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Le procès de l’assassinat du député provincial Daniel Boteti progresse au fil des audiences et de l’instruction de cette affaire devant le Tribunal militaire de garnison de Ngaliema. Cette évolution positive vers l’éclatement de la vérité judiciaire a notamment été marquée par deux faits majeurs. A l’audience de vendredi dernier, c’était d’abord le nom d’un commanditaire qui a été dévoilé à la surprise générale. L’autre fait majeur, c’était une des pièces-maitresses annoncée par Patrick Mwewa, un élément essentiel à même d’éclairer le tribunal sur la véracité de certaines de ses déclarations faites à l’audience. Il s’agit de la Sim de ce présumé assassin du vice-président de l’Assemblée provinciale de la ville de Kinshasa.
En effet, une partie de la vérité se trouve sur la Sim de son téléphone, gardée par sa concubine au camp Tshatshi. Cette révélation, après celle concernant le commanditaire présumé du crime, a été prise au sérieux par le tribunal, et particulièrement par l’auditeur militaire qui s’est coupé en quatre pour retrouver la fameuse Sim du prévenu, devenue à ce stade de l’instruction du dossier l’un des éléments essentiels de l’enquête. Les recherches menées au camp Tshatshi puis à Ndjili, comme il faudrait le relever, ont donné des résultats positifs et cela a été annoncé à l’audience d’hier par l’officier du ministère public.
A la suite de cette découverte, l’auditeur militaire dont on connaît le souci constant de collecter les pièces à conviction, va certainement procéder au relevé de toutes les communications téléphoniques enregistrées par la Sim du prévenu. Il procédera en outre, à l’identification de tous les correspondants de Mwewa.
Voilà pourquoi il mettra à contribution, les sociétés de télécommunications implantées en RDC, et sur base de la réquisition du parquet militaire, faire parler la Sim. Avec les informations qui en sortiront, on reconstituera le relevé d’appels reçus et émis.
Cette partie des investigations pourra permettre d’identifier les individus qui étaient en communication avec le « commando », via le prévenu Mwewa.
En attendant, le tribunal militaire s’est déporté hier dans l’après-midi sur le lieu du crime pour reconstituer les circonstances exactes de l’assassinat du député provincial Daniel Boteti, et s’assurer de la véracité ou non des déclarations faites à l’audience, aussi bien par le prévenu Mwewa que le garde du corps, le brigadier Kankonde wa Kankonde.

Le tribunal édifié sur le rôle des assassins

Le coin des avenues Haute tension et Plantain, au quartier Ma Campagne, a abrité hier les travaux du Tribunal militaire de garnison de Ngaliema, consacrés essentiellement à la reconstitution des faits. Deux prévenus principaux ont été amenés sur le terrain pour qu’ils décrivent chacun, toute la scène du crime tel qu’elle s’est déroulée dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 juillet 2008.
Devant une foule nombreuse constituée par les avocats des parties, des journalistes, des militaires, des policiers et des badauds, le tribunal a d’abord invité Patrick à décrire ce qu’il avait vécu cette nuit-là.
Mwewa a retracé leur itinéraire qui a commencé par le camp bataillon mobile de Kintambo. C’est là qu’ils ont fumé du chanvre et bu le lotoko, l’alcool indigène. Ensuite, ils se sont dirigés, dira t-il, au camp Luano, à la cache des tenues et armes de guerre, avant de se déporter sur le lieu des faits.
Les voilà au fameux virage de tous les coups, le croisement de deux avenues Haute tension et Plantain, situé en face d’une station HT/MT de la Snel. Un endroit stratégique qui offre une vue panoramique sur les véhicules grimpant la colline. C’est l’observatoire de la bande et le secteur de prédilection des braquages.
Mwewa s’est d’abord situé au croisement des avenues Nguma et Haute tension où il a dit qu’il faisait le guet.
Plusieurs véhicules passaient sur l’avenue Nguma et c’est quand il apercevra la Mercedes de Daniel Boteti emprunter l’avenue Haute tension, qu’il ira alerter la bande.
Là-dessus, le prévenu avait donné diverses versions qui ne concordent pas. Pourtant, au camp Kokolo, il soutenait qu’il est demeuré à son poste d’observation. Surpris par des coups de feu, il est alors monté pour s’enquérir de cette fusillade. Dans ces circonstances, Mwewa a attrapé une balle dans l’abdomen sans savoir qui a tiré.
Hier, il a livré quelques assurances selon lesquelles ce sont ses acolytes qui lui ont reproché d’être paniquard et avaient tiré sur lui.
Mais l’organe de la loi et les avocats de parties civiles se sont réjouis du fait que Mwewa a pu donner la position occupée par ses compagnons d’armes et leurs acolytes. Selon lui, ils s’étaient postés à la clôture du grillage de la station HT/MT de la Snel. Position que les experts de la police scientifique de la DRGSS ont relevé dans leur croquis du lieu et qui indique l’orientation de la trajectoire des balles qui ont touché Daniel Boteti.
Appelé à se situer par rapport à la scène du crime, le garde du corps se trouvait d’abord dans la voiture. Le brigadier Kankonde wa Kankonde a répliqué aux tirs des assaillants, avant de s’échapper à la portière gauche, voie qu’avait empruntée Daniel Boteti. S’étant mis à couvert et rampant vers un mur de clôture où il voulait aller se réfugier, le policier ne voyait toujours pas son « protégé ». De sa cachette provisoire, il a aperçu une ombre bouger et a tiré dans cette direction. Les cris de « Ah nakufi » seraient les propos de Mwewa.

Le colonel Van responsable de la police scientifique est formel

Dans son rapport, la police scientifique a établi avant tout la description des lieux. Les experts ont situé et photographié tous les indices du crime. Débris de pare-brise, douilles, traces de sang, impacts de balles sur la voiture et les murs, ainsi que les orifices d’entrée et de sortie de la balle meurtrière. Tous ces éléments ont été analysés et on a donné à chaque pièce à conviction son rôle dans l’assassinat de Daniel Boteti, au point que scientifiquement toute la scène a été reconstituée.
Le colonel Van, responsable de la police scientifique a alors commenté brièvement l’interprétation de tous ces éléments et la scène du crime qui s’en dégage.
Les avocats des parties ont alors posé une série des questions sur les rapports de l’expert en balistique, quant à savoir les caractéristiques de la balle meurtrière qui a tué Boteti et celles qui ont atteint Mwewa. De quelles armes provenaient-elles ?
Pour ce spécialiste, plusieurs armes tirent des balles de calibre 9 millimètres. Il est donc difficile de l’établir à ce stade, a indiqué ce lieutenant qui traîne 35 ans de carrière militaire dont 25 ans au service de la balistique. Selon lui, les anciennes munitions laissaient des traces visibles permettant de déterminer l’orifice d’entrée et celui de sortie des balles.
A l’issue de cette séance de reconstitution des faits, l’auditeur militaire a donné une première conclusion.
A l’en croire, tout est désormais clair quant à la participation de Mwewa à la commission de l’assassinat de la victime. Pour lui, c’est lui qui a tué Daniel Boteti comme la reconstitution des faits vient de le démontrer.

Source: le Phare/Kinshasa