MENDESuper mardi. La vérité doit éclarter ce mardi 24 juin autour du pétrole avec l’interpellation du ministre des Hydrocarbures, Lambert Mende. Toutes les zones d’ombre doivent être écartées. Il n’est pas exclu que les masques tombent. L’avenir de ce pays se joue en ces moments, car il s’agit d’un secteur vital.

L’Assemblée nationale examine en plénière aujourd’hui la motion d’interpellation contre le ministre des Hydrocarbures, Lambert Mende. Pas du tout convaincu des réponses à sa question orale, le député Bamanisa, auteur de la motion, est préoccupé par le laxisme qui caractérise la gestion du dossier pétrole en RDC.

Du Sud-Ouest à l’Est, en passant par le bassin de la Cuvette centrale, la RDC peut passer du statut d’importateur à celui d’exportateur du pétrole. Les enjeux en matière de recettes, en cette période de flambée des prix du baril, sont tels qu’aucun responsable ne peut s’interdire de s’y intéresser. Tant que la RDC ne sera pas réellement partie prenante à l’exploitation et à la commercialisation du pétrole commun de l’Ouest, avec l’Angola et à l’Est avec l’Ouganda, le gouvernement laisserait ainsi passer des milliards de dollars américains.Une chose est de signer des accords avec des pays amis, comme l’Angola et l’Ouganda. Une autre est de voir la République démocratique du Congo bénéficier réellement des retombées de cette ressource commune, aujourd’hui au centre des enjeux sur les marchés mondiaux. La situation dans la Zone d’intérêts communs (Zic) sur l’océan Atlantique est restée latente après les engagements signés avec la République d’Angola. Les gisements concernés par cette «Zic» continuent à être entièrement contrôlés par la partie angolaise alors que du coté de la RDC des avancées ne sont pas encore enregistrées.

Au regard de la flambée des prix du baril sur les marchés mondiaux, la part revenant à la RDC pouvait influer sur les ressources internes et conduire à un collectif budgétaire à soumettre au Parlement. Rien n’est fait jusqu’ici.

L’INCIDENT DE KAMPALA

La légèreté dans la gestion du «dossier pétrole» a été manifeste lors des négociations engagées avec l’Ouganda à Kampala. Le ministre congolais des Hydrocarbures avait brillé par un comportement outrageant vis-à-vis des partenaires ougandais, voire à l’endroit des autres membres de la délégation congolaise. Il a fallu l’intervention personnelle du président de la République pour contourner cet incident.

Des dessous de ce comportement seraient liés à la volonté affichée de ne point traiter avec Tullow oil, une firme présente sur le terrain depuis 1990. Sur l’autre rive du bassin du Graben, Heritage Oil est passé à la phase d’exploitation tout comme la même Tullow Oil à quelques kilomètres à l’intérieur des frontières ougandaises.

Prenant la mesure de la situation, le président de la République avait pris des mesures conservatoires à l’endroit du ministre Mende, avec interdiction d’engager le gouvernement à l’extérieur. En effet, alors que les blocs 1 et 2 du Graben Albertine avaient été attribués à Tullow Oil, le dossier transmis à la sanction du président de la République par voie d’ordonnance portait sur deux entreprises différentes, à savoir Tullow Oil et Divine Inspiration. Cette dernière société, révèle la revue Jeune Afrique, serait une création de « Mende avec d’autres dignitaires du régime et des partenaires sud-africains». Jeune Afrique va plus loin jusqu’à affirmer qu’elle avait été créée «pour remplacer Tullow Oil».

Le président Joseph Kabila avait réservé une fin de non recevoir à ces projets d’ordonnance. C’est sur ces entrefaites que la question orale est tombée, aujourd’hui transformée en interpellation.

PLUS DE ZONES D’OMBRE

Des zones d’ombre persistent quant à l’identité des concessionnaires pétroliers, leurs actionnaires, leurs capacités financières et techniques, leur expérience dans le secteur pétrolier et la part de chacun dans le capital de leurs sociétés.

Les réponses à toutes ces interrogations sont attendues et doivent être de nature à s’assurer que la RDC pourrait rentrer dans ses droits. Elles permettront également de mettre hors d’état de nuire des prédateurs de tout bord qui investissent le secteur à la recherche du gain facile.Aussi, est-il fait état de la vente, sur la place boursière, du titre d’exploration accordé à la Divine inspiration pour un montant de 86 millions de dollars, à en croire les révélations faites à l’Assemblée nationale par le député Bamanisa, sans qu’une seule action ne soit amorcée sur le terrain. L’exploitation du gisement du Graben Albertine met en mal les intérêts congolais d’autant plus que l’Ouganda est déjà dans la phase d’exploitation. Pendant ce temps, la RDC traîne encore dans les procédures d’attribution. Le bassin étant commun, il y a des risques d’épuisement qui, à terme, feront perdre à la RDC le bénéfice des ressources additionnelles à réaliser en faveur du Trésor public.

LE PETROLE DE LA CUVETTE CENTRALE

En ce qui concerne le bassin de la Cuvette centrale, le ministre Mende a initié des contacts fructueux avec des firmes brésiliennes. Des études de faisabilité étant en cours, le souci de tous les Congolais consiste à déterminer le niveau d’évolution desdits travaux préliminaires afin de passer au plus vite à d’autres phases conduisant à l’exploitation proprement dite.

On attend à ce que le ministre des Hydrocarbures lève le voile de tous ces contacts devant la représentation nationale pour mesurer l’impact financier et juridique de l’exploitation des gisements pétrolifères du Graben et de la Cuvette centrale. La nation sera édifiée sur la hauteur de la contribution attendue du secteur pétrolier dans le budget national, en cette période de hausse constante des prix du baril sur les marchés mondiaux.

Super mardi, diraient les Américains, pour que toute la vérité éclate sur cette odeur du pétrole. La balle se trouve dans le camp de l’Assemblée nationale.