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Le transfert vers la prison de la Cour pénale internationale (CPI) du sénateur d'opposition congolais Jean-Pierre Bemba Gombo risque bien de mettre une fin définitive à la carrière politique du principal rival du président Joseph Kabila. M. Bemba, un ex-rebelle devenu vice-président durant la transition (2003-2006) en République démocratique du Congo (RDC), puis sénateur, était en détention préventive en Belgique depuis son interpellation à Rhode-Saint-Genèse le 24 mai, sur un mandat d'arrêt international émis par la CPI pour des exactions commises par ses troupes en Centrafrique en 2002 et 2003.

Il est arrivé jeudi au centre de détention de la CPI, après que la cour de cassation eut rejeté mardi après-midi deux pourvois formés par le sénateur congolais contre deux arrêts de la chambre des mises en accusation de Bruxelles qui avaient confirmé son maintien en détention. Ses avocats comptent demander - mais vraisemblablement sans guère de chances de succès" - au Conseil de sécurité de l'ONU de suspendre la procédure "envers une personne qui a beaucoup oeuvré pour la pacification" de la RDC, selon l'un d'entre eux, Me Aimé Kilolo Musamba.

"Lueur d'espoir pour Lubanga, requiem pour JP Bemba", écrivait dès jeudi le journal kinois 'Forum des As', dans une allusion à la décision prise mercredi par la CPI d'ordonner la mise en liberté provisoire du milicien congolais Thomas Lubanga, premier inculpé de la Cour. Le procureur a toutefois annoncé qu'il interjetait un appel suspensif. "Il est un fait que le transfèrement de Bemba à La Haye va compromettre sérieusement sa carrière politique", prédisait pour sa part mardi 'Le Potentiel'.

Son parti, le Mouvement de Libération du Congo (MLC, une ex-rébellion devenue le principal parti d'opposition au parlement), n'a eu de cesse de dénoncer "la politisation" de la CPI et d'exiger la libération immédiate de son chef. M. Bemba avait obtenu 41,94% des voix au second tour de la présidentielle, le 29 octobre 2006, l'emportant dans l'ouest de la RDC, où se parle le lingala, allant que le président Kabila faisant le plein à l'est, où le swahili domine.

Mais les observateurs notent que l'influence politique de M. Bemba s'est fortement réduite depuis son départ de Kinshasa, pour un exil à Faro (sud du Portugal). Il avait quitté la capitale sous escorte de blindés de l'ONU dans la nuit du 11 avril 2007, quelques semaines après de sanglants combats, les 22 et 23 mars, entre l'armée congolaise et sa garde rapprochée, qui avait été totalement défaite au prix de plusieurs centaines de morts.

Il vivait depuis lors entre le Portugal et la Belgique, jusqu'à son arrestation le 24 mai à Rhode-Saint-Genèse. Le MLC dispose de 64 des 500 sièges de l'Assemblée nationale congolaise et quatorze des 108 élus au Sénat, dont M. Bemba lui-même. Mais ses adjoints, le secrétaire général du parti, François Muamba, et le secrétaire exécutif du MLC, Thomas Luhaka, ont pris le MLC en main et jouent parfaitement leur rôle d'opposants, tout en continuant à se réclamer de l'héritage de M. Bemba. "Au cas où il sera transféré à la Haye où il sera traité sans interférence politique, nous poursuivrons notre action", a ainsi affirmé mardi M. Luhaka, ajoutant qu'il pourrait bénéficier à La Haye d'une mise en liberté provisoire.

Il a aussi appelé les militants du parti au calme et à "garder l'espoir". M. Bemba avait à plusieurs reprises évoqué un possible retour à Kinshasa, tout en réclamant des garanties pour sa sécurité et celle de sa famille, pour devenir le "porte-parole de l'opposition" congolaise. Une fonction qu'il ne pourra pas remplir depuis la prison de la CPI à Scheveningue, près de La Haye, dans l'attente de son procès, pour lequel aucune date n'a encore été fixée.