KAMEREH

Une pétition circule pour la révision du Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale. L’initiateur de la pétition, un député de l’Opposition, cherche à réduire à deux ans le mandat du Bureau. Si le projet aboutit, le Bureau Kamerhe serait déchu. Bienvenue Madame l’instabilité institutionnelle ! Si la majorité est complice, la déchéance de Kamerhe constitue-t-elle une priorité par rapport aux grands défis auxquels l’AMP est confrontée ? Le Président Kabila accepterait-il de se faire déstabiliser par cette action ?
A l’Assemblée nationale, la sérénité a cédé la place à la suspicion. Les membres du Bureau ne savent plus quel député est avec eux et qui travaille contre eux. C’est une pétition initiée par le député RCD/N Martin Mukonkole qui mine les relations de confiance au sein de l’hémicycle. L’initiateur de la pétition cherche à obtenir la révision du Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale. Notamment, en ces articles sur le mandat du Bureau. Martin Mukonkole et tous ceux qui ont épousé ses idées veulent limiter à deux ans la durée du Bureau de l’Assemblée nationale. Autrement dit, le Bureau Kamerhe, déjà à sa deuxième année, devrait être remplacé. Les auteurs de la pétition soutiennent que le Bureau Kamerhe ne respecte nullement l’équilibre régional. Comme quoi, des provinces comme le Sud-Kivu, le Kasaï Occidental, le Bandundu ont chacune deux représentants. La pétition, rapporte-t-on, fait du chemin. Des signatures sont recueillies de jour comme de nuit. Dès lors que Mukonkole aura recueilli le nombre de signatures dont il a besoin, question de se conformer aux règles en vigueur, il soumettra son projet de révision à la Cour Suprême de Justice. La même CSJ qui avait déjà déclaré le Règlement de l’Assemblée nationale conforme à la Constitution. Et les juristes disent : ‘‘Non bis in idem’’. Parallèlement, des voix s’élèvent pour s’interroger sur la finalité d’une telle démarche, même si Martin Mukonkole et les siens opèrent en toute légalité. Petit 1, l’intérêt. Quel intérêt aurait Martin Mukonkole, lui qui est de l’opposition, à actionner un mécanisme dont il ne sera pas le principal bénéficiaire. Sauf coup de théâtre, Martin Mukonkole ne deviendra jamais, pour la législature en cours, membre du Bureau de l’Assemblée nationale. A moins que l’AMP ou le PPRD éclate, comme l’affirment certains caciques, avec la prochaine mise en place dans les entreprises mixtes. Imaginer un scénario comme celui-là, c’est désirer ardemment l’instabilité institutionnelle en RDC.
Petit 2, qui en tirerait les ficelles ? L’assurance avec laquelle le député Martin Mukonkole construit son projet laisse penser qu’un homme fort du régime se cache derrière. Cela suppose qu’une frange de la majorité soutient l’initiative. C’est ici que l’affaire devient intéressante. Si la majorité est complice, la déchéance de Kamerhe constitue-t-elle une priorité par rapport aux grands défis auxquels l’AMP est confrontée ? De passage à Goma (Nord-Kivu) puis à Kikwit au Bandundu, le Président de la République, Joseph Kabila, a clairement défini ce qui, à ses yeux et aux yeux des Congolais, est prioritaire. Joseph Kabila a commencé par rappeler à la population, comme si besoin en était, ses trois promesses : la paix, les élections et la reconstruction. Parlant de la paix, le Président a reconnu qu’il s’agit d’un processus. Les élections ont été organisées, les institutions élues mises en place. L’heure est à la reconstruction du pays. Vouloir remettre sur la table la question de la composition du Bureau de l’Assemblée nationale, c’est s’attaquer aux réalisations que Kabila met à son compte. Le Président laissera-t-il faire ? Va-t-il permettre à des malins de cracher sur son œuvre ? Wait end see.
Reproche-t-on à Kamerhe sa recherche de consensus ?
Tout ce qui relève de l’humanoïde n’est pas étranger à Vital Kamerhe. Certes qu’il a ses qualités et ses défauts. L’un de grands principes en matière de gestion des ressources humaines consiste à rendre les défauts inoffensifs. Vital Kamerhe a su sauver l’essentiel à des moments les plus difficiles. On pense à l’épineuse question de double nationalité qui avait failli vider les institutions de la République de ses animateurs. La plupart jouissant d’une double nationalité. Après les événements sanglants de mars 2007 à Kinshasa, il réussit à maintenir le dialogue entre le MLC et la majorité. Ce faisant, il suscita la colère des extrémistes de son camp qui voulaient en découdre une fois pour toutes avec les bembistes. Ç’a aurait donné quoi si le MLC s’était retiré des institutions quelques jours seulement après leur mise en place ? Quel démocrate soutiendrait un régime pour lequel la mise au pas de l’opposition constituerait un mérite ?
On a vu Kamerhe à l’œuvre dans le dossier très brûlant de BDK. Si Denis Kalume a sauvé son fauteuil au ministère de l’Intérieur et Ne Mwanda Nsemi son mandat de député, c’est parce que le Président de l’Assemblé nationale a laissé le débat se dérouler normalement.
On raconte, d’ailleurs, que quand Kamerhe était en déplacement à la Conférence de Goma, son adjoint immédiat, Lutundula Opala, avait manifesté des insuffisances dans la conduite des débats. Kamerhe était obligé de revenir d’urgence à Kinshasa régler une affaire bénigne. Si personne n’est irremplaçable, tout le monde n’est pas remplaçable.

Source : La Prosperité/Kinshasa