FDLR

Qui a intérêt à voir perdurer l’insécurité entretenue dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu ? Ils sont quelques-uns en République démocratique du Congo et quelques capitales occidentales et africaines qui détiennent la réponse à cette interrogation et cette situation qui touche à plus d’un million de Congolaises et Congolais vivant en parias dans des camps de fortune réservés aux déplacés de guerre. « C’est une affaire de gros sous », entend-on dire dans les cercles politiques. « Un complot contre la RDC », renchérit-on.

« Le général Nkunda continue à percevoir annuellement des impôts de l’ordre d’un million de dollars américains dans les territoires sous son administration », s’est indigné mercredi à Kinshasa un opérateur politique. Mais, ce n’est nullement une révélation, le gouvernement central et celui de la province du Nord-Kivu étant « aux abonnés absents » à Masisi et à Rutshuru depuis plusieurs années. Nkunda et ses hommes s’y étant installés après leur fuite éperdue devant l’armée régulière partie les chasser de Bukavu (Sud-Kivu) qu’ils avaient occupée du 2 au 9 juin 2004, rappelle-t-on.

Passé du statut de « criminel » à celui de « partenaire de la paix » à partir de janvier 2008 pour avoir accepté la participation de son mouvement politico-militaire CNDP à la conférence sur la paix et le développement du Nord et du Sud-Kivu organisée à Goma, Laurent Nkunda n’a pas changé fondamentalement son comportement. Multipliant les acceptions et les reniements, les coups de gueule et les messages d’apaisement. Sans état d’âme.

En réalité, Laurent Nkunda, avec d’autres groupes armés locaux, a donné l’impression de « s’aligner » derrière le gouvernement pour qu’on le « laisse tranquille ». En réalité, ils refusent de faire avancer le train de la paix et du développement pour des raisons obscures à telle enseigne qu’aujourd’hui, le Programme Amani semble tourné en rond. Il est même menacé de « dissolution » si des résultats concrets ne sont pas du tout enregistrés. Certainement, c’est vers cette solution que l’on tend aller pour revenir à la case départ. La suite est facile à deviner : la reprise des hostilités pour consacrer la partition de fait de la RDC.

DE GROS INTERETS EN JEU

« Nkunda est au centre de gros intérêts dans les Kivu », a indiqué à la presse un ancien rebelle. Sous la rébellion, de nombreux contrats miniers avaient été signés de 1998 à 2002 entre diverses factions de la rébellion et des sociétés étrangères. « C’est en centaines de millions de dollars que tout cela s’était négocié », a-t-il précisé.

De fait, Nkunda s’était déjà vanté dans la presse internationale de côtoyer, sans être inquiété, des soldats de la Mission de l’Onu au Congo. « La Monuc sait où je me trouve », avait-il crâné.

Sur cette question, des officiels onusiens ont à avouer leur embarras, se défendant de ne pas être en RDC pour combattre des soldats congolais et arguant que les éléments des 82ème et 83ème brigades sous contrôle de Nkunda « font partie des FARDC » desquelles ils reçoivent régulièrement leurs soldes. Mais ils étaient encore plus embarrassés lorsqu’un colonel du contingent indien de la Monuc a également avoué avoir « beaucoup de sympathie à l’endroit de Nkunda et comprenait le sens de sa lutte ». Ce dernier de « le remercier » pour tout ce qu’il a fait pour lui. Des « éclaircies » pour saisir la complexité de cette situation du Kivu.

En outre, de récents rapports d’enquêtes parlementaires, désignant expressément des personnalités politiques impliquées dans ce qui se passe au Kivu, ont été examinés à huis clos. A l’insu du peuple souverain. Pourquoi ? A l’opposition politique, on n’hésite pas à lier le cas Nkunda à la manière dont sera résolue la question des contrats miniers conclus au Kivu. Où se constatent d’incessants atterrissages et décollages d’aéronefs chargés de minerais à des destinations, a priori, inconnues.

« Tant en RDC que dans les pays voisins de l’Est, les principaux acteurs ne sont pas seulement ceux cités dans les rapports du panel des experts de l’ONU », notent certains analystes.

NE PAS SE VOILER LA FACE

Les ratés des négociations de Goma, volontairement minimisés pour des intérêts inavoués, sont en train d’entraver le processus de paix engagé au Kivu. Au-delà en République démocratique du Congo et dans toute la région de l’Afrique des Grands Lacs

Lors des travaux de la Conférence de sécurité, de paix de Goma qui a abouti à la signature de l’Acte d’engagement, les « absences » et les « suspensions de participation » du CNDP de Nkunda et de certains groupes Maï-Maï auraient dû pourtant interpeller les organisateurs. La cérémonie de clôture, qui a laissé quelques questions importantes en suspens, étant intervenue finalement aux forceps.

Aujourd’hui, la paix n’est toujours pas revenue dans la région, les accrochages entre l’armée régulière et des groupes armés ou ceux-ci entre eux se généralisant au fil des jours depuis fin janvier dernier. A la base de cette déplorable situation, il y a notamment l’insatisfaction des uns et des autres au regard des engagements convenus à Goma. Entre-temps, des rumeurs persistantes font état des recrutements, surtout des jeunes, par tous les groupes armés et du renforcement de leur dispositif militaire. Fait dénoncé dernièrement par la Monuc qui a stigmatisé la lenteur dans l’application du Programme Amani.

Tout compte fait, toutes les parties à ce conflit local doivent cesser de tromper l’opinion publique et de se voiler la face. Elles savent, toutes, ce qui doit être fait afin de faire taire les armes et d’amener les milliers de déplacés de guerre et de réfugiés à rentrer paisiblement chez eux.

A ce niveau, le gouvernement doit prendre ses responsabilités afin que, avec le concours de la communauté internationale, tous les groupes armés ne posent plus jamais problème. Car, cette tendance à mettre les bâtons dans les roues du Programme Amani pour fragiliser le pouvoir de Kinshasa découle d’un vaste complot contre la République démocratique du Congo. Jusqu’à preuve du contraire, la thèse de la création d’une future « République des Grands Lacs » n’est pas toujours écartée. Péril persiste en la demeure.

source : le Potentiel/kinshasa