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Remaniement ministériel, sécurité au Kivu, préalables des enseignants, audit des régies financières et entreprises publiques, élaboration du projet du Budget 2009 ; cinq dossiers importants qui méritent un traitement d’urgence au regard de leur implication sur les grandes questions nationales. Déjà, l’on agite le spectre de « Septembre noir ».

L’heure est cruciale pour la République démocratique du Congo. Le moment est venu de prendre des décisions courageuses pour donner une nouvelle impulsion au processus politique en cours. Un état d’esprit qui interpelle particulièrement le président de la République et le gouvernement.

En fait, il convient de réagir à de nombreuses observations sur l’action du gouvernement. Pas plus tard que lors de la célébration de l’anniversaire de son parti, le président national du RCD, Me Azarias Ruberwa, a établi un bilan qui rejoint d’autres observations déjà émises sur l’action gouvernementale. Les différentes interpellations ou questions orales aux membres du gouvernement et qui ont émaillé la dernière session ordinaire du Parlement, entendez Assemblée nationale et Sénat, prouvent à suffisance qu’un réajustement de l’équipe ministérielle s’impose. Quelles que soient les alliances politiques conclues, c’est l’intérêt supérieur de la Nation qu’il faudra privilégier. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le président de la République a eu suffisamment du temps pour mûrir ses réflexions sur l’action du gouvernement et voir comment rencontrer les préoccupations de la population.

Il faut que tout soit bien dit et bien entendu. Le réajustement devra être vu sur un angle général et nullement viser une personnalité. Il doit consister à briser effectivement cet « immobilisme » qui caractérise l’action du gouvernement ; à arrêter le dysfonctionnement des institutions nationales et à faire éclater ce « cartel » qui se confirme de plus en plus au sein de l’Exécutif dans le but d’entretenir des réseaux maffieux, affectant négativement son action. L’objectif est de se mettre d’accord sur une vision politique, économique et sociale porteuse d’espoir et mobilisatrice des énergies nationales ; quitter le vieux sentier battu des « slogans » autour des programmes déjà énoncés, d’atavisme afin de se dépouiller du vieil habit de l’« amateurisme ». Car, la bonne gouvernance ne se limite pas à la littérature politicienne, mais à cet engagement d’atteindre les résultats escomptés tout en protégeant les populations. Le moment est venu pour que le gouvernement se remette en cause.

SECURITE ET FRONT SOCIAL

Il va de soi qu’en se remettant en cause, le gouvernement s’engage dans des actions concrètes en vue d’accélérer les réformes au sein de l’Armée, de la Police et des services de renseignements. Ne pas reconnaître que la situation sécuritaire au pays demeure toujours préoccupante, serait s’inscrire dans une logique de « suicide collectif ».

Outre l’insécurité toujours grandissante dans les centres urbains, le Kivu demeure une menace permanente susceptible de déstabiliser la RDC et de perturber le bon déroulement du processus politique.

Pourquoi ces résultats mitigés après Sun City et Goma ? Le gouvernement congolais est-il incapable de soulager la misère des populations du Kivu ? Que dire de tous ces efforts humains et financiers déployés pour que la paix revienne dans cette partie de la République ? Aujourd’hui, le Programme Amani est menacé. Les forces négatives, toutes tendances confondues, sont toujours omniprésentes et affichent une insolence incroyable. Aux dernières nouvelles, la « guerre de communiqués » évoquait un déploiement des groupes armés. Quelle est la réaction du gouvernement ? Quelle est l’attitude de la Communauté internationale qui affirme déjà avoir dépensé 5 milliards de dollars Usd en RDC alors que la paix totale est insaisissable ? Une situation vraiment inquiétante comme si le complot contre la RDC persistait. Car, on ne peut comprendre que l’Acte d’engagement soit violé et que l’exploitation des minerais se poursuive, faisant ainsi le bonheur de certains groupes de personnes.

Entre-temps, la tension sociale monte chaque année d’un cran dans le pays. Le corps enseignant a déjà annoncé les couleurs. Des préalables ont été posés, faute de quoi il n’y aura pas de rentrée scolaire.

Bien avant eux, le évêques catholiques avaient tiré la sonnette d’alarme dénonçant cette démocratie à double vitesse : « Il y a aujourd’hui un mur qui sépare davantage les riches des pauvres. La tension salariale entre les hommes politiques et les agents de l’Etat appelle des réformes urgentes. Bien des salaires ne sont toujours pas payés, les enseignants et bon nombre d’agents de l’Etat sont clochardisés. Ce qui fait craindre une nouvelle vague de grèves à la prochaine rentrée scolaire si rien n’est fait pour les enseignants. Il est surprenant que même les sociétés minières n’arrivent plus à payer leurs agents. La misère sociale nous interpelle. Nous ne pouvons accepter une démocratie à deux vitesses, où il y a d’un côté ceux qui vivent dans l’opulence et de l’autre ceux qui doivent se contenter des miettes ».

Les mots peuvent paraître durs. Mais il n’y en a pas d’autres pour bien rendre la misère des populations congolaises. Tenez. Le cas des fonctionnaires et agents de l’Etat dure depuis plus de deux ans. Aucune solution n’a été trouvée. Et à un mois de la rentrée scolaire, des interrogations subsistent quant à la volonté politique du gouvernement de résoudre ce problème.

Même situation dans le secteur privé. L’application du SMIG pose problème, le patronat se montre réticent, évoquant à son tour des préalables.

LES PARLEMENTAIRES AU TOURNANT

La rentrée parlementaire s’annonce intéressante, surtout qu’elle sera consacrée à la session budgétaire. Or, le gouvernement a donné de la matière aux députés et sénateurs avec la déclaration du ministre près le Premier ministre relatif au détournement de 1,3 milliard de dollars par les Régies financières et entreprises publiques à savoir DGI, DGRAD, OFIDA, ONATRA, SNEL, OCC, SONAS, REGIDESO, et RVA.

Ce qui est intéressant dans cette accusation du ministre Mayobo, ce n’est plus le débat autour du « détournement ou du manque à gagner », mais que désormais, il est convenu que le gouvernement dispose d’« immenses moyens financiers propres ». Bien gérés, bien contrôlés, ils peuvent permettre au gouvernement de compter sur ses propres ressources et ne plus continuer à tendre la main aux partenaires extérieurs. Ces derniers sont devenus trop regardants depuis qu’ils ont appris « ce détournement ou ce manque à gagner » colossal.

Ainsi, le gouvernement qui, en principe, devra présenter son projet de Budget 2009 constitutionnellement le 15 septembre 2009, est condamné à sortir des vieux sentiers battus pour être conséquent avec le dernier point de presse du ministre Mayobo.

Au demeurant, ces « cinq grands dossiers » posent une question fondamentale : pourquoi cette insécurité permanente au Kivu, la non application de l’Accord de Mbudi, la sous-évaluation des prévisions budgétaires ?...

source : le potentiel/Kinshasa