BelgiquePlusieurs articles écrits récemment par Mme Colette Braeckman sur la crise diplomatique entre la Belgique et la RDC contiennent une accumulation de contrevérités et de thèses dangereuses qui me force à réagir. Ce type de rapportage induit le lecteur en erreur mais surtout interfère gravement dans l’action diplomatique de la Belgique en prêtant à notre diplomatie des intentions qu’elle n’a pas.

La Belgique ne parie pas sur un changement de régime à Kinshasa. À plusieurs reprises, Mme Braeckman a soutenu la thèse que le gouvernement belge parierait sur un changement de régime à Kinshasa. Elle prétend que « les Belges jouent la montre ». Elle écrit que « d’aucuns soupçonnent déjà un agenda caché des Belges, qui pourraient être tentés de gagner du temps en spéculant sur un éventuel basculement du pouvoir à Kinshasa ! ». Elle va jusqu’à insinuer que les Américains auraient financé la Cour pénale Internationale de La Haye pour que celle-ci arrête Jean-Pierre Bemba avant que les Belges n’envoient ce dernier à Kinshasa pour y prendre le pouvoir… Je peux comprendre que certains extrémistes en RDC souhaitent la rupture avec notre pays et fassent circuler de telles rumeurs absurdes. Je suis stupéfait qu’une journaliste expérimentée travaillant pour l’un des principaux quotidiens de notre pays se prête à ce jeu dangereux et contribue à alimenter ces rumeurs. Mme Braeckman pense-t-elle sérieusement que j’ai l’intention de faire renverser le président Kabila ou que la CPI peut être corrompue par la CIA ?

La Belgique n’exige pas de droit de tutelle ou de droit moral sur le Congo. Selon Mme Braeckman, la crise diplomatique entre les deux pays aurait été «provoquée par les propos tenus par le ministre De Gucht, qui réclamait une sorte de droit de tutelle moral sur le pays». Il s’agit là d’une grossière distorsion de propos que j’avais tenu lors d’une interview à RTL-TVi dans laquelle j’estimais qu’il était « normal d’avoir le droit, voire le devoir moral, de dire ce qui va et ne va pas en RDC ». À une époque où l’universalité des droits de l’homme n’est plus remise en question, n’est-il pas acceptable d’exprimer ses préoccupations face à des questions de bonne gouvernance ou de droits de l’homme dans n’importe quel pays du monde, a fortiori si on a une relation historique avec ce dernier ? Réclamer un droit de tutelle est évidemment tout autre chose. Je n’ai jamais réclamé un tel droit et défie Madame Braeckman de me dire où et quand j’aurais formulé de tels propos.

Selon Mme Braeckman, cette volonté de mise sous tutelle de la RDC se traduirait par des exigences concrètes de ma part : « Vouloir prolonger l’embargo sur les armes, alors que les Nations unies envisagent de lever cette mesure…, plaider, toujours à l’Onu, pour une sorte de mise sous tutelle internationale du secteur minier, défendre enfin le maintien permanent d’un observateur désigné par le Conseil des droits de l’homme ».

La politique de la Belgique vis-à-vis de l’Afrique, s’inscrit dans la philosophie d’un partenariat où chaque partie assume ses responsabilités. Les trois exemples donnés par Mme Braeckman illustrent parfaitement cette politique, à condition de ne pas être grossièrement déformés.

Il n’y a jamais eu d’embargo onusien vis-à-vis du gouvernement du Congo. Tout d’abord, il n’y a jamais eu d’embargo des Nations unies sur les armes à l’encontre des autorités légales de la RDC. Il existe bel et bien un embargo visant tous les groupes armés illégaux dans ce pays. C’est pour cela que la Belgique a oeuvré au sein du Conseil de Sécurité pour le prolonger. Nous sommes en effet tous scandalisés par les atrocités commises par les milices dans l’Est du Congo. Madame Braeckman comprend-elle la portée de cet embargo ? Les autorités de la RDC ont-elles des raisons de prendre ombrage d’une mesure qui ne les vise pas et qui devrait les aider à restaurer leur autorité sur l’ensemble du territoire ?

Il est vrai que les Européens sont aussi soumis à un code de conduite qui leur impose des conditions précises pour pouvoir exporter des armes. Ces conditions s’appliquent à tous les pays extérieurs à l’Union européenne et pas seulement à la RDC. Elles visent simplement à s’assurer que les armes vendues ne soient pas utilisées, par exemple, par des enfants-soldats ou par des troupes indisciplinées qui commettraient des exactions contre les populations.

L’Union européenne et la Belgique ne sont pas en principe opposées à de telles livraisons d’équipements militaires à la RDC mais estiment que celles-ci doivent aller de pair avec une réforme de l’armée et des forces de police. L’Union européenne offre actuellement son aide aux autorités de la RDC pour mener à bien cette réforme sur le terrain. Madame Braeckman estime-t-elle que la Belgique doit, en contravention avec ses propres lois, livrer des armes à la RDC sans aucune des garanties mentionnées plus haut ?

La Belgique ne cherche pas à mettre sous tutelle internationale les ressources minérales du Congo. Les énormes richesses minières de la RDC peuvent être la meilleure et la pire des choses. Par les convoitises qu’elles suscitent et par les revenus qu’elles génèrent, elles ont été, et continuent d’être la cause de conflits sanglants et de malheur pour les populations locales. Exploitées de façon durable et transparente, elles pourraient se transformer en un formidable moteur de développement.

Cette conviction m’a amené à créer, il y a deux ans, un groupe d’experts chargé de proposer des mesures concrètes et réalistes visant à mieux canaliser ces énormes ressources vers le développement du pays. Le rapport de ce groupe de travail a été officiellement transmis aux autorités de la RDC lors de ma dernière visite dans ce pays. Il a été reçu avec enthousiasme par les autorités et par les acteurs économiques du secteur. Mme Braeckman estime-t-elle que remettre des propositions aux autorités congolaises en leur faisant bénéficier de l’excellente expertise belge en la matière équivaut à une mise sous tutelle? Sinon, sur quels faits avérés se base-t-elle pour lancer ses accusations?

La Belgique est à juste titre préoccupée par la situation des droits de l’homme en RDC. La Belgique souhaitait en effet la prolongation du mandat du rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme. La gravité de la situation à l’Est comme dans le reste du pays justifiait amplement cette mesure. La Belgique a été déçue par ce refus mais a pris bonne note de la décision des autorités congolaises. La prolongation du rapporteur spécial n’est plus à l’ordre du jour et ne doit donc plus être un obstacle dans les relations entre les deux pays. La Belgique reste toutefois vigilante à la question des droits de l’homme et demande aux autorités congolaises de prendre leurs responsabilités dans ce domaine.

Je pourrais encore ajouter qu’il est tout à fait faux que je me sois opposé aux contrats passés avec des sociétés chinoises ou que j’aurais été frustré parce que le port d’Anvers n’aurait pas obtenu de contrats lucratifs qui ne semblent exister que dans l’imagination féconde de certains journalistes.

S’agissant enfin des propos que j’aurais tenus à l’occasion du dernier conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, il n’est pas dans mes habitudes de confirmer ou démentir les propos tenus au cours de séances à huis clos, mais je ne puis en aucun cas accepter que mon silence soit considéré comme une admission tacite et soit utilisé par certains pour propager des rumeurs « incontrôlables ». Les allégations formulées par une « source diplomatique » anonyme sont en l’occurrence absolument sans fondement.

Mme Braeckman prétend encore que la Belgique est isolée. Les conclusions adoptées le 16 juin dernier à l’unanimité par les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne déplorant la fermeture des Consulats belges et exprimant la préoccupation du Conseil face à l’usage excessif de la force par la police congolaise au Bas-Congo lui donnent tort.