francois_mwamba001Assassinat du 1er vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, Daniel Botethi, cadre du MLC. Première comparution devant les juges de la CPI, du leader du MLC, Jean-Pierre Bemba. Autant de sujets que nous avons abordés avec le secrétaire général du Mouvement de libération du Congo, MLC, François Muamba.

L’assassinat du 1er vice-président de l’Assemblée provinciale de la ville de Kinshasa, Daniel Botethi, intervenu le dimanche 6 juillet autour 2 heures du matin vous a conduit à prendre un certain nombre de mesures, notamment la suspension de votre participation aux travaux de l’Assemblée nationale, du Sénat et de l’Assemblée provinciale. Quelles sont les raisons objectives de ces mesures ?

Le Bureau politique du MLC a en effet pris la grave décision de suspendre la participation du MLC au Sénat, à l’Assemblée nationale, à l’Assemblée provinciale ville de Kinshasa. Les raisons qui nous ont poussés à prendre cette décision grave sont les suivantes : la première considération est interne au parti. L’opinion se souvient en effet que depuis cette nuit où tout le monde s’attendait à la publication des résultats du premier tour au mois d’août 2006, la résidence du président du MLC, Jean-Pierre Bemba, notre permanence ont été l’objet d’une attaque par l’armée de la République démocratique du Congo, avec chars, mortiers, etc. Premier coup de semonce.

Au mois de novembre, toujours dans les alentours de la résidence du président Bemba, des échanges des tirs ont eu lieu, avec toujours le MLC comme grain de mire. Je ne reviens pas sur les événements du 22 -23 mars 2007 marqués par des attaques dirigées contre le MLC.

Au mois de mai de cette année, cette arrestation dans des conditions rocambolesques de Jean-Pierre Bemba. J’en profite pour dire que nous en sommes au niveau de La Haye. Le président du MLC présentera ses moyens de défense quant au fond du dossier et je suis convaincu que l’opinion sera, de ce point de vue, édifiée. Parce que, nous le répétons, sur le fond, ce dossier est vide. Revenons à cet assassinat ignoble de notre jeune cadre, 29 ans, père de deux enfants. Nous disons que trop, c’est trop. Il faut qu’à un moment donné nous puissions avoir assez de ressources morales et politiques pour créer des conditions pour qu’il y ait une sorte de pause et qu’on se regarde en face. Qu’on se dise où ce pays est en train d’aller. En réalité, où est la place de l’opposition dans ce pays ?

La deuxième considération qui nous amène à prendre cette grave décision, c’est que s’agissant d’une manière beaucoup plus précise de ce cas Daniel Botethi¸ il se trouve qu’il a été assassiné dans des conditions qui ressemblent à toute une série d’attaques qui concernent la population en général, mais d’une manière particulière, un certain nombre d’élus.

On se rappelle du cas Onosumba, ensuite Matadi Nenga, voire des officiers supérieurs de l’armée, en ce compris le secrétaire général à la Défense. Je ne parle pas de Shabani Nonda, qui n’est pas un élu, mais une figure de proue du football, de ce que nous avons de meilleur dans ce pays. Si, au moment où ces faits se sont déroulés, nous avions, ce qu’on appelle une autorité de l’Etat dans ce pays, un véritable gouvernement, Daniel Botethi ne serait pas assassiné. Depuis tout ce temps-là, il y a des décisions que l’Etat n’a pas prises. Ce coin-là, en particulier de Ma Campagne, est devenu un no man‘s land. Je ne sais pas si l’opinion sait que le personnel armé stationné dans ce quartier, la Garde républicaine, a décrété que cette partie, zone présidentielle, où la Police nationale n’a pas le droit d’y mettre ses pieds. Ils y font ce qu’ils veulent, y dépouillent qui ils veulent et laissent la vie à qui ils veulent. Ils tuent comme bon leur semble. Cette situation-là, en elle-même, au-delà des responsabilités particulières des enquêtes suscite des interrogations. J’espère qu’il y aura des enquêtes sérieuses autour de la question. Savoir si le crime a été commandité ? Qui est derrière ? Est-ce un crime crapuleux ? En dehors de ces considérations, cette présence-là, sous cette forme-là, dans ce quartier-là ne se justifie pas et qu’il faut que cela s’arrête. Depuis longtemps, on n’a cessé, du haut de la tribune du Sénat, de l’Assemblée nationale, de décrier cette situation. Rappelez-vous cette affaire d’Onosumba. Tout le monde est monté au créneau, que ce soit dans la presse, ou au niveau de deux Chambres du Parlement pour réclamer des mesures de protection. Ces mesures n’ont jamais été prises.

Prenant en considération le fait que le MLC, la première force de l’opposition, semble être une sorte de cible du point de vue sécuritaire dans ce pays. Tenant compte du fait que quoique l’on fasse à l’Assemblée nationale, quoique l’on fasse au Sénat, on nous écoute. Commission d’enquête, on enterre les conclusions. Personne ne met en œuvre quoique ce soit. Nous avons dit, cette fois-ci, on arrête. Stop.

Nous sommes soucieux d’honorer la mémoire de notre camarade, mais nous sommes aussi une organisation politique qui a le souci de contribuer à la protection de la population en général. Nous savons que les problèmes sont généraux, que le problème de la sécurité se pose sur l’ensemble de la ville de Kinshasa. Mais au moins en ce qui concerne ce quartier-là, nous demandons à ce que réellement, cette fois-ci, d’une manière effective, que de véritables décisions soient prises, à savoir la délocalisation de tous ces éléments armés qui n’ont rien à faire là-bas. Au moins, à titre symbolique, ce sera un signal fort. Ensuite, nous pourrons reprendre nos travaux normalement et continuer à discuter sur les conditions de sécurité sur toute de la ville de Kinshasa. Mais également à l’intérieur du pays. Tenez.

Nous partons en vacances parlementaires. Nous serons sur des motos et vélos dans l’arrière-pays. Si tout se passe dans cette condition d’insécurité ici à Kinshasa, comment voulez-vous que les gens aient le courage de traverser des forêts. Quand vous êtes à Kisangani et que vous devez vous rendre à Buta, c’est une forêt que vous traversez. Toutes ces choses ne nécessitent pas que le MLC soit en dehors. Mais au moins par rapport à Benseke et tout ce quartier, nous exigeons que, cette fois-ci, en dehors des promesses, des commissions d’enquêtes et autres, que de véritables décisions soient prises. Et dans le cas contraire, si ces décisions ne sont pas prises, notre place n’est pas dans ces institutions au risque de donner l’impression aux populations que nous sommes complices.

On redoute que le MLC ne soit tombé dans une erreur politique dans la mesure où aucune enquête n’a donné des résultats. Et à vous entendre parler de la délocalisation de la Garde républicaine, n’est-ce pas là sous l’effet d’émotion ?

Nonobstant que l’émotion se justifie du fait qu’ un cadre de 29 ans est sauvagement assassiné, ne pas être touché du point de vue de l’émotion, s’attendre à ce que nous soyons froids ou je ne sais comment, c’est faire de nous des monstres. Cette question d’ailleurs nous étonne. Deuxièmement, nous n’avons pas dit qu’il ne faut pas d’enquête. Ce sont des gens qui disent que ce sont les militaires de la Garde républicaine. D’autres relèvent que ce n’est pas politique, c’est crapuleux. Ils prennent le risque d’être contredits par le fait. Nous constatons. Nous nous interrogeons là-dessus dans le but de rétablir les choses, les rendre vérifiables. Qu’il y a dans ce quartier un stationnement anarchique des éléments disposant d’armes et munitions, ayant imposé dans ce périmètre la loi du Talion, du plus fort ; donnant la mort à qui ils veulent, dépouillant qui ils veulent, laissant passer qui ils veulent. Ce sont quand même des faits vérifiables. Cette présence, sous cette forme-là, est porteuse d’insécurité en soi. Comme en toute chose, il faut enquêter de manière approfondie pour savoir quelle est la vérité. En toute chose, il y a aussi ce qu’on appelle des mesures conservatoires. Comment les gens du pouvoir réagiraient-ils, si cette nuit, on assassinait un cadre politique, soit-il du PPRD ?

Ce que nous nous demandons n’a rien à avoir avec la famille Botethi. Cela concerne tout le monde. Car, j’ai entendu dire que le Conseiller du président de la République, Antoine Ghonda, a été attaqué dans le même périmètre. J’ai lu ça dans un journal, je ne sais pas si les faits sont vérifiables. Donc, ce que nous demandons là, nous ne le demandons pas seulement pour nous. Nous ne le demandons pas comme le résultat d’une enquête. Nous constatons que la seule présence ces hommes-là, sous cette forme-là, en cet endroit-là pose problème. Qu’on les délocalise. Quitte à l’enquête de déterminer le coupable. Qu’on le juge dans l’équité et dans la transparence. Que les gens sachent de quoi il en retourne. Quelles sont les sanctions qui ont été appliquées.

Troisièmement. Nous n’allons pas nous contenter des coupables parfaits : ceux qui ne dérangent personne. Une fois présentés, l’affaire prend l’allure d’un crime crapuleux. Heureusement qu’à ce stade, des informations qui nous parviennent de l’auditorat militaire indiquent clairement que ce sont des militaires. Jusque-là, on n’a pas démenti le fait de la seule présence militaire où des forces combattantes.

Par ailleurs, même si ce problème est général, nous disons qu’en cet endroit-là, ce sont des conditions potentiellement dangereuses en termes de sécurité et de protection des personnes et de leurs biens. Cessons de dire qu’il n’y a eu d’enquête. Nous ne condamnons personne. Nous constatons qu’il y a une présence désordonnée des hommes qui ont des armes et des munitions et qui devaient être encadrés en terme disciplinaire. C’est ce qu’une armée doit faire. Si on pouvait déjà mettre fin à cela, en tant que mesures conservatoires, nous reviendrons dans les institutions en introduisant ce dossier de la sécurité générale. Non seulement par rapport à la ville de Kinshasa, mais par rapport au pays en général. Et pour cela, on n’a pas besoin d’être dehors. Dans ce pays, on nous a habitué à des déclarations et non pas d’actions. La léthargie, ce n’est pas seulement en termes économiques et sociaux, mais aussi en termes sécuritaires. Nous disons que nous ne voulons pas donner à notre population l’impression que nous participons à cet exercice-là. Nous arrêtons, mais si on nous envoie un signal, à la population de Kinshasa que désormais à cet endroit-là tout le monde peut passer, quelle que soit l’heure, sans être inquiété, le MLC comme force d’opposition constructive, tirera une satisfaction morale. Nous sommes républicains, nous poserons les problèmes généraux, et nous savons qu’il faut un temps pour pouvoir obtenir des résultats. Une fois de plus qu’on ne nous fasse pas de procès d’intention en disant que nous politisons l’affaire.

Le problème de sécurité ne date pas d’aujourd’hui. Faillait attendre que Botethi soit victime pour que le MLC réagisse ?

Merci de me donner l’occasion de répéter ce que je viens de dire. Nous avons agi dans le cadre des institutions. Nous sommes montés à la tribune avec les autres pour condamner, demander des enquêtes, exiger des sanctions. Nous avons agi à l’intérieur des institutions et notre constat, je vais vous surprendre, cela n’a servi à rien.

Regardez ce que nous avions demandé quand un avion est tombé à Kingasani. Le discours était de condamner avant les enquêtes. Ensuite, laisser faire les commissions d’enquête parlementaire et gouvernementale. Et lorsque les conclusions sont déposées, ce sont des décisions idoines qui sont prises. Avez-vous le souvenir depuis les événements de Kingasani que quelqu’un a été suspendu ? Avez-vous le sentiment que quelqu’un a été puni par rapport à toutes ces missions d’enquête? N’est-ce pas qu’il y a eu entre-temps un autre problème d’avion à Goma, même si ce n’est pas de même nature ? Combien de temps, de morts nous faut-il pour sanctionner ou sinon prendre de véritables mesures pour que plus rien ne soit comme avant ? Nous avons joué notre rôle, et le sentiment qui s’est dégagé, c’est que cela ne sert pas à grand ‘chose. Partant, nous changeons de méthodes. Nous nous mettons dehors et nous disons : « Nous reviendrons quand vous aurez agi ».

Ce n’est pas la première fois que vous boycottez les travaux à l’Assemblée nationale. Et quand vous revenez, rien de changer par rapport à la situation qui vous avez amené à quitter l’hémicycle ?

Cette question est importante. On peut avoir boycotté par le passé, on peut avoir agi d’une manière qui ait pu décevoir l’opinion, c’est peut-être le moment de présenter des excuses. Mais c’est aussi le moment de préciser les choses, dès lors que si les choses ne sont pas bien comprises dès le départ, dans leur conception, dans leur interprétation, cela risque de poser de problème. Je voudrais exactement dire, en ce qui concerne la situation actuelle, voici la position du MLC : Le MLC n’a pas quitté les institutions. Nous boycottons les travaux. Je souhaiterais que de ce point de vue les choses soient claires. Si les gens comprennent qu’il s’agit d’une sortie définitive, les conséquences ne sont pas les mêmes. Et si demain, il nous arrivait de nous réunir à nouveau, puisqu’il ne faudra pas passer par un Bureau politique et prendre une décision contraire, qu’on ne vienne pas dire que nous avons reculé. Nous boycottons jusqu’à obtenir tel résultat. Si ce résultat précis est obtenu, le MLC se replace dans les assemblées. Nous voulons la délocalisation des éléments armés dans le périmètre Benseke. C’est symbolique. Mais au moins sous cet angle en ce qui concerne ce lieu, où notre camarade a été assassiné, que cette mort ne soit pas inutile. Que l’on dise que depuis la mort de Botethi et la décision du MLC, la situation est meilleure. Nous aurons atteint le but que nous recherchons, nonobstant notre revendication que justice faite. Que ce ne soit pas des sous-fifres qu’on nous présente. Mais qu’on aille jusqu’au niveau de la chaîne de commandement. C’est un peu comme si on secouait le cocotier. Enfin, ça bouge, dans cette dynamique-là, le MLC se fera fort d’étendre ces mesures-là qui seront devenues positives.

A l’annonce de l’arrestation de JP Bemba, le MLC a organisé quelques actions, notamment à l’ambassade de Belgique et puis plus rien. Aujourd’hui transféré à La Haye, JP Bemba a comparu devant les juges de la CPI. N’est-ce pas quelque part un aveu d’échec pour le MLC que son leader soit transféré et jugé ?

Là encore merci de nous donner la possibilité de re - préciser les choses. Qu’est-ce que nous nous voulions en manifestant, au-delà de l’aspect émotionnel ? Dans le fond de la question, qu’est-ce que nous étions en train de faire en manifestant ? Il n’y a personne au MLC qui puisse dire que JP Bemba est un homme extraordinaire qui ne peut pas être interrogé par les juges. Si c’est cela que les gens ont compris par notre action, je dirais : non. Pour qu’il soit interrogé par les juges, puisque le mandat est émis par le procureur de la CPI, cela tombe dans le sens qu’il se rende là-bas. Nous ne manifestions pas pour que JP Bemba ne soit jamais interrogé par un juge de la CPI. Cependant, si elle veut écouter Bemba sur ce sujet-là, pour lequel nous savons que sur le fond du problème le dossier est vide, ce que nous demandions c’est le respect, la considération. Un ancien vice-président de la République, président d’un grand parti, le deuxième dans le pays, le premier dans l’opposition, sénateur en fonction, on ne le traite pas comme un bandit de grand chemin. C’est là le motif de la colère. Ce n’est pas que Bemba n’aille pas à la CPI. Puisque nous demandions qu’il comparaisse en prévenu libre. Lorsqu’il s’est avéré que nos demandes réitérées par les avocats ne semblaient trouver d’échos d’une manière sérieuse du côté belge, Jean-Pierre lui-même a demandé à ses avocats d’arrêter, de privilégier le fond, sa place était donc à La Haye. Parce qu’une fois là-bas, on attaque le fond du problème. Ce ne sera plus une question de considération, de respect. Le signal a été lancé, car ce que nous voulions, qu’on respecte Jean-Pierre Bemba. Comment voulez qu’un être humain sur cette terre, dans l’absolu qu’on dise qu’on ne doit pas l’écouter ? Combien de gens sont écoutés et à la fin innocentés ? Jean-Pierre Bemba va être innocenté sur le fond du problème. Mais pour qu’il soit innocenté, il faut qu’il soit écouté. Nous avons manifesté pour des aspects de forme. On ne traite pas un grand homme d’Etat comme lui de la manière dont la Belgique l’a fait. D’ailleurs, ça nous reste là, à travers la gorge. On ne peut comprendre qu’un pays comme la Belgique qui a des liens séculaires avec la RDC, c-à-d liens non pas seulement du passé mais aussi d’avenir, des liens qui transcendent les régimes politiques. Demain, les Belges pourraient se retrouver, ce n’est pas une impossibilité, avec Jean-Pierre Bemba exerçant des fonctions imminentes dans ce pays. Comment feraient-ils s’ils l’ont traité comme un bandit ?

Aujourd’hui qu’il est à La Haye, venons-en au fond du problème puisque le dossier est vide. Plus vite il sera jugé, mieux cela vaudra. Nous sommes d’ailleurs étonnés qu’au lieu d’être jugé, on le renvoie au 4 novembre. Et j’espère qu’au 4 novembre, on ne nous dira pas au 4 mars 2009. Dans ce processus-là, c’est le procureur qui a la maîtrise du temps. Nous nous voulons aborder la question de fond tout de suite et nous allons démontrer qu’il n’y a pas de liens de causalité, des liens judiciaires entre des faits malheureux qui sont réels, entre l’implication de certains éléments de l’Armée de libération du Congo (ALC) qui est réelle et le fait de s’en prendre à Jean-Pierre Bemba. Ce lien est impossible à établir. Ce que Bemba devait faire en tant que responsable, il l’a fait. Regarde ce qui se passe par ailleurs, lorsqu’un soldat de base se trompe de cartouche en France. Qui est le patron des armées, c’est le président Sarkozy, chef des armées. Qui sont les gens qu’on a démissionnés ? Est-ce que le président Sarkozy a démissionné ? C’est le chef d’Etat-major forces, les gens directement concernés qui ont été punis. En tant que patron de l’armée, il s’est rendu sur les lieux, il a dit ceci : « Je veux qu’on identifie le responsable, je veux des sanctions ». Et lorsque ces sanctions sont prises, tout le monde trouve normal que Sarkozy puisse continuer à s’occuper de l’Europe, de la France.

Regardez ce qui est en train de se passer dans le cas de Daniel Botethi, on est train de nous dire par l’auditorat militaire qu’il y a trois ou quatre gardes républicains qui sont concernés. Eux-mêmes disent qu’il y a un militaire déserteur, un civil, ce n’est pas le MLC qui le dit. Qui est le patron de l’armée dans ce pays, c’est le président de la République Joseph Kabila. Nous avons eu un entretien avec le président de l’Assemblée nationale, il nous dit : « Le président de la République a ordonné à l’auditorat militaire non seulement qu’on identifie très vite les coupables, mais aussi qu’ils soient rapidement jugés et punis ». A supposer que dans les meilleurs des cas, on ait effectivement les coupables, qu’on les ait jugés, quelle sera la prochaine étape ? On doit remonter jusqu’au président. Est-ce que c’est comme cela que ça se passe ? Et pourtant, c’est ce qui est en train de se passer pour Jean-Pierre Bemba.

Au moment où Bemba a été informé de la situation de Centrafrique, il a mis en place une commission d’enquête qui a identifié les coupables, en partie ceux de l’ALC. Ces gens ont été arrêtés, jugés et punis. Très intéressant ce processus parce que l’on est en train de le vérifier pour Daniel Botethi. Quand ce processus, qu’ils ont eux-mêmes mis en place va être épuisé, on dira que l’affaire est close. Pourquoi pour ce qui est de Jean-Pierre Bemba l’on ne puisse pas considérer que l’affaire à partir du moment tout ce processus a été épuisé, à part les aspects civils qui peuvent être considérés et qui doivent être considérés en termes de comment indemniser les victimes.

Ce parallélisme est important. Bemba n’a pas été en Centrafrique pour violer des femmes, de même je m’imagine que ce n’est pas le président de la République qui a été à Benseke pour tirer sur Daniel Botethi. C’est la même chose. La responsabilité est objective et on cherche à savoir si ce n’est pas lui qui a ordonné, ce qu’il a fait quand il a su.

Vous avez dit que Bemba n’est pas un acteur principal, il a été appelé à secourir un ancien président élu en détresse et qu’il y avait quelqu’un à poursuivre ça devait être celui qui a fait appel à Bemba. Aujourd’hui, vous ne le dites plus.

Mettre la main sur l’ancien président centrafricain, mettre la main sur le commandant et les impliquer dans ce processus, ce n’est pas à Bruxelles que cela devait se faire. Là, nous touchons au fond du dossier. Et cela ne peut être possible qu’à La Haye. Maintenant si on ouvre le procès, l’exposé que feront les avocats sera de nature tel qu’on ne voie comment ils vont progresser sans écouter les principaux protagonistes : Patassé, Bozizé (alors rebelle), il avait ses hommes sur ce même terrain où il y a eu des exactions, il y a eu des Tchadiens, ses alliés. Et puisqu’on s’intéresse au sommet, on verra si on va convoquer les présidents Bozizé et Idriss Deby pour qu’ils viennent s’expliquer au même titre que Bemba qui était aussi chef dans sa zone.

Est-ce que vous en voulez à la justice belge ?

Il n’y a pas de sentiment en politique. Chaque pays doit préserver ses intérêts. Un homme politique congolais doit être capable de transcender ses sentiments et de ne considérer que les intérêts du pays.

Nous en sommes à La Haye, les procédures de la CPI traînent. Est-ce là une fin de carrière politique pour JP Bemba ?

Non. Vous êtes simplement en train de dire que vous avez raison de soutenir que ce problème n’est pas judiciaire, il est plutôt politique. Si Bemba était condamné, ces points d’interrogation se poseraient en ce moment-là. Je pense aussi que s’il est blanchi comme c’est très probablement la perspective dans ce dossier, il en sortira grandi.

Entre-temps à quoi pense-t-on au MLC, le remplacer ?

Nous avons des textes comme statuts qui ont été déposés non au fait que Bemba ait été arrêté, mais pour devenir un parti politique et non comme mouvement politico-militaire. Si on considère l’article 46, il est clairement dit en ce qui concerne le président du MLC, en cas d’empêchement, le secrétaire général assume l’intérim. Et si on vous allez à l’article 48, vous reverrez dans les attributions ordinaires, le secrétaire général assume l’intérim du président en cas d’empêchement. Nous sommes, de ce point vue, protégés par les textes. Pour ce qui est l’aspect président d’une manière formelle, Bemba est un président élu. Il est de ce parti où des instances peuvent se réunir et faire une déclaration qu’à partir d’aujourd’hui, le président c’est un tel. Nous n’avons pas ce genre de structures au MLC. Chez nous, pour être président, il faut passer par un congrès. JP Bemba est passé par un congrès fin janvier, début février 2006. Par la résolution 006 en vertu Bemba est élu président. Et le congrès a pris acte de cette élection. Et cette présidence est pour un mandat de 5 ans. Le mandat Bemba court jusqu’en 2011. Ce qui se passe aujourd’hui est un cas d’empêchement. En plus, il faut un congrès. Et le MLC dont on parle c’est le MLC de Bemba, même si il y a de fortes personnalités comme on le constate, chacun est allé vers Bemba, et on découvre les autres

Source : Le Potentiel/kinshasa