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Une personne vient d’être tuée. Assassinée. Pas n’importe qui. Une personnalité politique ; vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Crime crapuleux ? Seule la justice pourrait répondre à cette interrogation. Mais bien avant Daniel Boteti Loleke, le sénateur Adolphe Onusumba, une autre personnalité, a failli y laisser sa peau. La succession des faits doit interpeller le gouvernement pour que les mesures sécuritaires soient renforcées. Que les auteurs de ces actes criminels soient neutralisés et traduits devant la justice. La crainte, dans tous ces cas d’espèce, c’est d’instituer une spirale « d’assassinats politiques ».

Les Kinois se sont réveillés hier dimanche sous le choc d’une mauvaise nouvelle. Daniel Boteti Loleke, vice-président de l’Assemblée provinciale de la Ville de Kinshasa, membre du Mouvement de libération du Congo, MLC, a été abattu, une balle dans la tête, par des hommes armés non autrement identifiés. Le crime a été perpétré dans la commune de Ngaliema, dans le quartier Ma Campagne, dans la nuit de samedi à dimanche alors qu il rentrait d’une réception.

Les causes de cet assassinat ne sont pas encore connues. Comme en pareilles circonstances, il revient aux services spécialisés de mener des enquêtes pour établir les faits ainsi que les véritables raisons de cet assassinat. Ce qui permettra de remonter la filière pour neutraliser les criminels ou les assassins. C’est selon. Et probablement les commanditaires.

Il est un fait que cet assassinat relance, une fois de plus, le débat sur la sécurité des biens et des personnes dans la ville de Kinshasa. Pas plus tard qu’en début de semaine passée, lors de la remise d’une bonne partie de moyens adéquats pour permettre à la Police d’assurer efficacement cette protection des personnes et de leurs biens, cette question liée à l’insécurité a été posée aux responsables de la Police nationale congolais. Surtout dans une ville où les zones d’ombre sont de plus en plus nombreuses devant l’incapacité des responsables de la SNEL à procéder à la distribution satisfaisante du courant électrique à travers toutes les communes de la ville de Kinshasa. Car, l’éclairage public fait défaut pendant que la clientèle s’acquitte de ses obligations vis-à-vis de la SNEL, même lorsqu’elle est privée du courant pendant plus d’un mois. Ainsi, les zones d’ombre, de plus en plus nombreuses à Kinshasa, sourient à tous les marginaux qui se recrutent dans tous les milieux, même au sein des services de l’ordre, et qui n’hésitent point à s’en prendre aux paisibles citoyens. Charles Boteti serait peut-être victime de ces crapuleux. Un démenti cinglant lancé à l’endroit du général Okelo qui venait d’affirmer quelques jours auparavant que « la criminalité à Kinshasa avait baissé ».

REGLEMENT DE COMPTES OU ASSASSINAT POLITIQUE ?

Daniel Boteti Loleke se serait peut-être trouvé là au moment où ses assassins s’apprêtaient à faire autre chose. Tout comme il serait victime d’un règlement de compte.

Cependant, ce qui frappe, c’est cette coïncidence politique. En effet, Charles Boteti est membre du MLC, vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Son assassinat intervient au lendemain de cette secousse qui a ébranlé cette institution avec cette affaire qui frappe certains députés. Y aurait-il un lien avec cet assassinat? A la justice de répondre à cette première interrogation.

Personnalité politique, Daniel Boteti Loleke n’a peut-être pas eu la même chance que son collègue politique, le sénateur Onusumba. Ancien président du Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD, ancien vice-président du Sénat de la transition, Adolphe Onusumba a été criblé de balles. Il n’a eu la vie sauve qu’à sa stature physique avant d’être transféré d’urgence en Afrique du Sud où il continue à suivre des soins appropriés.

Les informations en notre possession nous renseignent que Me Matadi Nenga a failli connaître aussi le même sort. Il a été victime d’une attaque armée alors que son véhicule venait d’être intercepté par un groupe d’hommes armés. Le sénateur Mongulu, ancien Procureur général de la République, a vécu quelques jours dans la clandestinité de peur d’être enlevé par des hommes armés. Au Sénat, ce cas a même été inscrit à l’ordre du jour.

La liste est longue et peut s’étendre au niveau des provinces. En ce début d’année, le ministre des Affaires foncières avait essayé des sueurs froides lorsqu’un groupe de militants d’un parti politique à Lubumbashi a voulu le lyncher. S’il faut prendre en compte tous les communiqués de l’ASHADO et de la Voix des sans Voix, organisations non gouvernementales en charge des droits de l’homme, communiqués liés au harcèlement de certaines personnalités politiques, il y a de quoi tirer la sonnette d’alarme. Tout se passe comme si c’était des « attaques ciblées », pour des raisons politiques. Ce qui n’est pas de nature à préserver un climat de convivialité politique à quelques mois de l’organisation des élections locales.

Cette spirale est dangereuse tant il est vrai qu’elle affecte négativement l’exécution de cet ambitieux programme de reconstruction nationale. Car, une fois de plus, sans la paix, la sécurité, la quiétude, aucune politique de développement n’est possible.

PARLEMENT ET GOUVERNEMENT INTERPELLES

Devant cette situation préoccupante qui tend à instituer « des assassinats politiques » à travers le pays, le Parlement et le gouvernement sont interpellés. Il s’agit ici de s’appesantir sérieusement sur cet état des choses et de décider des mesures de réajustement qui s’imposent.

Car, le cas du Zimbabwe étant encore frais dans mémoire avec cette « violence politique». Il y a lieu de craindre que la RDC ne bascule dans une situation analogue : celle de la terreur avec tous les risques de provoquer des mouvements de déplacements des populations. Après des années émaillées de multiples atrocités, les Congolais aspirent à la paix, à la sécurité pour s’adonner aux travaux de reconstruction nationale.

Aussi, revient-il au gouvernement de prendre toutes les mesures qui s’imposent en vue de neutraliser tous ces marginaux. Mais surtout d’aller jusqu’au bout de toute procédure judiciaire qui doit absolument déboucher sur des sanctions exemplaires. Et non brandir des enquêtes judiciaires, voire politiques, qui n’aboutissent toujours pas.

Source : le potentiel/kinshasa