assassins

Une « femme », non autrement identifiée, a été citée à l’audience du Tribunal de garnison militaire de Kinshasa/Ngaliema siégeant, hier jeudi 14 août au camp Kokolo, en matière de flagrance sur le meurtre du vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, Daniel Botethi. Celui-ci a été abattu au quartier MaCampagne dans la nuit du 5 au 6 juillet 2008.

« Il y a aussi le nom d’une femme dans tous les relevés », a révélé le Ministère public, se référant aux communications répertoriées sur les SIM des prévenus signalant les appels téléphoniques qu’ils ont échangés entre eux. Mais, il n’a pas dévoilé l’identité de la « femme ».

Cet élément nouveau renfonce davantage le mystère observé autour d’un meurtre qui, d’une audience à l’autre, prend les allures d’un assassinat « commandité », selon les avocats de la partie civile. Rejetant au second plan le rapport pourtant capital de l’expert de la Police nationale congolaise, qui affirme que Daniel Botethi a été tué par la bande à Kady Munungu.

Son nom étant apparu à plusieurs reprises dans les communications téléphoniques des prévenus. Quel rôle la « femme » révélée dans les SIM a-t-elle pu jouer dans la tragédie du samedi 5 au dimanche 6 juillet 2008 ?

« Est-ce une femme commune ? », s’est interrogé à haute voix le Ministère public. « En quoi ce numéro est-il suspect ? », a alors voulu savoir le président du tribunal, visiblement curieux.

« Elle doit être une amie commune. Nous ne parlons pas d’une suspicion, mais nous demandons que le Tribunal vérifie », a rétorqué l’Organe de la loi, sans révéler le fond de sa pensée.

Dans ses différentes déclarations, à aucun moment le prévenu Patrick Mwewa a fait allusion à une femme impliquée dans leur opération funeste. Etait-ce par oubli ou omission volontaire ?

Et lorsque le Ministère public demande au Tribunal de « vérifier », cela ne laisserait-il pas sous-entendre que cette « femme » pourrait être le « lien » ou le « maillon » manquant du puzzle susceptible d’orienter les enquêtes vers le fameux « commanditaire » vers lequel s’orientent les accusations du père de Daniel Botethi ?

Il n’est donc pas exclu que le Tribunal de garnison militaire de Kinshasa/Ngaliema s’intéresse à cette nouvelle piste visiblement « chaude ».

Quant au type d’arme d’où est partie la balle qui a tué le vice-président de l’Assemblée provinciale, il est apparu hier jeudi quelques contradictions dans les rapports de la police scientifique et de l’expert en balistique. Dont le premier porte sur la position dans laquelle se trouvait la victime au moment du tir fatal.

Ensuite, l’expert en balistique a contredit le Ministère public qui avait assuré, lors d’une précédente audience, que Botethi était mort d’une balle tirée par une « arme FA ». Selon lui, il n’existerait « pas d’arme FA ». Qui dit vrai ?

C’est pour éclairer la religion des juges que l’expert en balistique de la Police nationale congolaise a été appelé, à l’audience d’hier jeudi au Tribunal de garnison militaire de Kinshasa/Ngaliema, pour présenter son rapport. Dès lors que ses déclarations sont mises en doute, le procès pourrait tirer en longueur. Surtout avec l’élément de cette « femme mystérieuse ».

La prévention de meurtre clôturée avec l’expert en balistique

Procès Botethi. Hier jeudi 14 août, le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema a terminé l’instruction sur la prévention de meurtre. Et c’est l’expert en balistique, le capitaine Louis Kalamba de la base logistique centrale qui a fait son rapport. Ceci, pour expliquer comment le regretté vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa a été tué.

Selon cet expert, dès que la première balle a été tirée, l’honorable Botethi est sorti de la voiture pour fuir le danger. Mais arrivé au bout de la chaussée, il a trébuché dans le caniveau. Entre-temps, les assaillants – qui au départ s’étaient tous positionnés du côté du conducteur – s’étaient déjà repliés dans la pelouse derrière la voiture, pour échapper à la puissance de feu du garde du corps.

Comme il était étalé face contre terre après sa chute, ces malfaiteurs – qui se trouvaient à deux mètres de lui - lui ont tiré une balle à l’avant-bras droit. Terrassé par la douleur, le député a dû se retourner dans la position dorsale. C’est ainsi que l’un des assaillants a pu lui loger deux balles, dont la première s’est encastrée dans la tempe gauche et la deuxième est ressortie du côté de l’oreille droite. A la question de savoir pourquoi les deux balles ne sont-elles pas allées du même côté ? Le capitaine Kalamba a dit qu’à cause du choc subi, la victime a dû bouger. C’est cela qui justifie les deux trajectoires divergentes.

A ce sujet, la partie civile a voulu comprendre comment pour cette arme à longue portée, une balle tirée à bout portant est restée dans le corps. L’expert a justifié cela par le fait que cette balle était déjà défectueuse, elle avait des failles dues peut-être à sa mauvaise conservation. Mais comment le député qui était tombé la tête vers le mur et pieds du côté de sa voiture a-t-il été retrouvé en position inverse ? Là encore, l’expert a expliqué que cela est normal pour quelqu’un qui meurt dans ces conditions. Il a certainement tournoyé sur place avant de rendre l’âme. Combien de temps tout cela a-t-il duré ? L’expert en balistique a dit que tout s’est passé en trois minutes.

Mais ce rapport a été contesté, aussi bien par les avocats de la partie civile que par ceux de la défense. Ils ont trouvé qu’il était en pleine contradiction avec celui fait par le colonel Van de la police scientifique. Ceci, du fait que la police scientifique avait démontré que le député Botethi a été atteint en courant. C’est-à-dire en position debout.

Aussi, Me Papy Niango de la partie civile a soutenu que les assaillants avaient tiré trois balles sur le pare-brise du côté du garde du corps Kankonde. « Mais pourquoi Kankonde n’a-t-il pas été atteint ? Mystère ! ». Ainsi s’est écrié cet avocat. Mais appelés à donner leur point de vue, le capitaine expert et le colonel Van ont expliqué au tribunal que les trois balles avaient bel et bien été tirées de l’intérieur par le garde du corps. Selon le capitaine Kalamba, des balles tirées à cette portée de l’extérieur auraient dû laisser des impacts en traversant la voiture. Mais la partie civile n’en a pas été convaincue pour autant.

De leur côté, les avocats de la défense ont d’abord retenu contre l’expert Kalamba le défaut de prestation de serment. Ce qui, selon eux, rend nul tout le travail de l’expert. Et Me Théodore Mukendi de demander : « Pourquoi le tribunal s’obstine-t-il à soutenir un travail fait dans l’illégalité ? ».

Au cours de cette même journée, le tribunal a abordé la prévention d’association de malfaiteurs. C’est ainsi que grâce aux relevés d’appels téléphoniques fournis par la société de communication ZAIN (ex-Celtel), il a été établi que les membres de cette bande étaient en communication au mois de juin. Par contre, le ministère public a fait voir que Kady Munungu n’a été en communication téléphonique avec quiconque dans la nuit du meurtre, soit celle du 5 au 6 juillet. Ce qui veut dire que les déclarations faites à ce sujet par Patrick Mwewa sont fausses. Pour sa part, le capitaine président Patty Sangwa s’est étonné de voir une communication du prévenu Ngoy Kasongo « Moto ya Katanga » à la date du 7 juillet. Or, ce dernier était déjà arrêté dans l’après-midi du 6 juillet.

Dans tous ces relevés téléphoniques, le ministère public a dit qu’il y a aussi le nom d’une femme citée par la partie civile. « Est-ce une femme commune ? », a interrogé l’organe de la loi. « En quoi ce numéro est-il suspect ? », a demandé à son tour le président du tribunal. Et là, le ministère public de conclure : « Elle doit être une amie commune. Nous ne parlons pas d’une suspicion. Mais que le tribunal vérifie… ».

source : le Potentiel/kinshasa