Chers blogonautes,

Un présumé assassin a cité le gouverneur de la ville de Kinshasa, comme étant le principal instigateur de l'embuscade ayant coûté la vie au jeune député Botheti. Votre blog, souhaite vous mettre en garde par rapport au risque d'un jugement hâtif. En effet, jusqu'à ce que le tribunal militaire prononce des sanctions à l'égard des prévenus, tous autant qu'ils sont bénéficient de la présomption d'inoncence. Nous souhaitons que ce procès se déroule de manière sereine et équitable pour tous.

Soyons vigilants

BotethiOui, c’est un bruyant pavé dans la mare ! Faire porter au gouverneur de la ville de Kinshasa le chapeau du commanditaire de l’assassinat du député Daniel Botethi, revêt les allures d’une bombe à fragmentation sur la classe politique congolaise. Son téméraire accusateur, le soldat de 2ème classe Patrick Mwewa, se trouve dans le box des prévenus ayant perpétré, de sang froid, la tragédie qui, depuis le dimanche 6 juillet 2008, prive irrémédiablement l’Assemblée provinciale de Kinshasa de son vice-président.

Tiraillés entre scepticisme, à la suite de la surprenante accusation, et inquiétude, pour leur propre sécurité, les Congolais, toutes tendances politiques confondues, en sont encore à se demander si les révélations du soldat Mwewa, impliquant le No.1 de la Ville-province devant le tribunal militaire de la garnison de Kinshasa, ne sont pas du bluff. Serait-ce un grossier montage destiné à semer les enquêteurs, quitte à tourner le procès en eau de boudin ?

Quoi qu’il en soit, la personnalité citée comme commanditaire du guet-apens du 6 juillet jouit, jusqu’à preuve du contraire, de son droit à la présomption de l’innocence. Légalement, ce statut durera tant que la justice ne se sera pas prononcée sur son cas. Ça, c’est l’aspect juridique.

Le second aspect est d’ordre sociologique. En ce sens, le tollé soulevé dans l’opinion publique par l’accusation du soldat Mwewa contre le gouverneur de Kinshasa mérite l’attention des opérateurs politiques et le Pouvoir judiciaire. Car la collectivité nationale se trouve ébranlée. L’ordre public peut être perturbé. Pour preuve, les convictions des citoyens sont pêle-mêle partagées entre doute, émotion, imprécations et indignation. C’est la conséquence de la «bombe Mwewa» qui a explosé à un moment critique. Cette mauvaise nouvelle s’est aussitôt répandue sur le pays et vers l’extérieur, telle une traînée de poudre, véhiculée par l’important réseau national de téléphonie cellulaire.

Comment, par rapport à l’événement, faire face aux diverses réactions des masses et, ainsi, circonscrire d’éventuels débordements ? Honnêtement, il serait mieux indiqué que le gouverneur de la ville se mette temporairement en congé. En se rendant ainsi disponible, en justiciable ordinaire, il aiderait la justice à dire le droit sans interférences. Bien mieux, il aurait le loisir de se consacrer sereinement à sa défense en vue de réhabiliter et son honneur et sa dignité d’homme politique ou d’homme tout court.

Le commanditaire du meurtre, je le cite : c’est le gouverneur de la ville de Kinshasa». Soldat de deuxième classe, le prévenu Patrick Mwewa - l’homme qui a jeté le pavé dans la marre - a été blessé par balles au moment du meurtre du député provincial Daniel Botethi Loleke. Sa révélation a glacé toute l’assistance à l’audience d’hier vendredi 18 juillet, faisant du coup rebondir le procès.

Souffrant, mais lucide, le prévenu Mwewa, alias Kabutshungu (NDRL : manioc amer), a dit au tribunal qu’il y a aussi d’autres «vérités» à révéler sur cette personnalité. Auparavant, celle-ci leur aurait confié une première mission qui avait capoté. Toujours dans le but d’éliminer un adversaire gênant, a-t-il précisé.

A propos de l’entreprise macabre qui a arraché à la vie le regretté député, le prévenu a déclaré que pour son rôle à jouer, les émissaires du présumé commanditaire lui avaient remis – à lui Mwewa – une prime de 1300 dollars US en date du jeudi 3 juillet 2008.

Après le coup, il avait été promis à cette bande une vie en rose, sans oublier un voyage en Europe. Selon le prévenu, cela s’est passé à Mikonga, dans les environs de l’Efobanc, au niveau du camp PM. A part lui, Kady, Fidèle étaient également de la partie, ainsi que les trois envoyés du gouverneur venus à bord d’une Mercedes grise. Ensuite, 200 dollars ont été mis en jeu pour arroser l’opération.

A la question du président du tribunal de savoir pour quel motif cet argent lui a été remis, le prévenu a répondu que c’était pour éliminer un député. Un avocat de la partie civile intervient alors pour dire qu’étant en procédure de flagrance, quel que soit le rang du commanditaire, il doit être invité pour y être entendu. Mais le président Patty Sangwa a trouvé qu’il fallait d’abord vérifier.

EN VIE POUR AVOIR FEINT LE MORT

Quant au ministère public, il a trouvé que le lien n’était pas encore établi entre les assaillants et le gouverneur de la ville de Kinshasa. Donc, la démarche de la partie civile était prématurée Pour sa part, la défense a évoqué l’alinéa 2 du Code de procédure militaire pour réclamer le huis clos. Et voici son argumentation : «N’oublions pas que la personne citée est une personnalité politique, une autorité publique. J’ai peur que cela puisse avoir d’autres colorations». Mais le tribunal a rejeté cette demande, en faisant comprendre à l’intervenant que cet article s’applique pour l’ordre public militaire.

Quant à l’identité des hommes qui leur avaient donné cet argent, le prévenu Mwewa a déclaré que c’est Kady qui possédait leurs coordonnées. Et ces derniers lui dictaient les instructions par téléphone jusqu’au samedi 5 juillet, à quelques minutes de l’accomplissement du forfait. Selon le prévenu Mwewa, le téléphone de Kady était toujours chargé à distance par ces hommes.

Il a ajouté que le député était suivi depuis le lieu de la fête. Ils ont été avertis par téléphone dès que sa voiture a démarré du lieu de la réception à laquelle l’infortuné a été convié avant de regagner Kintambo.

Justifiant sa blessure, le prévenu a soutenu que ce n’est pas le garde du corps du député qui avait tiré sur lui. Il a argué qu’après que la voiture ait été criblée de balles, il a reproché cet acte à ses copains. Mécontent, un membre de la bande a tiré sur lui. L’autre a ordonné de l’achever. S’il est encore en vie, c’est pour avoir feint le mort.

C’est dans ces conditions que ses copains ont récupéré les 900 dollars qu’il avait encore sur lui. Il n’avait pas voulu laisser cette somme à la maison de peur d’attirer la curiosité de son épouse