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Quatre importantes rencontres, dont l’une au niveau des chefs d’Etat, ont été consacrées à l’ Accord de Nairobi en l’espace d’un mois. La neutralisation des forces négatives, principalement les Fdlr-Interahamwe du Rwanda et les soldats rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur, Lra, devient une priorité. Quasiment, toutes les initiatives ont été épuisées, sans parvenir à un résultat satisfaisant. De plus en plus, la solution militaire, entendue comme dernier recours, passe pour la panacée. Reste à mettre tout le monde d’accord : Rdc, Ouganda, Soudan, Rwanda, Etats-Unis, Afrique du sud, Monuc/Conseil de sécurité…

Dar es-Salaam, Kisangani, Kampala et depuis hier mercredi Gisenyi, ces villes viennent d’abriter des réunions sur la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs. Des représentants de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Afrique du sud, de la Monuc ont également participé à ces réunions consacrées essentiellement à l’application de l’Accord de Nairobi.

Cet accord porte principalement sur la neutralisation des forces négatives. Il s’agit en premier lieu des Rwandais des Fdlr et des Ougandais de la Lra.

A Dar es-Salaam, les présidents Joseph Kabila et Yoweri Museveni avaient fait l’état des lieux de l’application de l’Accord de Nairobi. A cette occasion, les deux chefs d’Etat avaient réitéré leur détermination à voir les forces négatives, notamment la Lra, être neutralisée dans les meilleurs délais. Le week-end dernier à Kampala, le comité de paix et sécurité de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a fait un constat amer. Il n’y a pas de progrès notable depuis que le chef de la Lra, Joseph Kony, a refusé de se rendre à Juba, au sud du Soudan, signer l’accord de cessation des hostilités. Face à ce refus, le président ougandais n’envisage plus rien d’autre que le recours à la force.

Lors de cette rencontre de Kampala, l’Ouganda et le Soudan auraient réaffirmé leur volonté « d’aider la République démocratique du Congo à se débarrasser des éléments de la Lra, et la Monuc soutiendrait cette stratégie ». Selon Kampala, la Lra se prépare à lancer une grande offensive contre le pouvoir ougandais. Elle se serait entraînée et réarmée, tout en ayant recruté des éléments en Rdc et en Rca «pour frapper une nouvelle fois ». La réunion de Kampala, entre les experts des services de sécurité, aurait été convenue par les présidents Kabila et Museveni lors de leur rencontre de Dar es-Salaam au mois de mai 2008.

ATTENTION AUX TERGIVERSATIONS

Parallèlement à cette réunion de Kampala, il se tient depuis hier mercredi à Gisenyi, ville rwandaise frontalière avec la Rdc, une rencontre similaire. Avec la participation des représentants de la Rdc, du Rwanda, des Etats-Unis, de l’Afrique du sud, de la Monuc, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs… Elle est présidée par Roland van de Geer, représentant spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs.

Cette rencontre fait suite à la réunion de Kisangani qui s’est penchée dernièrement sur la neutralisation des Fdlr et leur rapatriement au Rwanda.

On sait qu’à ce propos, les Fdlr posent des conditions, d’emblée inacceptables par Kigali, pour leur retour au Rwanda. En plus, les Fldr se présentent en ordre dispersé sur fond de querelle de leadership. Comme si c’était voulu, compliquant davantage la mise en application de l’Accord de Nairobi. Des propositions ont été faites pour leur délocalisation. Mais cette proposition ne serait qu’un palliatif qui ne résout point l’équation. Autant de tergiversations qui passent pour des bombes à retardement.

Il est important de rappeler que la Rdc a menacé d’user de la force, comme recours ultime, si ces tergiversations persistaient. Et ce, compte tenu de nombreuses exactions commises par les rebelles rwandais sur les populations civiles congolaises.

Kigali, de son côté, approuve une solution militaire pour « éliminer » ces forces négatives. Ce n’est pourtant pas l’avis des partenaires extérieurs, notamment l’Union européenne qui soutient une « solution politique » avec possibilité d’accorder asile politique aux réfugiés rwandais au Congo. Solution qui ne résout pas non plus l’équation au regard d’un certain passé récent des atrocités commises en Rdc par les rebelles rwandais désormais une épine sous les pieds des Congolais. On n’aura donc pas résolu le problème.

POPULATIONS CIVILES … ET FARDC/MONUC

La question ne semble pas du tout facile à résoudre tant elle est complexe. A Kampala, on prépare une action militaire contre la Lra. Comment sera-t-elle menée ?

Des opérations militaires conjointes entre la Rdc et l’Ouganda sont mal vues, surtout par les populations congolaises qui gardent un mauvais souvenir de l’occupation ougandaise. Il a été ensuite fait état de la disponibilité du Soudan d’aider la Rdc, avec l’Ouganda, sous la coordination de la Monuc. Dans ce cas, le mandat de la Monuc devra être requalifié.

Des opérations militaires conjointes avaient été aussi envisagées entre le Rwanda et la Rdc. Comme avec l’Ouganda, les populations congolaises s’opposent catégoriquement à ce genre d’opérations qui permettraient aux troupes rwandaises de revenir par la grande porte en Rdc.

Il va de soi que, pour éviter des conséquences imprévisibles, la solution militaire devrait être menée par la Monuc. Malheureusement, la Monuc, au regard de son mandat, ne dispose pas de capacités militaires pour faire face à ces groupes armés bien aguerris. Il en est de même des FARDC en pleine restructuration. Ce serait demander l’impossible à l’armée congolaise. En fait, au-delà des FDLR et la LRa, il faut prendre en compte les autres forces négatives, notamment les Mai Mai, le CNDP, à même de gêner des opérations militaires conjointes. D’ailleurs, Roland Van de Geer, Représentant spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, a reconnu dernièrement qu’une « solution militaire conduirait à une grande guerre avec l’entrée du CNDP ». Partant, les populations civiles en paieraient le lourd tribut.

MISSION DE CONSEIL DE SECURITE : EVITER LE STATU QUO

Evidemment, tout ceci coïncide avec l’arrivée de la mission du Conseil de sécurité de Nations unies en Afrique. Après Djibouti, Khartoum, N’Djamena, elle est attendue ce week-end à Kinshasa pour se rendre ensuite à Goma.

Voilà une opportunité à ne pas rater par la République démocratique du Congo afin de poser clairement le problème de la neutralisation des Fdlr et la Lra. Et ce en des termes précis. Plus l’on se contentera du statu quo, plus cette situation provisoire deviendrait définitive, au grand dam des Congolais.

La Rdc a tout intérêt à demander à la mission du Conseil de sécurité d’exercer une pression sur l’Ouganda et le Rwanda qui doivent avant tout favoriser une solution politique. Si les rebelles de ces deux pays ne s’inscrivent pas dans cette logique, le recours à la force est inévitable pour délocaliser ces rebelles vers une autre terre d’exil, et non plus la République démocratique du Congo. Tout doit être dit clairement pour qu’il n y ait pas une « Seconde Palestine » dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Dans le même ordre d’idées, il est indispensable de renforcer les capacités militaires des Fardc en faisant une ouverture dans le cadre de la coopération militaire. C’est à dire, décider d’une seconde opération militaire, genre Artémis, avec mission précise de traquer et de neutraliser effectivement les forces négatives. Parallèlement, requalifier le mandat de la Monuc pour une mission analogue. L’objectif étant de briser le statu quo pour que la Lra et les Fdlr ne servent plus de fonds de commerce à quelque Etat, quel qu’il soit.