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L’assassinat du député Daniel Botethi aura servi de déclic pour se rendre à l’évidence que la situation politique est crispée. Que le dysfonctionnement des institutions est un problème réel en plus de l’immobilisme du gouvernement. Au lieu d’agir, de précéder les événements, les institutions de la République réagissent après-coup. Signe d’une absence de vision et d’un manque évident de volonté politique.

Il y a péril en la demeure. Des parlementaires impliqués dans une affaire rocambolesque et ayant des accointances avec des expatriés sans foi ni loi. Evolution en dents de scie du Programme Amani pendant que les groupes armés continuent à s’armer au Kivu. Motion carabinée en circulation à l’Assemblée nationale pour restructurer le Bureau. Succession des questions orales, parfois gênantes, à l’endroit des membres du gouvernement. Recommandations et résolutions de l’Assemblée nationale et du Sénat superbement ignorées par le Gouvernement.

En Ituri, pendant ce temps, Mbororo et rebelles de la LRA imposent leurs caprices au peule congolais, allant jusqu’à occuper et administrer des zones entières du territoire congolais. Pour couronner le tout, le front social est en ébullition, caractérisé par différents phénomènes : des arrêts de travail, la colère des casseroles devant la flambée des prix, l’érosion continue du pouvoir d’achat de la population soumise aux affres de la guerre et de l’insécurité sur toute l’ étendue du pays…

Il a fallu que l’on assassine un député à Kinshasa pour voir la clase politique se lever comme un seul homme afin d’exiger des mesures efficaces, voire exceptionnelles de protection. Mais en analysant en profondeur toutes ces réactions, la crispation politique est manifeste. On sent venir un vent qui précède une tempête, au cas où de grandes décisions n’interviennent pas pour arrêter l’hémorragie. Ou pour provoquer un tournant décisif de l’histoire dans le but de donner une nouvelle impulsion aux actions des institutions nationales. Car, qu’on le veuille ou non, le malaise est profond et de plus en plus manifeste.

INSECURITE SOCIALE ET PHYSIQUE

Le doute n’est plus permis. On peut avoir l’impression que les choses bougent, mais, en réalité, rien ne change. Tel est le cas dans le domaine économique et monétaire. Nonobstant les performances décrites ici et là, l’inflation demeure galopante, érodant ainsi le pouvoir d’achat des populations.

S’ajoute à cela la situation sociale particulièrement difficile des travailleurs, principalement les Fonctionnaires et Agents de l’Etat. Aucune lueur d’espoir pour ces gagne-petit dans la mesure où il n’est prévu aucune augmentation salariale, faute de ressources nécessaires propres.

A en croire les informations concordantes, le gouvernement est à bout de souffle devant la réticence des partenaires extérieurs qui rechignent d’apporter des appuis budgétaires, en réaction à la mauvaise exécution du Budget 2008. Que la RDC soit chaque fois recalée, mise dans l’impossibilité d’atteindre le point d’achèvement (PPTE), c’est que les choses ne tournent pas.

Cette situation est de plus en plus critiquée par les acteurs politiques. Au niveau du Parlement, on s’indigne que le gouvernement ne se réfère point du tout à l’autorité budgétaire pour la tenir informée de l’exécution du budget.

Il faut épingler aussi les faiblesses du système sécuritaire : l’autorité de l’Etat ne parvient pas à s’imposer sur toute l’étendue du pays. Au Kivu et en Ituri, la situation sécuritaire demeure toujours préoccupante. Pire, des éléments étrangers continuent à imposer leur souveraineté à la République démocratique du Congo. Le gouvernement s’est disqualifié en se faisant supplanter par les partenaires extérieurs.

Une bonne partie du Kivu et de la province Orientale échappe à l’autorité du Gouvernement central, abandonnant ainsi les populations congolaises à leur triste sort. Pire, les violations les plus graves sont commises voire par des éléments de l’armée régulière. Ces faits souvent repris dans les rapports de la Monuc. L’on serait incomplet si l’on n’évoquait pas les incidents politico-spirituels du Bas-Congo.

RETARD DANS LES REFORMES

Des contradictions sont manifestes. Les acteurs et partis politiques, toutes tendances confondues, délient déjà leur langue. Il y a une semaine, trois acteurs politiques ont dénoncé l’immobilisme qui caractérise l’action du Gouvernement ainsi que les dysfonctionnements des institutions de la République. Me Nyarugabo Moïse, sénateur du RCD, le sénateur She Okitundu du PPRD et Valentin Mubake de l’UDPS s’exprimaient ainsi sur les antennes de Radio France Internationale.

L’Alliance de Renouveau du Congo, ARC, allié à l’AMP, a abouti à la même conclusion au terme de sa récente réunion statutaire. L’ARC constate «des dysfonctionnements importants dans le fonctionnement de la Majorité et de certaines institutions. Ces dysfonctionnements se manifestent particulièrement dans les contradictions du Gouvernement devant le Parlement, le manque de cohésion au sein de la Majorité sur des dossiers importants et la faible communication des actions gouvernementales et la mauvaise administration de la justice… »

Cette situation dramatique est consécutive à l’inaction du gouvernement, au retard mis dans la mise en place des réformes par manque de volonté politique avéré. Le cas le plus frappant est celui de la réforme de l’Armée et des services de renseignements.

Face à la mauvaise volonté politique manifestée par les ex-belligérants, due à leur tendance d’avoir la mainmise sur l’armée pour gouverner, tout le pays s’est perdu dans des conjectures alors qu’il y allait de la stabilité des institutions et de la sécurité de la nation. Ainsi, le Kivu et l’Ituri demeurent toujours le ventre mou de la RDC pendant que dans des centres urbains, la criminalité prend de l’ascenseur.

Les réformes inachevées conduisent toujours à des réactions épidermiques. Il fallait qu’un politique soit assassiné pour que la crème politique déploie toute une série de mesures dans de très brefs délais pour «se» protéger. Dire que chaque jour, à Kimbanseke, Kitambo, Nsele, Maluku, Uvira, Goma, Walikale, etc., des hommes en uniforme tuent, pillent, violent et volent… sans susciter des réactions énergiques de la part des autorités, entretenant ainsi la culture de l’impunité.

UN LEADERSHIP FORT

Le malaise politique est aujourd’hui indéniable. La crispation politique est désormais une réalité. L’accélération des réformes s’impose comme une priorité et les grandes décisions doivent être prises pour prévenir d’éventuels soubresauts. Telles des lampes allumées et posées sur la table pour éclairer, les confessions religieuses ne cessent de tirer la sonnette d’alarme pour que la «RDC ne meurt pas, mais ressuscite ». En langage politique, la refondation de la Nation doit devenir une réalité et non un slogan creux.

Or, pour y parvenir, seul un «leadership fort» est à même de bousculer les vieilles habitudes rétrogrades, de susciter de nouvelles énergies populaires pour atteindre ce but. L’heure a effectivement sonné pour un vrai changement.

source : le Potentiel/kinshasa