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Au retour d’une fête, l’honorable Daniel Botethi Loleke, député et vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, a été tué dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 juillet 2008. Quelques-uns de ses meurtriers présumés ont été appréhendés et déférés devant la justice. La première audience de ces prévenus – tous soldats et éléments de la Garde républicaine – a eu lieu hier lundi 7 juillet devant le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema. Le ministère public est catégorique : il s’agit d’une bande de criminels.

C’est depuis hier lundi 7 juillet que le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema – présidé par le capitaine Patty Sangwa – a commencé à instruire l’affaire qui oppose le ministère public et la partie civile Botethi aux meurtriers présumés du regretté vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Cadre choisi : trois tentes érigées en plein air au camp militaire colonel Kokolo.

A cette occasion, l’organe de la loi a présenté six prévenus : le 1er sergent Patrick Mwewa, le 1er sergent Inoki Lesene, le sous-lieutenant Ngoy Kasongo (alias Moto ya Katanga), le lieutenant Kalonji wa Kalonji René, le lieutenant Mundungu Matondo et le civil Junior Susungu. Il faut noter qu’à part Junior Susungu qui est poursuivi pour recel, tous les autres font partie du bataillon AGRI de la Garde républicaine.

Relatant les faits à l’intention du tribunal qui siège en procédure de flagrance, l’organe de la loi a dit qu’il déférait ces gens pour l’infraction de meurtre, à cause d’un problème qui a secoué toute la République.

Cette soirée du samedi 5 juillet, a-t-il déclaré, il y avait une fête de mariage au quartier Binza-Pigeon de la commune de Ngaliema. Le député Daniel Botethi figurait parmi les convives. Son garde du corps, le brigadier Kankonde wa Kankonde, l’y a accompagné. Après avoir partagé un verre et mis quelque chose sous la dent, ce dernier s’est résolu à regagner sa maison de Kintambo, au-delà de 01h00 du matin. Il devait passer par Delvaux. Est-il que le garde du corps avait non seulement un fusil AK, un pistolet GP, mais aussi un walkie-talkie Motorola. C’est ainsi qu’il captera un message de la police. On y disait que sur leur itinéraire, il y avait des tirs, œuvre des hors-la-loi. Le député était donc obligé de changer de direction, en prenant la route du Palais de Marbre.

Au croisement des avenues Nguma et Okapi, il s’est décidé à rebrousser chemin, en abandonnant la route principale qui conduit à Kintambo-Magasins pour celle de la station de Ma-Campagne. Il a aussi averti son ami qui était à la hauteur de l’église Saint Luc. Devant lui, il y avait aussi d’autres voitures.

Sur cette voie, il y a une montagne. Difficile donc de voir ce qui est au-delà. Arrivé au croisement des avenues Plantenne et Haute tension, le député est obligé de s’arrêter. Car, une grosse pierre gêne la circulation. Au même moment, un gars fait irruption. Il a pour nom : Inoki Lesene, alias Bébé Kero. Il pointe son arme sur la Mercedes rouge. Du côté où il y avait le garde du corps, Patrick Mwewa et Ngoy Kasongo surgissent. Il y en a également d’autres, comme Fidèle et Kady qui sont en cavale. Ces agresseurs sont munis de trois armes AK. Et ils ont commencé à tirer.

En bon garde du corps, le brigadier Kankonde ne pouvait qu’assurer la défense de son chef. Donc, il a commencé à riposter. L’un des coups de feu a brisé la vitre de la voiture. Pendant cet échange de tirs, le député n’a pas hésité à sauter de la voiture.

Malheureusement, les assaillants tiraient sans contrôle. Une des balles a donc traversé la partie supérieure de la mâchoire du député. Il venait d’être abattu à 15 mètres de son véhicule. Dans sa lutte inespérée, le garde du corps Kankonde a réussi à toucher l’un des assaillants : Patrick Mwewa. Et c’est ce dernier qui a dénoncé toute la bande.

En présentant les prévenus, le ministère public a dit qu’ils ont tous un passé carcéral. Chacun d’eux a un dossier au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK). Spécialisés pour opérer ensemble, ils ont pour fournisseurs d’armes les officiers subalternes Kalonji et Mundungu qui ternissent l’image de l’armée. Ces deux individus leur ont vendu des armes moyennant un téléphone Alcatel et 3.000 Fc. Cette bande, a révélé l’organe de la loi, est la même qui avait réussi à dépouiller Shabani Nonda, une des stars de football qui fait l’honneur de la République. Sa montre de grande valeur a été trouvée chez Inoki.

Malheureusement pour cette première journée, la pièce principale, le 1er sergent Patrick Mwewa amené sur une chaise roulante, était incapable de parler. Quant à Inoki, il a tout rejeté. Les avocats de la défense en ont profité pour arguer que le ministère public venait de violer la loi en procédure de flagrance. Car, les prévenus avaient déjà été entendus sur procès-verbal. Or, la loi recommande que toutes les parties apprennent l’affaire au même instant.

C’est sur cette note que l’audience a été suspendue et se poursuivra aujourd’hui. Il est fort probable que l’affaire soit prise également en délibéré avant le prononcé du jugement.

source : le potentiel/kinshasa