painsIl est trois heures du matin sur l’avenue Kabinda, commune de Lingwala, au centre de Kinshasa. Des femmes venant des quatre coins de la ville se pressent pour entrer dans la boulangerie Pain Victoire, une vaste concession peinte en bleu et blanc, gardée par des éléments de la police et de Delta protection, un service privé de sécurité. "Il faut se réveiller à des heures pareilles pour être servi parmi les premiers", déclare Mme Ntumba, une vendeuse de Kanga journée (Boucle ta journée), selon l’expression des Kinois aux faibles revenus pour désigner ce pain très populaire. Elle se félicite de l’implantation de cette nouvelle boulangerie dans la capitale congolaise : "Je gagne au moins 25 000 Fc (près de 50 $) par mois après avoir vendu des pains pour 100 000 francs".
L’arrivée, fin 2007, du nouveau boulanger industriel Pain Victoire, avec un prix compétitif, a bouleversé le marché du pain dans la ville. Les vendeuses au détail en sont les premières bénéficiaires. La marge qui leur est laissée est en effet de 25 %, alors qu’ailleurs elle n’est que de 15 %. "C’est la marge de bénéfice que je peux réaliser qui m’a fait quitter mon ancien fournisseur pour m’affilier à Pain Victoire", indique Mme Ntumba.
Les consommateurs se félicitent aussi de l’apparition de Pain Victoire. Le commerce de Kanga journée s’est répandu partout, vendu dans des boulangeries approvisionnées par camion et au détail par des femmes. Le produit, vendu à 100 Fc (près de 0,20 $) n’importe quand et n’importe où, se consomme dans la rue, au marché, à l’arrêt de bus, à l’école et même dans des bureaux. Le soir, ce sont des sachets contenant une douzaine de pains qui sont présentés aux conducteurs de véhicules jusqu’aux heures tardives sur les principales artères de la ville.

Des faillites
En dépit du prix élevé du blé sur le marché mondial, la boulangerie Pain Victoire, tenue par des Libanais, a pu créer un climat favorable pour les vendeurs et les consommateurs, tout en restant aussi rentable. Une situation qui n’enchante pas ses concurrents congolais. Ces derniers reconnaissent la force de l’équipement moderne et le vaste réseau de distribution que possède Pain Victoire. Celle-ci aurait un coût de production plus faible grâce à sa grande production. L’information est impossible à vérifier vu le secret maintenu autour des comptes.
Pour les concurrents, le coup est dur. "J’ai fermé mon entreprise en décembre (2007) parce que je ne pouvais plus résister à la concurrence", indique Moussa Assani, un boulanger en faillite. Alors que Pain Victoire utilise plus de 3 000 sacs de farine par jour pour la production du pain, lui n’en consommait que 20.
Si Moussa Assani a dû fermer, d’autres boulangers ont été contraints dé réduire leur personnel. "Avec un effectif de 90 personnes, je consommais 500 sacs par jour pour fabriquer le pain. Je n’en consomme plus aujourd’hui que 100, avec un personnel réduit", se lamente un boulanger qui a souhaité garder l’anonymat. Pour les responsables de Pain Victoire, la population doit trouver son compte dans ce qu’un opérateur économique entreprend. Ils affirment être au service des Congolais et en même temps ne pas vendre à perte, alors que les autres exploiteraient les vendeuses. Entre concurrents, tous les arguments sont bons…

Source/syfia