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Le rappel de leurs numéros téléphoniques par chacun des prévenus, hier devant le tribunal militaire, a été l’amorce du débat contradictoire sur les relevés des appels téléphoniques des prévenus Patrick Mwewa, Inoki, Kasongo Ngoy alias Moto wa Katanga et Kadi Mununga. Les secrets des Sims des portables cellulaires saisies sur ces jeunes militaires de la Garde républicaine ont enfin, livré leurs secrets, à la satisfaction des juges militaires, du ministère public et des avocats des parties civiles Botethi et Kankonde wa Kankonde.

Une trentaine de communications téléphoniques ont été épinglées entre juin et juillet, entre Mwewa, Kadi, Moto wa Katanga et Inoki. Elles montrent non seulement la régularité et le nombre élevé d’appels téléphoniques entre eux, mais l’interconnexion parfaite dans leur réseau. Dans ce paquet d’appels, Mwewa appelait Kadi, Inoki et Moto wa Katanga, tandis que Kadi communiquait avec Mwewa, Inoki et Kasongo Ngoy. Il en est de même de Moto wa Katanga qui appelait Mwewa, Kadi, et Inoki. Ce dernier autant. C’était là la reconstitution d’une toile de connexions téléphoniques révélatrice des contacts suivis entre ces éléments de la GR. Le président de la juridiction militaire a relevé dans la foulée, un autre numéro appelé régulièrement par Mwewa, Kadi, Inoki et Moto wa Katanga et dont il n’a pas dévoilé l’identité du fameux correspondant. Etait-ce le numéro d’appel d’un autre membre de la bande ou d’un commanditaire ? On ne le sait pas encore. Le tribunal militaire s’est limité à établir la régularité et la fréquence des appels téléphoniques entre Kadi et son groupe. Il s’est révélé que c’était Kadi Mununga qui était le plus sollicité par rapport au nombre d’appels reçus. Les juges militaires n’ont malheureusement pas identifié le fameux correspondant appelé par Mwewa et ses comparses. Lors du débat, l’organe de la loi a enfoncé le clou en épinglant que le dernier appel téléphonique de Kadi remontait au 4 juillet 2008, la veille de leur opération. Devant ces évidences, les avocats des prévenus se sont insurgés contre l’analyse des communications téléphoniques qui, pour eux, n’avançait pas le tribunal dans la recherche de la vérité. Telle n’a cependant pas été l’avis du président du tribunal militaire, visiblement satisfait des avancées dans l’établissement des relations entre les membres de cette bande. L’on peut signaler que le tribunal militaire n’a pas outrepassé ses prérogatives, en cherchant les enregistrements des communications téléphoniques pour décoder les différents messages émis et reçus, comme d’aucuns l’auraient souhaité pour percer le mystère de l’assassinat de Daniel Botethi. Ils resteront sur leur soif, car la loi n’autorise pas la violation de la vie privée des citoyens. A la barre, Mwewa, Inoki et Kasongo Ngoy ne reconnaissent pas ce relevé d’appels téléphoniques entre eux. Kadi a même nié détenir un portable cellulaire. «Je n’en ai pas ! Comment pouvais-je appeler ? Et je ne connais pas les autres prévenus ici présents», a tranché ce prévenu qui a choisi les dénégations comme stratégie de défense. Kasongo Ngoy alias Moto wa Katanga acculé par une pluie des questions du ministère public, a fini par lâcher que c’était lui qui avait acheté deux Sims à moins cher. Il a gardé une pour lui et a donné une autre à Kadi. Ces bribes d’aveux ont été actées par le greffier audiencier. Fils de Kasongo Mbayo et de Kabulo Ngoy, tous en vie et au Katanga, Moto wa Katanga aujourd’hui âgé de 30 ans, a une copine dans la ville de Kinshasa. Il a soutenu qu’il n’a participé à aucun coup avec les autres membres de la bande. «Dieu seul sait combien je suis innocent dans cette affaire» ! devait-il conclure. Regard sur l’association des malfaiteurs Suffisamment édifié sur les liens particuliers existant entre Mwewa, Kadi, Inoki et Kasongo Ngoy, le tribunal militaire a décidé de clore les pages de l’instruction de l’infraction de meurtre, pour ouvrir celles de l’association des malfaiteurs. C’est cette nébuleuse comprenant en son sein plusieurs constellations que les juges militaires, le ministère public, les avocats des parties civiles et de la défense, ainsi que le public, vont découvrir lors des prochaines audiences. Entre-temps, hier, le rapport de l’expert en balistique a apporté davantage de l’eau au moulin des conseils de la famille Botethi. Selon ce technicien, spécialiste des armes et des munitions, le vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa avait reçu une première balle debout à l’avant-bras droit. Dès qu’il s’est écroulé par terre, se tordant de douleur, c’est dans la position couchée qu’il a attrapé les deux autres balles dans la bouche. L’une est sortie par l’oreille, tandis que l’autre s’est encastrée dans la tempe. Et de poursuivre dans sa démonstration que par rapport aux balles reçues et aux douilles récupérées près du corps, les assaillants se trouvaient normalement devant leur victime. Cette version corrobore celle défendue par les avocats de la partie civile Botethi qui soutiennent mordicus la thèse de l’assassinat. Me Nyango a alors tenté de démontrer par la suite que s’agissant des impacts des balles sur la Mercedes Benz de Botethi, une balle est entrée à travers le pare-brise avant, tandis que de l’habitacle, trois coups de feu ont été tirés. Il s’étonne que le garde du corps n’ait pas été atteint par cette balle des assaillants. Les experts en balistique et de la police scientifique ont fait une autre interprétation des impacts des balles. Pour eux, trois ont été tirés de l’intérieur vers l’extérieur. Pour sa part, la défense a mis en doute la fiabilité de ce rapport d’expert en balistique sur le fait qu’il contredisait celui de la Police scientifique selon lequel la victime était debout. Ces contradictions alimentaient leur inquiétude. Aujourd’hui, le tribunal va examiner le dossier de Junior Sushungu et de deux lieutenants de la Garde républicaine impliqués dans cette affaire. L’un pour avoir cédé des tenues militaires à la bande, et l’autre pour des armes de son unité.

Source: le Phare/Kinshasa