiennent les autres, les termes de ce contrat.

Outre la Convention sino-chinoise, il y a eu bien sûr cet autre contrat accusant les mêmes caractéristiques d’aliénation des droits de l’ Etat congolais. Il s’agit du contrat SNEL/ MagEnergy qui a également fait l’objet d’un débat tout aussi intéressant à l’Assemblée nationale. A la première étape de l’audition du rapport de la Commission, il a été décidé d’envoyer ce dossier à la Commission économico-financière de l’Assemblée nationale.

Mais entre ces deux dossiers, l’on retient un autre, aussi sensible que les deux premiers ; celui de la Commission d’enquête sur les terrains et maisons spoliés de l’Etat. La particularité de ce dernier dossier réside en l’implication de plusieurs hautes personnalités politiques citées dans des cas suspects de magouille, jetant ainsi l’opprobre sur la classe politique.

Comme il fallait s’y attendre, cette classe politique s’est emballée, s’adonnant ainsi à une certaine agitation qui prend chaque jour de l’ampleur avec ces rumeurs de plus en plus concordantes sur un éventuel réajustement technique ou remaniement du gouvernement.

Certes, on ne peut exclure l’arrestation à Bruxelles du sénateur Jean-Pierre Bemba, président national du Mlc, à la suite d’un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale, CPI.

En fait, cette arrestation relance les tractations liées à la désignation du Porte-parole de l’Opposition. Bien avant que le sénateur Bemba ne soit arrêté, quelques personnalités politiques sont montées au créneau pour exprimer publiquement leurs ambitions politiques légitimes à convoiter ce poste. Il se fait justement que la gestion de cette question s’effectuera au parlement pour être plus près des réalités politiques.

UN MOMENT CRUCIAL

Evidemment, tous ces événements ont un impact sur la situation générale politique de notre pays. Surtout qu’un pas important vient d’être accompli sur le plan de la Décentralisation avec l’adoption des lois sur les Entités territoriales décentralisées. Car en toile de fond, il y a la viabilité des entités provinciales au regard de la mise en application de la disposition constitutionnelle sur la retenue des 40% de recettes à caractère national.

Parallèlement, le gouvernement s’apprête à déposer un Collectif budgétaire au Bureau de l’Assemblée nationale pour se doter des éléments juridiques ayant trait à la bonne exécution de son programme 2008. En effet, le gouvernement étant à bout de ressources devant l’absence d’appuis budgétaires, la compréhension de toutes les personnalités politiques est requise. Or, dans 17 jours exactement, les parlementaires devront partir en vacances parlementaires. Mais auparavant, ils ont promis de tenir une réunion spéciale pour faire l’état des lieux de la non prise en compte des observations et recommandations adoptées par l’Assemblée nationale, laissant suspendre le spectre d’une motion de censure sur la tête du gouvernement.

Tous ces faits se lient. Si l’on retient le dossier de l’état des relations tendues entre la République démocratique du Congo et la Belgique, une nouvelle donne vient de s’ajouter pour mieux souligner le caractère crucial de la situation politique en République démocratique du Congo. Car, les faiblesses constatées dans l’ amélioration de la situation sécuritaire au Kivu avec la présence encore active des forces négatives, les mouvements répétés de grève dans certains secteurs vitaux de la vie nationale, la guerre du pétrole en Ituri sous pression ougandaise, l’exploitation unilatérale du gaz méthane du lac Kivu par le Rwanda sans la contribution de la RDC, le dérapage monétaire au regard des incidences négatives internes et la hausse du coût du pétrole sur le marché mondial, la crise alimentaire qui menace tous les pays, surtout ceux en voie de développement, sont là autant d’ autres éléments qui vont incontestablement provoquer un bouleversement politique. Qu’on le veuille ou pas.

L’on comprendrait que l’on chuchotte déjà sur la mise en place probable d’un gouvernement d’union nationale ; des sanctions à l’endroit des personnalités politiques qui ont trahi leur serment d’investiture, de loyauté et de fidélité.

Kabila poursuit certainement un objectif en entamant cette nouvelle série de consultations. Ou qu’il s’engage à donner une nouvelle impulsion à l’action nationale. Ce qui serait positif. Dans le cas contraire, il aura versé dans la diversion. Donc, le statu quo. De quoi retenir son souffle.

source : le Potentiel/kinshasa