passeportFascistes, les autorités provinciales du Katanga ont créé un Etat dans un Etat. Avec la bénédiction du Gouverneur Moïse Katumbi et du Président de l’Assemblée provinciale Kyungu Gabriel, le Maire de la ville de Lubumbashi Floribert Kaseba Makundo impose un visa aux non ressortissants du Katanga. Les Congolais des 10 autres provinces du pays sont traités au même titre que les libanais, sénégalais, indiens, chinois etc.
Le Maire de la ville de Lubumbashi a signé deux arrêtés urbains, le 21 mai 2008, pour, justifie-t-il, ‘‘réglementer efficacement tout séjour des visiteurs dans la ville par la maîtrise des effectifs, le contrôle des mouvements et autres faits sociodémographiques’’. En violation flagrante de toutes les dispositions constitutionnelles relatives aux droits humains, libertés fondamentales et devoirs du citoyen et de l’Etat. Floribert Kaseba Makunko, c’est de lui qu’il s’agit, entend lutter contre la ‘‘migration de la population observée à Lubumbashi’’, migration susceptible, selon lui, de provoquer des conséquences sur le plan sécuritaire, administratif et socio-économique. Le Maire de Lubumbashi fait obligation à tout Congolais, considéré par lui comme étranger donc nuisible, d’obtenir auprès du bureau de la commune de résidence une attestation de séjour. L’attestation de séjour ne sera accordée que si la famille d’accueil dispose d’importants moyens de subsistance. Une brigade spéciale a été constituée et détachée aux postes frontaliers de la ville pour traquer les ‘‘immigrants irréguliers’’.
Les méthodes coloniales exhumées
Les autorités municipales et provinciales du Katanga n’ont fait qu’exhumer des vieilles dispositions coloniales qui empêchaient aux Congolais de circuler librement. Il fallait un visa pour quitter son village et s’installer à Léopoldville. L’objectif poursuivi par les belges était d’éviter l’inter pénétration des populations congolaises, d’empêcher les échanges, etc.
Le lundi 30 juin 2008, le Gouvernement de la République a fêté avec faste le 48ème anniversaire de l’indépendance du Congo. A cette occasion, à Kananga, le Président Kabila s’est targué d’avoir relevé le défi de la réconciliation nationale. Et la liberté de circulation retrouvée est l’un des acquis de cette indépendance. Quand le Maire de Lubumbashi, sans rencontrer la moindre protestation de la part du Gouverneur Katumbi, s’évertue à multiplier les conditions d’accès à la ville, il navigue à contre courant. Il sape tous les efforts déployés par l’exécutif national allant dans le sens de la recherche de l’unité nationale. Dans un pays, comme le Congo, où pour voyager d’une ville à une autre il faut prendre l’avion, on se demande si les mesures prises à Lubumbashi ne sont pas contre productives.
Le nébuleux BDK n’avait pas pris de telles mesures
Dans les premiers mois de l’année, il y a eu des violences meurtrières au Bas-Congo. La secte politico-religieuse Bundu dia Kongo (BDK) que le Gouvernement a présenté comme Satan le diable développait, semble-t-il, un discours hostile aux étrangers accusés d’occuper tous les postes de commandement. Pourtant, en aucun moment les dirigeants de BDK, encore moins les autorités provinciales du Bas-Congo n’ont pris officiellement des mesures teintées de xénophobie.
Le Katanga hanté par son passé
L’observateur était pantois de voir la délégation venue du Katanga pour manifester devant le Chef de l’Etat à Kananga, lundi dernier, brandir des calicots où on pouvait lire : ‘‘Le Katanga sème le cuivre pour récolter les infrastructures’’. Cela traduit l’état d’esprit qui règne « au pays de Kyungu ». En Europe, plus de soixante ans après l’indépendance, on surveille de près les agissements des allemands à l’origine de grandes crises mondiales du 20ème siècle. Tout discours est passé au crible pour déceler s’il n’y a pas de relent néonazi. Mais au Congo, les gens sont amnésiques. Qui peut se taire dès lors que dans la pratique les mesures du Maire de Lubumbashi vont déboucher à une énième épuration ethnique ? Cela, 16 ans après la chasse aux Kasaïens. Les autorités municipales et provinciales du Katanga peuvent-elles rassurer les Congolais que les mesures prises ne vont pas davantage accentuer les tracasseries administratives et policières sur des paisibles citoyens ? N’est-ce pas là une mauvaise façon d’interpréter ou d’appliquer la décentralisation administrative et politique prévue par Constitution ? Sachant que le Katanga était la première provinciale à exiger l’application immédiate de la retenue à la source de 40% des recettes produites par les provinces.
Qu’est-ce qui se passerait si toutes les provinces imitaient le Katanga dans sa dérive sécessionniste ?
Dans tous les cas, il faut ouvrir l’œil et le bon.