Justice

Pendant que la famille Botethi pleure encore son fils, les prévenus Patrick Mwewa et Kady Munungu semblent narguer la justice. C’est pourquoi, la partie civile Kankonde a fait appel au témoin Ngoma Mambueni Apollinaire. Taximan de son état, cet homme relate sa mauvaise rencontre avec la bande à Kady Munungu. Drôle de coïncidence pour son cas : le mode opérationnel des malfaiteurs est identique à celui utilisé dans l’embuscade tendue au vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa.

A propos du procès qui oppose le ministère public et les parties civiles aux meurtriers présumés du député Daniel Botethi Loleke, la dernière partie de l’audience du mardi 12 août a été consacrée à la déposition du témoin Ngoma Mambueni Appollinaire. Ce dernier a été invité par le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema sur demande de la parie civile Kankonde. Ceci, pour balayer l’argument selon lequel le garde du corps aurait tiré sur son chef ; ou encore qu’il serait de mèche avec les malfaiteurs.

Appelé à la barre, le chauffeur Ngoma a narré comment il a failli passer de la vie à trépas dans la nuit d’un certain samedi.

Et cela, deux semaines après le meurtre du député Botethi. Prié d’identifier les prévenus, celui-ci a seulement reconnu le 1er sergent Kady Munungu, déserteur de la Garde républicaine. Mais celui-ci est resté de marbre, sans manifester aucun état d’âme. Racontant son histoire, le chauffeur Ngoma a dit au tribunal qu’un certain samedi aux environs de 23h00’’, il avait stationné sa voiture dans un coin de Binza-Delvaux, à la station Elf. A 01h00’’, son client Joël est venu le tirer de son somme. Il a donc démarré son taxi pour aller le déposer du côté de la route de Matadi.

Mais arrivé au niveau de l’avenue Masikita, il a remarqué qu’un amas de pierres obstruait la voie sur l’avenue Haut-Congo. Trois individus ont surgi de l’herbe. Ils étaient en civil, mais avec des pardessus militaires. Pendant ce temps, son client ivre à mort, dormait comme un loir.

« Animé par le réflexe de survie, j’ai dévié à gauche. Et j’ai filé tout droit jusqu’au commissariat de police », a dit le témoin Ngoma. Mais là, après avoir écouté son histoire, les agents de l’ordre ont eu la frousse. Pas tous bien sûr, car trois d’entre eux, conscients de leur devoir, ont accepté de risquer leur vie. Ces policiers courageux se sont donc embarqués au bord du taxi pour rejoindre le lieu de l’embuscade.

Pour tromper la vigilance des assaillants, le chauffeur a fait le contour pour reprendre le même itinéraire. Entre-temps, deux des policiers embarqués roupillaient déjà en cours de route. « Arrivé sur place, j’ai stoppé devant la barrière despierres. Et Kady est apparu de mon côté, deux autres assaillants sont passés derrière. Et malgré mes petites bousculades en ce dangereux instant, les trois policiers dormaient. Et sans crier gare, Kady tire. Réveillé en sursaut par ce coup de feu, l’adjudant à ma droite riposte, et sa balle atteint Kady. Leur chef touché, les deux autres malfaiteurs prennent fuite », ainsi a raconté ce témoin.

Poursuivant son récit, il a dit qu’ils sont allés ensuite chercher du renfort. Kady s’était déjà déplacé. Ils ont découvert ses traces grâce à un homme qu’il venait de menacer pour lui indiquer un centre hospitalier. Kady était en train de nettoyer sa blessure dans un ruisseau. Son arme FA était jetée plus loin.

Au camp, il a dit ceci au colonel Kanyama : « C’est moi Kady, le chef de bande. Si vous me laissez mourir, vous ne saurez jamais la vérité. Car en ce moment, Patrick Mwewa est en train de calomnier les autorités pour rien ». Mais comme toujours, appelé à réagir, Kady a répondu au tribunal en ces termes : «Je ne connais pas cet homme. Il est influencé pour venir faire un faux témoigne contre moi».