assassins

L’événement majeur qui allait donner au procès de l’affaire de l’assassinat de Daniel Botethi, tout son intérêt pour l’opinion nationale et internationale, et par la même occasion, aider à élucider le mystère qui règne autour de ce dossier judiciaire, et même sur la nébuleuse trônant à la tête de l’industrie congolaise du crime, n’a pas eu lieu.

Certes, la confrontation a eu lieu hier, entre Mwewa et Kadi, entre Kadi et le gouverneur de la ville, et entre Mwewa et le chef de l’exécutif provincial, mais rien de bon n’est sorti de ce « dialogue des sourds » devant le tribunal. Mwewa connaît Kadi comme son compagnon d’armes de la Garde républicaine, mais aussi comme celui-là avec qui ils ont opéré sur avenue Haute tension, à Ma Campagne. Kadi ignore superbement Mwewa. Que pense t-il de Mulolo et Kiamulolo ? Avec un certain sens de l’humour, il se demande s’ils sont des hommes ou des objets. Les vérités promises par Mwewa et qui ont tenu la population kinoise en haleine, depuis le début du procès, ne se sont révélées à ce niveau des débats, que fantasmes, des chimères. Des rendez-vous manqués avec des vérités sur l’industrie du crime La déception était totale aussi bien pour les juges, le ministère public, les avocats des parties civiles que ceux de la défense. Même l’assistance s’est sentie roulée dans la farine, alors que le prévenu Mwewa promettait de dire « toute la vérité, afin de libérer sa conscience surchargée », réclamant aussi d’être confronté au gouverneur de la ville dont il exigeait la comparution. Autant des rendez-vous manqués avec l’histoire judiciaire congolaise, par la volonté de sergent Kadi. Le « stratège » nie tout et ignore tout le monde. Même son numéro d’appel téléphonique 0991813028. Hier, un autre Mwewa est apparu à l’audience pour rectifier beaucoup de ces déclarations, parce qu’il était auparavant sous l’effet de l’anesthésie de sa première intervention chirurgicale. A la question de savoir s’il se rappelait la remise de la somme de 1.200 dollars par Kadi, Mwewa est demeuré formel à ce sujet. Si le sergent Kadi a soufflé à sa bande, le nom du gouverneur comme commanditaire, c’est encore lui qui avait apporté trois tenues militaires et un imperméable portés lors de l’assassinat du vice-président de l’Assemblée provinciale de la ville de Kinshasa. Crachant sa déception, Me Raoul, conseil du prévenu Junior Sushungu, a écumé quatre évidences tirées de la confrontation entre Kadi et Mwewa. Tous les deux, a-t-il fait observer, ne sont plus sous les effets de l’anesthésie. Amis de longue date, ils sont de la Garde républicaine et ignorent le gouverneur de la ville. Enfin, ces deux personnages-clés s’illustrent par une incohérence et une inconstance dans leurs propos. Et de se demander par rapport au meurtre, quels sont les actes matériels et positifs posés par Kadi, Mwewa, Junior Sushungu et André Kimbuta. Telle est la démarche susceptible pour lui et les autres avocats, de faire avancer l’instruction de cette affaire criminelle. Kadi bloque, Mwewa coincé demande pardon à Kimbuta Devant la cacophonie orchestrée par le sergent Kadi, le tribunal est revenu sur Mwewa pour recueillir sa réaction. Sa réponse est celle du désespoir. « Puisque celui qui nous a parlé de Kimbuta, nie tout, je ne sais plus quoi ajouter ! » Me Théodore, son avocat, quelque peu inquiet par le blocage, lui a suggéré de demander pardon au gouverneur. C’est ce qu’il fera sans tergiversations et à la satisfaction des sympathisants d’André Kimbuta et de ce dernier qui s’est senti soulagé. C’était la déception pour que ceux espéraient faire la découverte des réseaux criminels en action à Kinshasa. Réagissant au volte-face de Mwewa et sa demande de pardon, le gouverneur a rappelé son message de la semaine passée. Il a condamné l’accusation gratuite et non fondée fomentée contre lui, avant de s’interroger comment on pouvait lui attribuer la paternité d’un acte ignoble. Il s’est toutefois, référé à la justice de son pays et émis le vœu d’être lavé de cette affaire, étant donné que son honneur, celle de sa famille était souillé. En tant que chrétien catholique, il suit l’exemple du pape Jean-Paul II qui a rendu visite à son assassin. Il acceptait le pardon de Mwewa, mais a insisté que toute la vérité soit faite dans cette affaire. Par la suite, il a été invité à quitter le prétoire, avec comme consigne qu’il doit être disponible en cas de nécessité de l’instruction judiciaire. Mais les avocats des parties civiles Botethi sont revenus à la charge en posant à André Kimbuta, une pluie des questions tournant autour de ses rapports avec Daniel Botethi, les turbulences à l’Assemblée provinciale, son emploi de temps la nuit des faits, ainsi que sa réaction dès l’annonce de la triste nouvelle. Il a également été entendu sur la communication radio de la police signalant des incidents non loin de la paroisse St Luc, les fréquences radio de l’Ipkin, du district de la Lukunga et de l’Hôtel de ville. Un des avocats de la famille Botethi bondira pour évoquer la demande de pardon menée auprès des parents du député provincial, par Christophe Kilumu de l’Association des ressortissants de Kipoke. Les avocats ont sollicité sa comparution, en même temps qu’ils ont déposé une lettre d’André Kimbuta adressée aux instaces supérieures pour surveiller, identifier, localiser des groupes du MLC préparant des manifestations pour protester contre l’arrestation du sénateur Jean-Pierre Bemba à Bruxelles, en vue de leur neutralisation. L’audience reprend ce matin.

Source : le phare/kinshasa